
(Dave Mock / Unsplash).
Ode à la Récitation rythmée et mélodiée
Andrée Turgeon | 9 février 2026
Le poème qui suit exprime le vécu d’une récitante chevronnée, Mme Andrée Turgeon. Andrée récite avec une avidité communicative depuis plus de 40 ans.
Il y a des mois, je me suis engagée
À mettre par écrit
Ce par quoi je suis fascinée :
La rythmo-mélodie.
Par mon désir insoupçonné
De vouloir bien performer¸
J’ai voulu accumuler
Des savoirs illimités.
Dans l’univers de Jousse j’ai plongé
Ouvrant son livre intitulé :
L’anthropologie du geste [1], chez Resma éditeur
Je m’y suis presque noyée…
Le corps que j’ai, stressé, s’était figé
Le corps que je suis, lui, aspirait à bouger.
Avide du savoir, emporté par la dérive
Mon corps a su, malgré lui, saisir la bouée
Qui permettait pour l’instant de refermer le livre.
Cette « bouée-pensée » prestement agrippée
Allait porter secours à mon perfectionnisme avoué.
La sémantico-mélodie ne se plaque pas du dehors comme des notes graphiquement musicales, sur des mots graphiquement manuscrits. La signification se fait mélodisation. Nous disons bien et dans son sens fort : « elle se fait ». Nul besoin de la faire et nulle possibilité de l’empêcher… Ces choses ne peuvent s’exprimer, se constater et s’analyser que dans une gorge humaine et vivante. Jamais une graphie morte…ni un disque figé ne permettront la subtile et globale analyse de ce privilège humain [2].
À ces propos, mon projet s’est fait plus léger.
Délivrée de l’urgence à mettre sur papier
Je me mis en quête de sens et d’identité
En quête de lien avec l’Artiste premier
Je me suis mise à pleurer, à rire, à respirer.
Délaissant ma plume et mes papiers,
Confiante en ce que mon corps avait à m’enseigner
Ma gorge s’est peu à peu déliée
Pleine d’une spontanéité retrouvée.
Et tout mon être s’est mis à balbutier
Cette ode encore en chantier :
Garante de sens, et de mémoires enracinées
« Ode à la Récitation rythmée et mélodiée » .
Andrée Turgeon est récitante de l’Association canadienne du récitatif biblique.
[1] Marcel Jousse, Anthropologie du geste, Paris, Éditions Resma, 1969.
[2] Idem, p. 160.
