
Vitrail de la Visitation. Artiste allemand, 1444. Musée métropolitain d’art, New York.
Marie rencontre Élisabeth
Martin Bellerose | 15 décembre 2025
Noël approche, c’est le temps de célébrer Dieu qui vient à nous en s’incarnant dans le monde. Sa venue est relatée par la nativité de Jésus. Toutefois, beaucoup de choses tournent autour de cette naissance. Il y a toute une préparation pour recevoir la naissance attendue qui fait aussi partie du récit. Nous nous penchons ici sur la visite de Marie à Élisabeth.
À Noël on célèbre la venue d’un Dieu qui se manifeste dans ce qu’il y a de plus vulnérable de l’être humain : un enfant, une jeune fille (vraisemblablement enfant elle aussi) enceinte et sur le point d’accoucher. Cette dernière, Marie, rend visite à Élisabeth. Leur rencontre est l’expression d’une hospitalité mutuelle ; chacune accueille l’autre dans ce qu’elles sont et ce qu’elles vivent. La rencontre de ces deux femmes constitue un cas intéressant pour le département des grossesses à risque du CHUM [1]. Une jeune femme enceinte partant « seule » pour plusieurs jours de marche dans une région montagneuse, entreprise qu’aucun médecin spécialiste n’encouragerait de nos jours, pour rencontrer une femme enceinte avancée en âge qui n’avait jusqu’alors pas pu avoir d’enfant.
Cette rencontre, dans les conditions décrites, est pour le moins inusitée. Marie entreprend ce voyage guidé par l’Esprit. « Or, lorsque Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant bondit dans son sein et Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit. » (Luc 1,41)
La dynamique ici présente est celle de la sainte cène ou de la communion. Il n’y a pourtant pas de repas. D’où l’importance d’associer cette visitation à la cène, trop souvent enchainée par le récit de son institution et confinée à l’analogie du repas. Car fondamentalement, la communion est une rencontre, celle de Dieu avec son peuple rassemblé. Cette rencontre-ci est l’expression d’une hospitalité mutuelle entre Élisabeth et Marie, les deux s’accueillent dans leur vulnérabilité, mais elle est par-dessus tout porteuse d’espérance. Elles portent en leur sein le Messie tant attendu et son précurseur-annonciateur-prophète.
Dans le récit de la visitation de Marie, Dieu est accueilli dans le monde comme le monde est aussi accueilli par Dieu. Tout comme Élisabeth et Zacharie, beaucoup de « croyants » ont cessé de croire en la présence de Dieu dans le monde. Même devant l’annonce que sa femme enfantera d’un prophète, Zacharie est incrédule et a été réduit au silence jusqu’à ce que la promesse se réalise. Ce qui souvent nous semble être une malédiction est plutôt une grande bénédiction. Imaginons-nous, si Zacharie avait exprimé de vive voix son incrédulité jusqu’au jour de la naissance de son fils. Dans le contexte de vulnérabilité et d’exclusion auquel faisaient face Élisabeth et Marie, les mots de Zacharie n’auraient pu que porter atteinte à l’espérance et l’espoir des deux femmes, et n’auraient qu’été blasphème envers Dieu qui, par ces deux femmes, se présente devant le monde.
Transposons ce récit dans le monde d’aujourd’hui : devant toutes ces visitations de jeunes femmes comme Marie, ayant voyagé dans des conditions difficiles, voire hostiles, se réfugiant en des lieux qu’elles croyaient sécuritaires, mais où elles rencontrent des discours décourageants, incrédules, faisant obstacle à l’espérance dont elles sont porteuses. Cela fut une grande bénédiction que Zacharie eu été tu. Devant les Marie et Élisabeth de notre temps, les ennemis de ceux qui sont porteurs de la foi en Christ, ceux qui ne voient pas la bénédiction d’offrir l’hospitalité à celui ou celle qui vient frapper à sa porte, ceux-là pourraient prendre l’initiative de recevoir la bénédiction que Zacharie a reçue.
Martin Bellerose est professeur et directeur de l’Institut d'étude et de recherche théologique en interculturalité, migration et mission (IERTIMM) et directeur de la formation en français de l’Église Unie du Canada.
[1] Le CHUM est l’acronyme pour le Centre hospitalier de l’Université de Montréal.
