Dès lors qu’il veut s’adresser à des gens d’une autre culture que les Juifs, pétris de symbolisme biblique, Paul expérimente la difficulté d’y transposer certains concepts. Ainsi à Athènes, il prend la parole dans cette agora célèbre. Des intellectuels se rassemblent autour de lui pour l’écouter, comme ils le font généralement, curieux de toute idée nouvelle et aimant bien débattre. Paul s’était bien préparé pour rejoindre les gens dans leur quête de sens. En faisant preuve de respect pour leurs croyances, il attire l’attention sur un monument consacré « au dieu inconnu » afin d’en proposer une interprétation. Ses auditeurs semblent disposés à l’entendre parler de ce « Dieu créateur de toutes choses », dont les humains qu’il a destinés à le chercher. C’est lorsqu’il introduit l’expérience vécue en Palestine par un certain Jésus, mort par crucifixion et ressuscité par ce Dieu qui a le pouvoir de donner la vie, le souffle et l’être, que ses auditeurs décrochent : « Nous t’écouterons une autre fois. »
Qu’y a-t-il de différent entre nos contemporains et ces Grecs d’une autre époque? La foi chrétienne comporte une dimension essentielle sans quoi elle n’est plus chrétienne. La résurrection de Jésus, prémisse de la nôtre, est un enjeu crucial pour accéder au sens de la vie et de la mort de Jésus sur la croix. Sans la résurrection, dit Paul, « vaine est notre foi […] et nous sommes les plus à plaindre des hommes » (cf. 1 Corinthiens 15, 16). Il est vrai que cet enseignement est difficile à intégrer pour l’esprit humain. Même parmi les disciples de la première heure, plusieurs ont quitté Jésus lorsqu’il s’est mis à parler de sa chair et de son sang livrés (cf. Jean 6). L’adhésion à une foi serait-elle à ce point dépassée par l’intelligence humaine? Chose certaine, ce passage du raisonnement à la foi n’est pas simple. Il réside d’abord dans la confiance envers les témoins des premiers instants de cette vie nouvelle en Jésus. Vient un moment où il faut faire un saut quantique de la rationalité technique à l’hypothèse d’une vérité qui défie la science. Mais pour ce faire, les chrétiens comptent sur l’aide de l’Esprit Saint qui, seul, ouvre le cœur à la rencontre du Dieu vivant. Cette rencontre, lorsqu’elle survient, saisit même les plus rationalistes des humains. Peut-être alors deviennent-ils murs pour « écouter une autre fois » le témoignage de Paul.