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« Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi » (1 Co 1, 26-31)
L’apôtre Paul écrit à l’Église de Corinthe, une Église divisée à plusieurs endroits. Premièrement il y a une division théologique qui prend pour prétexte le docteur enseignant. Ainsi certains se disent de Paul, d’autres d’Apollos, d’autres encore de Céphas, c’est-à-dire Pierre et d’autres du Christ directement. Si les divergences trouvent ainsi une justification dans la référence au docteur théologien, Paul corrige en unifiant la doctrine à la crucifixion de Christ et non de Paul, d’Appolos ou de Céphas. Il ne peut y avoir deux visions – soit division – dans l’Église du Christ, mais seulement une unité d’esprit et de pensée (1 Co 1,10). Deuxièmement il y a une division ethnique entre Juifs et Grecs qui n’ont pas les mêmes centres d’intérêt : les Juifs demandent des miracles alors que les Grecs sont en quête de sagesse (1 Co 1, 22). Et c’est vraisemblablement cette recherche de sagesse qui génère tensions et divisions, une sagesse que Paul va dénigrer au profit du kérygme évangélique de la croix qui contient puissance et salut de Dieu (1 Co 1,18-21). Ainsi pour unir l’Église de Corinthe, Paul met les points sur les « i » et les barres sur les « t » en remettant la sagesse des Grecs à sa place. Si la sagesse hellénistique a été très influente jusque dans la diaspora juive de l’Asie Mineure, il est temps qu’elle cède sa place à un message messianique porteur de Salut qui frappe de folie la sagesse des plus sages (1 Co 1, 20). Ce qui est scandale pour les juifs ou folie pour les Grecs, c’est justement le message apostolique de la croix (1 Co 1, 25), ce message que les Corinthiens ont justement reçu avec foi sans tenir compte des effets de scandale ou de folie.
La rhétorique paulinienne de l’ouverture de la première aux Corinthiens a ainsi pour objectif de rappeler l’originalité du message dans un contexte judéohellénistique, message qui qualifie de fous ou de scandaleux ceux qui le reçoivent par effet de ricochet. Restant du côté grec, Paul poursuit en soutenant que le croyant est fou, ou faible en sagesse. Ce n’est pas en effet la sagesse humaine, ou la puissance politique voire le rang social qui a fait des Corinthiens des croyants, mais c’est l’appel (le choix) de Dieu qui les a qualifiés. Ceci étant dit, que personne ne s’attribue la gloire qui revient à Dieu qui a choisi le faible dans le monde (grec) (1 Co 1, 28)!
Enfin, si on garde en mémoire les lignes d’introduction de cette dernière déclaration, une déduction non écrite est impliquée : les conflits théologiques des corinthiens sont basés sur des réflexions intellectuelles issues de la philosophie grecque (comme le démontrera un peu plus tard l’histoire des premières hérésies de l’Église des premiers siècles). C’est donc pure folie que de se diviser sur une telle base alors que justement Dieu lui-même a frappé de folie telle sagesse. La vraie sagesse demeure ainsi dans la communion en Christ (unité des croyants), celle qui procure justice, sanctification et rédemption (1 Co 1, 31) et qui seule digne de fierté dans le Seigneur.

Réflexion précédente :
Réflexion du 17 janvier 2017
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