En annonçant pour la troisième fois qu’il sera arrêté et mis à mort, Jésus doit corriger ses disciples qui se voient déjà trôner près de lui dans son royaume de gloire. Il compare leur demande aux dirigeants qui exercent une domination sur leur propre peuple et ces autres puissants qui cherchent à influencer les politiques en leur faveur. Cette constatation de Jésus pourrait bien nous donner matière à réflexion en ces temps qui sont les nôtres!
La politique se veut toujours et d’abord un jeu de pouvoirs. La requête des disciples qui veulent être désignés parmi les hommes les plus influents du futur cabinet ministériel de Jésus est donc tout simplement humaine. Ce dernier les invite à considérer autrement le pouvoir, non pas comme une domination, mais comme un service. Si l’idée est limpide, sa réalisation demeure ambiguë. Parmi les chrétiennes et les chrétiens en situation de pouvoir au cours des siècles passés, très peu ont su approcher cette perfection du pouvoir au service de tout le peuple. Les exemples sont rarissimes et ne font jamais l’unanimité, car la corruption vient souvent avec l’usure. En réalité, cet appel à devenir « l’esclave de tous » ne s’est réalisé que dans la vie du Christ lui-même, à travers le don de sa vie sur la Croix qu’il a accompli sans jamais désespérer de la bonté des humains et de leur capacité à se mettre, à sa suite, au service de tous. Personnellement, j’espère m’approcher de cette vision du pouvoir, mais je sais que j’en suis incapable sans l’aide de Dieu lui-même. C’est sans doute en reconnaissance de cette impuissance individuelle que les serments d’engagement de certains chefs d’État, notamment tous les présidents américains depuis Lincoln, se terminent par ce souhait : « Et que Dieu me vienne en aide… » J’unis ma prière à leur souhait : « Dieu, viens en aide à tous nos dirigeants afin qu’ils découvrent le vrai pouvoir du service. »