1-9

Les chapitres 2-4 ont montré Jésus instaurant la nouvelle économie du salut, et rencontrant surtout des particuliers (Nicodème, la Samaritaine, le fonctionnaire royal). Les chapitres 5-6 feront voir dans le Christ le principe et l'aliment de vie véritable. Ces deux chapitres commencent par des signes qui fournissent le point de départ des discussions et des discours qui suivent. Le conflit entre Jésus et les Juifs, qui avait été amorcé lors de la purification du Temple (2,13-22; voir 2,13 note), se poursuit, devenant plus dramatique (5,16-18).

1

La fête juive était peut-être la Pentecôte ou fête des Semaines qui se célébrait sept semaines après la fête de la Pâque. La Pentecôte était la fête de la commémoration de l'Alliance.

2

Le mot araméen Bethesda peut se traduire « la maison des deux bassins ». Cette piscine était située dans le quartier du Bézatha, au nord de l'esplanade du Temple. Les fouilles archéologiques ont permis de mettre à jour deux bassins de forme trapézoïdale, à l'est desquels l'on a retrouvé une série de petits bains qui faisaient partie d'une installation cultuelle dédiée à Sérapis, le dieu guérisseur, et située à cette époque en dehors des murs de la ville. La foule des malades se concevrait bien dans ce sanctuaire.

3

Des témoins nombreux du texte, dont la Vulgate latine, contiennent la précision suivante qui constitue les vv. 3b-4: « Ils attendaient le bouillonnement de l'eau. Car un ange du Seigneur descendait à certains moments dans la piscine et agitait l'eau. Le premier malade qui descendait dans l'eau après qu'elle eut été agitée recouvrait la santé, quel que fût son mal. » L'absence de ce développement dans les meilleurs manuscrits anciens oblige à conclure que l'édition originale de l'évangile ne le contenait pas. Le merveilleux magique qui s'exprime dans cette addition apparaît totalement étranger à la théologie johannique. Il semble que cette glose ait été ajoutée pour expliquer l'agitation de l'eau signalée au v. 7.

9b-18

Le récit se poursuit; il décrira tous les ennuis causés par cette guérison. Il se divise en trois parties: a) Les ennuis causés au pauvre miraculé parce qu'il porte sa natte un jour de sabbat (vv. 9b-13). La leçon est claire pour le chrétien de la communauté johannique, comme pour tout lecteur de l'évangile: quiconque est guéri par Jésus, quiconque a reçu de lui la vie nouvelle est dispensé de la loi du sabbat. b) La rencontre de Jésus et du paralytique guéri au Temple, et l'avertissement de Jésus (v. 14): la guérison est un appel à mener une vie sainte, à vivre en fonction du don reçu. c) L'altercation entre Jésus et les Juifs à propos du travail qu'il a fait un jour de sabbat (vv. 15-18).

15

Pourquoi le paralytique s'en va-t-il révéler, sitôt connue, l'identité de son bienfaiteur? Par crainte des autorités juives, disent certains. Pour se justifier devant elles, disent d'autres. Par naïveté, affirment les troisièmes. Sa déclaration est nécessaire tout simplement à l'économie du récit. Jean la présente ni comme une délation, ni comme une excuse, ni comme une justification; c'est un témoignage rendu à Jésus devant les chefs du judaïsme. Si le témoignage est inutile, la faute n'en revient pas à celui qui le rend, mais à ceux qui refusent de le recevoir et qui en prennent occasion de persécuter Jésus.

16

On a ici un écho de la conclusion des guérisons opérées un jour de sabbat dans les trois premiers évangiles, où il est dit que les pharisiens, mécontents de la conduite de Jésus, tinrent conseil pour le faire mourir (Mc 3,6; Mt 12,14)

17

Il ne faut donc pas prendre à la lettre ce que dit la Genèse du repos de Dieu au septième jour. Les rabbins distinguaient entre l'activité créatrice de Dieu, qui prit fin le septième jour, et son activité de Juge, son oeuvre pour le salut des hommes, qui était permanente. Ainsi en est-il pour Jésus: « il lui faut travailler aux oeuvres de celui qui l'a envoyé, tant qu'il fait jour » (9,4).

18

Les Juifs comprennent que Jésus se fait égal à Dieu, et par le sens particulier qu'il attache à son titre de Fils, et par l'identité de droits qu'il revendique avec « son Père ». C'était pour eux, hommes religieux et hostiles à ce Jésus, un blasphème (voir 10,33). Mais Jésus va expliquer que la parité, la communauté d'action qu'il revendique avec le Père, loin d'être une usurpation de la puissance et de l'autorité divines, révèlent l'origine même et la nature de sa mission.

19

Le Fils ne peut rien faire de lui-même. Jésus est l'envoyé de Dieu qui n'est pas venu de lui-même (7,28; 8,42), qui ne parle pas de lui-même (7,17.18; 14,10), qui n'agit pas de lui-même (5,19.30; 8,28). Ces expressions ou d'autres semblables se retrouvent dans tout l'évangile. Elles indiquent que la mission de Jésus est autorisée par Dieu, qu'il est l'unique révélateur, l'unique exécuteur de ses volontés, l'unique dépositaire de sa toute-puissance et donc l'unique sauveur, l'unique juge. Qui l'écoute, écoute Dieu; qui le voit, voit Dieu (14,9). Sa parole est la parole même de Dieu; elle fait vivre ceux qui la reçoivent et condamne ceux qui la refusent (5,21-30).

20

La guérison de l'aveugle-né (ch. 9), la résurrection de Lazare (11,1-46) sont annoncées par « des oeuvres plus grandes que celles-ci », en tant qu'elles révèlent précisément que Jésus est la résurrection et la vie (11,25), la lumière du monde (9,5) venue pour opérer un discernement entre les hommes (9,39). Les Juifs en seront étonnés, c'est-à-dire ahuris, et non pas ébahis. lis verront ces oeuvres, mais ils ne se convertiront pas. Ces grandes oeuvres provoqueront la stupeur et la confusion de ceux qui ne croient pas en lui.

21-23

Le pouvoir de ressusciter les morts appartient à Dieu (Dt 32,39; Sg 16,13). Puisque le Fils agit comme le Père, il partage avec lui le privilège de ressusciter les morts et de juger. Y aurait-il deux juges? Non, puisque le Père a remis le jugement au Fils, et que celui-ci donne la vie à qui il veut. C'est dans ce don ou ce refus de la vie que s'accomplit le jugement. Afin que tous honorent... Honorer le Fils, c'est croire qu'il est l'envoyé du Père (8,42). Honorer le Père, c'est faire sa volonté; faire sa volonté, c'est croire au Fils (6,40). L'honneur du Père et du Fils est un.

24

La résurrection ou le passage à la vie a lieu chez le croyant dans son acte même de foi, dans sa prise de position envers le Fils, dans sa réponse faite à la Parole du Fils. La vie éternelle accordée au chrétien n'est pas un état, la possession de quelque chose de présent, d'intérieur, d'intemporel; c'est une nouvelle manière d'être, de se comprendre, de se situer, d'agir, qui toujours et de nouveau est saisie dans la foi.

25

Lazare entendra bientôt la voix du Fils de Dieu et ressuscitera à la vie naturelle. Les défunts l'entendront au dernier jour pour ressusciter à l'immortalité glorieuse. Mais aujourd'hui aussi, tout homme qui est mort, qui est emmuré comme dans un tombeau dans sa propre vie limitée, fermée sur elle-même, peut entendre la voix du Fils de Dieu et trouver, dans la foi, la vie véritable qui est ouverture à soi, aux autres et à Dieu.

27

Le Fils de l'homme est, dans la tradition apocalyptique, un personnage céleste qui exerce la fonction de juge à la fin des temps.

28-29

Il s'agit ici de la résurrection et du jugement qui auront lieu, selon la tradition apocalyptique qui fut reprise par Jésus et la communauté primitive, à la fin du monde. Cette résurrection et ce jugement confirmeront la résurrection ou la condamnation qui sont anticipées dans l'accueil ou le refus de Jésus.

30

« Jésus ne fait rien de lui-même, de par sa propre volonté; tout ce qu'il fait, en particulier le jugement de condamnation porté contre ceux qui refusent d'écouter la parole, n'est que l'expression de la volonté même de Dieu. En définitive, toute l'activité de Jésus est conditionnée par le fait qu'il fut envoyé par Dieu; tout ce qu'il fait, c'est en vue de réaliser sa mission. Sa volonté propre s'efface devant la volonté de celui qui l'a envoyé et, en conséquence, tout homme doit croire en celui qui l'a envoyé pour avoir la vie (v. 24) » (M.-É. Boismard).

31-40

Ce passage vient à l'appui des déclarations qui viennent d'être faites par Jésus. Elles sont indiscutables en raison des témoins qui recommandent Jésus. Mais les témoignages du Père, de Jean-Baptise, des oeuvres que fait Jésus, ainsi que des Écritures, n'ont de valeur que s'ils sont acceptés. Finalement, ils n'ont de valeur que pour les croyants. On ne saurait en apprécier la portée selon des critères humains ou extérieurs; seule la foi leur donne de la valeur (voir v. 38).

34

Si vrai qu'ait été le témoignage de Jean, Jésus ne veut pas s'en autoriser, mais il l'évoque dans l'intérêt de ses auditeurs, pour leur salut. Car Jean fut envoyé pour rendre témoignage, afin que l'on crût par lui (1,7). Il n'était pas la lumière (1,8), mais la lampe qui brûle et qui luit, c'est-à-dire le précurseur du Messie, selon la parole du psaume à laquelle il est fait allusion: « Là, je susciterai une lignée à David, une lampe pour mon Messie » (Ps 132,17). Les Juifs se sont réjouis quelque temps de la lueur de cette lampe, mais ils n'ont pas su profiter de cette lumière pour s'éclairer; le témoignage de Jean-Baptiste ne les a pas conduits au Sauveur.

36

Les oeuvres que fait Jésus comprennent aussi bien ses paroles que ses miracles. Par ces oeuvres il faut entendre l'oeuvre entière du salut, l'oeuvre de révélation et de vie dont il a été question en 5,1-30. Cette oeuvre, le Père l'accomplit par Jésus.

37-38

Le Père est l'autre témoin annoncé précédemment, au v. 32. Quand et comment a-t-il rendu et rend-il témoignage à Jésus? Par les oeuvres qu'il lui donne d'accomplir (v. 36). Mais les Juifs n'ont jamais réellement entendu la voix du Père, ni vu son visage, ni gardé sa parole, parce qu'ils ne croient pas en Jésus qui est la voix, la manifestation et la parole du Père (12,44-50). Le Père a rendu et rend aussi témoignage au Fils par les Écritures (v. 39). Mais même cette parole de Dieu consignée dans l'Ancien Testament n'atteint pas les Juifs, parce qu'ils ne croient pas en Jésus. Qui, en effet, n'écoute pas la voix de Jésus, montre qu'il n'a jamais écouté la voix de Dieu (10,26-30). Qui ne voit pas en lui, par la foi, le Père, ne peut prétendre avoir accès à Dieu ni le connaître (14,6-11). Qui n'écoute pas sa parole, ni ne la garde, n'est pas de Dieu (8,31-47).

39-40

Par la bouche de Jésus, c'est la foi de sa communauté que l'évangéliste défend contre le judaïsme.

     Que les Juifs ne reprochent pas aux chrétiens d'avoir abandonné ou violé la Loi de Dieu contenue dans les Écritures, puisque les Écritures elles-mêmes témoignent de Jésus. Les Juifs apparaissent ici comme les gardiens d'un livre qu'ils ne comprennent pas; ils sont fiers d'une révélation dont le sens dernier leur échappe. Mais, au-delà des Juifs, cette apostrophe atteint aussi tout chrétien, prêtre ou laïc: la sécurité que donne l'étude de l'Écriture, la certitude d'en avoir la bonne interprétation, ou la confiance d'être un bon chrétien parce qu'on pratique sa religion peuvent fermer le coeur à la parole de Dieu, qui est un appel incessant à « venir » à Jésus.

41

Tout comme Jésus ne reçoit pas le témoignage d'un homme (v. 34), il ne reçoit pas la gloire qui vient des hommes, c'est-à-dire le respect, l'honneur que l'on rend à ceux que l'on estime. Jésus ne témoigne pas de son chef (v. 31), mais c'est le Père qui lui rend témoignage (v. 32.37); Jésus ne recherche pas sa propre gloire (7,18a; 8,50), mais la gloire de celui qui l'a envoyé (7,18b): sa propre gloire, il la tient du Père comme Fils unique (1,14).

44

Jésus donne la cause véritable de l'incrédulité des Juifs. Ce qui les empêche de croire, c'est la recherche de leur propre gloire, des hommages qu'ils tentent de s'attirer de la part des autres. Jésus dénonce ici cette disposition commune et très humaine à chercher en tout, et même dans l'étude ou la pratique de la religion, une satisfaction pour la vanité personnelle. La foi est, au contraire, une ouverture confiante et humble à Dieu, une remise en question de tout l'homme.

46

Les Juifs n'auront pas d'autre accusateur auprès de Dieu que celui qu'ils regardent comme leur médiateur: Moïse. Ils se disent disciples de Moïse (9,28); mais ils ne croient pas ce qu'il a écrit; car, s'ils le croyaient, ils écouteraient Jésus. La fonction de l'Ancien Testament est de conduire à Jésus, exactement comme le fit Jean-Baptiste.