1

Nicodème était pharisien et membre du sanhédrin. C'est en qualité de docteur de la Loi (v. 10) qu'il appartenait à cette haute assemblée qui était à la fois la cour suprême pour les délits contre la Loi et une académie théologique chargée de fixer la doctrine et de contrôler toute la vie religieuse. Nicodème y défendra Jésus (7,50s.).

     La nuit était propice, au dire des rabbins, à l'étude de la Loi et aux entretiens religieux. Cette mention souligne donc le zèle de Nicodème. Il est possible aussi que l'obscurité de la nuit figure, comme l'ont pensé certains Pères de l'Église, l'ignorance de Nicodème.

     Rabbi, nous savons... Nicodème parle au nom de ceux qui, comme lui, ont cru en Jésus « à la vue des miracles qu'il faisait » et qui cherchent à dépasser leur première impression sur l'identité de Jésus. Nicodème n'est donc pas le représentant des croyants imparfaits que Jean a dénoncés (2,24s.), mais de tous les gens honnêtes qui, aujourd'hui encore, frappés par l'enseignement et les actes de Jésus, veulent en savoir plus, veulent connaître ce que Jésus ou l'Église peuvent avoir à enseigner touchant le salut. Les paroles qu'il adresse à Jésus ne sont pas une simple constatation; elles sont aussi une question qui correspond à celle que l'homme adresse à Jésus dans l'évangile de Marc: « Bon Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle en partage? » (Mc 10,17).

3

À nouveau. Le mot grec sous-jacent signifie « à nouveau » et « d'en haut ». Ces deux sens sont inclus. Voir 3,7.

3-7

L'expression « Royaume de Dieu », si fréquente dans les évangiles synoptiques, ne se retrouve qu'ici chez Jean (voir v. 5), qui emploie, comme terme correspondant, la vie ou la vie éternelle. Pour être sauvé, dit Jésus, il faut naître à nouveau, d'en haut; il faut naître à la vie divine par la foi et le baptême (voir 3,5).

4

Nicodème se méprend sur la déclaration de Jésus (voir 2,19 note).

6

Il y a deux ordres de génération, l'une charnelle, l'autre spirituelle. L'homme charnel - c'est-à-dire faible, limité, mortel - ne peut pas de lui?même entrer dans le Royaume de Dieu, avoir la vie. Il lui faut pour cela naître de l'Esprit, dans la foi (voir 1,13 note).

8

Cette vie nouvelle reçue dans la foi est réelle, quoique l'homme charnel ne voie pas d'où elle procède, ni où elle tend. L'action de l'Esprit lui demeure aussi mystérieuse et insaisissable que celle du vent.

9

La question de Nicodème trahit la perplexité de l'homme devant le mystère de la nouvelle naissance. L'idée lui en échappe, tout aussi bien que l'intelligence de sa possibilité.

11

Le « nous » répond ici à celui par lequel Nicodème a ouvert l'entretien (v. 2). Nicodème parlait au nom des croyants qui, impressionnés par les miracles de Jésus, étaient désireux d'approfondir leur foi; Jésus parle avec tous ses témoins, avec les croyants qui prolongent son témoignage (voir 15,27; 1 Jn 1,1-3).

12

Les choses terrestres sont l'enseignement sur la nouvelle naissance que Jésus a donné en figure ou en langage sensible. Cet enseignement terrestre devrait faire prendre conscience à l'homme de sa situation dans le monde et le mettre en question, afin que, comprenant la nécessité de cette nouvelle naissance, il saisisse que la possibilité lui en est offerte par la foi en Jésus. C'est le premier pas vers le salut (voir 1,38 note). Les choses célestes sont la révélation du salut venu en Jésus, révélateur, sauveur et juge (vv. 13-18).

13

Jésus fait ici allusion à un passage du Deutéronome: « Car cette Loi que je te prescris aujourd'hui n'est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte. Elle n'est pas dans les cieux, qu'il te faille dire: 'Qui montera pour nous aux cieux nous la chercher, que nous l'entendions pour la mettre en pratique' » (30, 11s.; voir Pr 30,4; Ba 3,29; Sg 9,16). En disant que « personne n'est monté au ciel », Jésus laisse entendre que, pour révéler des choses célestes, il faudrait avoir accès auprès de Dieu, ce qui n'a été donné à aucun homme. Seul le Fils de l'homme, ou le Fils unique qui demeure dans l'intimité du Père et qui est descendu du ciel, peut les faire connaître (voir 1, 18 note).

14

Jésus vient de dire que le Fils de l'homme qui est descendu du ciel est le seul révélateur autorisé de Dieu. Il parle maintenant de son « élévation » sur la croix, qui est aussi son « élévation » dans la gloire, son retour vers Dieu (12,32-34). Cette élévation sera pour le croyant « le signe du salut » et de la vie, comme jadis le serpent élevé par Moïse dans le désert (Nb 21,4-9; Sg 16,6). De même que tout Israélite qui se convertissait, après avoir été mordu par un serpent, était sauvé par Dieu, le Sauveur de tous (Sg 16,7), de même celui qui croira en Jésus crucifié et glorifié aura par lui la vie éternelle.

16

C'est dans l'élévation de son Fils sur la croix que Dieu a révélé son amour pour les hommes (1 Jn 4,9s.) et leur a offert le salut que reçoivent ceux qui croient en lui. Et ce n'est pas seulement la mort et la glorification de Jésus qui témoignent de l'amour de Dieu, mais toute sa vie et sa mission: « car Dieu n'a pas envoyé son Fils pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (v. 17). Aussi bien le jugement s'accomplit-il de lui-même lorsque l'homme a à se décider pour ou contre le Christ: la foi ou le refus de croire sont salut ou condamnation (v. 18). La foi ou l'incroyance sont la réponse à la question que Dieu pose aux hommes par l'envoi de son Fils, et la réponse à son amour manifesté dans le don de son Fils.

19-21

Les versets 19-21 explicitent la notion du jugement qui arrive lorsque la lumière de la révélation, le Christ, rencontre l'homme. Certains se décident contre le Christ, témoignant ainsi que leurs oeuvres étaient mauvaises, parce que précisément ils refusent la révélation du Christ (15,22.24); en se fermant à la lumière, ils refusent aussi de voir que leurs oeuvres sont mauvaises: ils s'aveuglent (9,39.41). Mais celui qui accomplit la vérité, c'est-à-dire, pour Jean, celui qui fait sienne la vérité du Christ, vient à la lumière, montrant ainsi que les actions qu'il pose sont accomplies en Dieu, qu'il est attiré par le Père (6,44.65) et qu'il est en communion avec lui. Ainsi, la décision de foi ou d'incroyance devant Jésus-lumière éclaire de son reflet toute pratique passée et la détermine, comme elle détermine toute pratique présente et future (15,1-17 et 8,41-47).

22-30

Ce passage se divise en deux parties: le témoignage de Jean-Baptiste (vv. 27-30), préparé par une introduction (vv. 22-26) qui laisse entrevoir une certaine concurrence entre Jésus et Jean-Baptiste. Le message est clair: Jean-Baptiste ne peut pas être regardé comme le rival de Jésus; il n'est et ne veut être que son témoin, l'ami de l'époux. Cette scène reflète peut-être la situation qui prévalait entre les disciples du Baptiste et les chrétiens de la communauté johannique au moment où l'évangile fut écrit.

22

Il baptisait. Cette brève indication, qui sera corrigée en 4,2, ne sert qu'à préparer la suite du récit.

23

Salim est située près de l'ancienne Sichem, en Samarie. Ainon signifie en araméen « Les Sources ». Il s'agit vraisemblablement des sources du wadi Fâr'ah, situées à 9 km au nord-est de la petite ville de Salim, en plein coeur de la Samarie.

25

À propos de purification, c'est-à-dire à propos de la valeur respective du baptême donné par Jésus et du baptême donné par Jean.

27

Si donc beaucoup de gens viennent à Jésus (v. 26), cela ne peut provenir que de Dieu. Chez Jean, le disciple est un don du Père à Jésus (6,37; 10,29; 17,2.9.24).

29

Jean-Baptiste définit son rôle au moyen d'une comparaison empruntée aux coutumes nuptiales. Dans une noce, à cette époque, le personnage important était l'époux; le garçon d'honneur n'existait que par lui et pour lui. C'est Jésus qui est l'époux, et Jean, le garçon d'honneur. Il lui faut s'effacer devant l'époux.

31-36

Ce discours (vv. 31-36) est très proche de celui que Jésus a tenu à Nicodème (vv. 11-21). Et de même qu'en 11-21 Jésus parlait avec tous ses témoins, avec les croyants qui prolongent son témoignage (voir 3,11 note), de même ici Jean-Baptiste témoigne de sa foi avec les autres croyants et pour eux.

32

C'est de ce qu'il a vu et entendu. Même idée qu'en 1,18; 3,13: Jésus, qui vient d'auprès de Dieu, est le seul témoin autorisé de Dieu, tandis que l'homme, qui est tiré de la terre (Gn 2,7), qui appartient au monde de la terre, ne parle que de réalités terrestres (voir 1 Jn 4,5).

     Personne n'accepte son témoignage. Voir 1,10-11.

34

Jésus révèle les paroles de Dieu et donne à celui qui les reçoit l'Esprit. C'est-à-dire que le croyant qui accepte l'enseignement de Jésus renaît à une vie nouvelle par l'Esprit (3,5-8). Les paroles de Jésus sont source de vie (6,63). On peut aussi comprendre: « Car c'est sans mesure que Dieu donne l'Esprit à son Fils. »

36

On retrouve ici le même ou bien ... ou bien qu'au verset 18. La venue de Jésus est l'événement eschatologique, décisif, dernier. La foi ou l'incroyance en lui scellent le destin éternel de l'homme. Qui croit a déjà la vie; qui refuse de croire ne goûtera pas la joie du royaume éternel; son incroyance déjà l'a condamné, appelant le jugement éternel de Dieu: « la colère de Dieu demeure sur lui ».