1-21

Le discours sur le bon pasteur (vv. 1-21) est composé de deux petites paraboles: la parabole du pasteur, du voleur et des brebis (vv. 1-6), puis la parabole du pasteur véritable et du mercenaire (vv. 11b-13). Ces deux paraboles sont accompagnées de leur explication (vv. 7-10 et 11a.14-18). La conclusion souligne la division des Juifs devant les paroles de Jésus.

1-6

Le discours est adressé aux pharisiens qui se croient éclairés, mais qui sont en fait des aveugles prétendant guider les autres (9,40-41). Jésus disait dans Matthieu qu'ils étaient des aveugles, guides d'aveugles (15,14). Il laisse entendre ici qu'ils sont de mauvais bergers, auxquels il s'oppose, lui, comme le seul berger authentique.

     La parabole est relativement simple. Il faut se représenter la bergerie comme un parc clos de murs ou de palissades où sont enfermés pendant la nuit plusieurs troupeaux que les bergers des alentours ont confiés à la surveillance d'un gardien. Pourtant ce n'est pas une simple histoire de berger qu'on raconte; ce sont les rapports, très différents, des chefs religieux d'Israël et de Jésus avec les hommes qui sont décrits en termes figurés, comme l'explication de la parabole l'indiquera (vv. 7-10).

6

La parabole, c'est-à-dire le discours mystérieux, énigmatique (voir 16,25). Les pharisiens, qui sont les auditeurs présumés de Jésus, ne comprirent pas ce qu'il leur disait. Eux qui prétendent posséder la vérité, ils sont en réalité sourds et aveugles (9,41). Ils n'entendent ni ne comprennent la voix du pasteur. Ils ne sont pas de ses brebis.

7

De même que Jésus s'était identifié au pain de vie descendu du ciel (6,33.35.48.51), de même il s'identifiera au pasteur. Il est le véritable pasteur des brebis que les prophètes avaient annoncé (Mi 2,12-13; Jr 23,1-4; Ez 34).

8

Qui sont les voleurs et les brigands qui sont venus, c'est-à-dire qui ne sont pas passés par la porte (v. 1)? Ce sont les chefs religieux, Juifs incrédules, qui avaient assumé la direction du peuple juif et l'empêchaient de venir à Jésus. Les brebis qui ne les ont pas écoutés sont les Juifs qui se sont convertis malgré leurs chefs religieux.

9

Jésus est aussi la porte par laquelle les hommes accèdent au salut (voir 14,6). Qui croit en lui trouvera la liberté (il entrera et sortira), la nourriture et la vie.

10

Les chefs religieux juifs sont venus pour perdre les hommes en les empêchant de croire en Jésus. Et bientôt ils mettront à mort les disciples du Christ, pensant ainsi rendre un culte à Dieu (16,2).

11

Jésus, qui est venu pour que les croyants vivent en plénitude, a sacrifié également pour eux sa propre vie; c'est à cause de ce trait, qui le caractérise entre tous les pasteurs et qui l'oppose aux voleurs et aux mercenaires, qu'il est par excellence le bon pasteur.

13

À l'inverse du mercenaire, Jésus est le pasteur des brebis qu'il a reçues du Père et qui lui appartiennent (6,37; 10,29; 17,2.6.9.24). Il ne les abandonne pas ni ne s'enfuit quand vient le danger. Il veille sur elles, et aucune d'elles ne se perdra, sauf celui qui devait se perdre (17,12); si, peu avant sa mort, elles se dispersent (16,32), Jésus pourtant offrira sa vie pour elles (17,19), et par sa mort il réunira dans l'unité les enfants de Dieu dispersés (11, 52). Vraiment, à la différence du mercenaire, Jésus a souci de ses brebis, et nul ne peut les arracher de sa main (10,28).

15

Il y a entre Jésus et les chrétiens une connaissance réciproque fondée sur la connaissance réciproque du Père et de Jésus. Par la foi, les chrétiens connaissent Jésus en reconnaissant qu'en lui Dieu se révèle. Et ils découvrent Dieu en Jésus, parce que Dieu précisément se révèle à eux en Jésus qui, le premier, les connaît. Par la foi, le croyant découvre Dieu en Jésus, en même temps qu'il est connu et découvert par Jésus. La foi est don, rencontre, relation personnelle.

     Cette connaissance mutuelle est une connaissance d'amour. En donnant sa vie pour ses brebis, Jésus manifeste son amour pour le Père qui les lui a confiées et pour les brebis qui lui ont été confiées (14,31; 15,13). Connaître Jésus et le Père, c'est connaître cet amour (1 Jn 3,16; 4,9-10).

16

Jésus possède d'autres brebis, à lui données par le Père, qui sont les chrétiens issus du monde païen. Il lui faut les conduire à la foi en se faisant écouter d'eux. Sa mort est la condition préalable à la conversion des païens (11, 52; 12,20-24.32). Des Juifs qui l'auront suivi et des païens qui se seront convertis se fera alors un seul troupeau dans la foi à un seul pasteur. L'unité des chrétiens est un don, une promesse, fruit de la mort de Jésus (11,52), de sa prière (17,20s.) et de son oeuvre de révélation (17,22s.); elle est aussi une tâche à accomplir, un but à poursuivre, jamais atteint.

18

L'amour que le Père témoigne à Jésus se reflète dans l'amour que Jésus témoigne pour les siens. Sa mort sera une preuve de son obéissance au Père, de son amour pour les brebis et de sa souveraine liberté. Mais ce qui paraît, aux yeux des hommes, souveraine liberté à l'égard de la vie et de la mort est, au regard de Dieu, parfaite obéissance. Car tel est l'ordre du Père, qu'il donne sa vie pour ses brebis et la reprenne pour la constitution définitive du troupeau.

19

Jésus, lumière du monde (8,12; 9,5), qui est venu pour un jugement (9,39), provoque de nouveau une division parmi les hommes (voir 7,40-44; 9,16). Selon certains, Jésus est possédé du démon et il divague (8,48); selon d'autres, la guérison d'un aveugle ne saurait être attribuée à un démon (9,16).

22-39

Cette scène est le point culminant de toutes les controverses qui opposent Jésus aux Juifs. C'est l'ultime et décisif entretien entre Jésus et les autorités juives avant son arrestation. La scène se divise en deux parties que sépare une nouvelle tentative des Juifs de lapider Jésus (v. 31). Jésus déclare qu'il est le Messie-pasteur et qu'il est un avec le Père (vv. 22-30); puis il révèle aux Juifs incrédules qu'il est le Prophète par excellence et le Fils de Dieu (vv. 31-39).

22

La fête de la Dédicace commençait vers la mi-décembre et durait huit jours. Elle commémorait la purification du Temple opérée par Judas Maccabée après les profanations d'Antiochus Épiphane (1 M 4,36-59).

23

« Le Temple de Jérusalem était entouré d'un vaste portique en forme trapézoïdale; la partie est, en bordure du Cédron, était appelée "portique de Salomon", probablement parce qu'il était plus ancien que les autres et qu'on en attribuait la construction à Salomon lui-même » (M.-É. Boismard).

24

Jésus a affirmé ouvertement être le Christ et le Fils de l'homme devant des particuliers prêts à l'accueillir: la Samaritaine (4,25-26) et l'aveugle-né (9,36-37). Mais les Juifs lui demandent ici une chose impossible: qu'il leur dise ouvertement qu'il est le Messie. Mais comment pourrait-il le leur dire et les convaincre quand eux ne sont pas ouverts pour l'accueillir? Jésus, qui n'a cessé de parler ouvertement, leur est demeuré caché.

26

Jésus dit: « Vous ne croyez pas, c'est donc que vous n'êtes pas de mes brebis. » On devient un disciple du Christ en croyant et en suivant le pasteur. La décision de foi ou d'incrédulité révèle si l'on appartient ou non au Christ (voir 3,19 note).

27-28

Jésus oppose la conduite de ses brebis à l'attitude incroyante des Juifs; il rappelle également la relation étroite qu'il entretient avec elles. Divers éléments du discours sur le bon pasteur sont repris de façon plus concise. Les brebis de Jésus écoutent sa voix (10,3.16c); il les connaît (10,3c. 14); elles le suivent (10,4) et il leur donne la vie éternelle (10, 10b). L'opposition sauver-périr rappelle la parole sur la porte (10,9-10) et la parabole du mercenaire (10,12). La communauté johannique, liée très étroitement à Jésus, séparée de ceux du dehors, protégée par Jésus et son Père, sait qu'elle ne court aucun danger sous la conduite de son pasteur.

30

Sous la conduite de leur pasteur, les brebis ne courent aucun danger, parce que Jésus les protège (17,12), qu'elles sont un don du Père, que lui-même est un avec le Père et que vouloir les arracher de sa main serait vouloir les prendre au Père, ce qui serait une tentative insensée, puisque le Père est plus grand que tout. L'assurance des chrétiens est fondée sur la foi qu'ils rencontrent Dieu en Jésus et qu'ils se savent ses enfants tant et aussi longtemps qu'ils croient.

31

La revendication de Jésus d'être un avec le Père est un blasphème pour les Juifs, qui saisissent des pierres pour le lapider. Là où Jésus n'éveille pas la foi, il révèle l'incroyance qui peut devenir révolte et fureur, parce que la révélation met en question la fausse sécurité des hommes.

34

Citation du psaume 82,6, où cette parole est appliquée aux magistrats chargés de rendre la justice en Israël. Le premier juge en Israël fut Moïse.

35

« Ceux à qui fut adressée la parole de Dieu » sont les juges et les prophètes. Le premier prophète en Israël fut Moïse.

36

Jésus utilise l'argument a fortiori (voir 7,22-23 note). Du moment que l'Écriture, autorité indiscutable, appelle dieux ceux qui ont été institués juges ou prophètes, au-dessus desquels émerge la figure de Moïse, à combien plus forte raison celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, le Prophète par excellence semblable à Moïse (Dt 18,18), peut-il se dire sans blasphème Fils de Dieu! Jésus prouve donc deux choses: qu'il peut se dire sans blasphème Fils de Dieu et que ce titre divin lui appartient d'une façon unique, comme le suggère l'expression « celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde ».

38

Les oeuvres que fait Jésus comprennent aussi bien ses paroles que ses miracles. Elles englobent l'oeuvre entière du salut, l'oeuvre de la révélation et du don de la vie (voir 5,36; 10,25). Quiconque accepte ces oeuvres pour ce qu'elles sont, des oeuvres de salut, c'est-à-dire quiconque accepte de remettre en question sa vie et d'en trouver le sens en Jésus, découvre peu à peu et reconnaît que Jésus agit en communion avec le Père, qu'il révèle le Père et que le Père se révèle en lui. La foi qui, au départ, est question, devient découverte et reconnaissance.

40

Jésus se retire donc à Béthanie (1,28). La localisation en reste incertaine. Néanmoins, les meilleurs géographes de la Bible situent ce lieu à quelque 15 km au nord de la mer Morte, à 8 km à l'ouest du village de Kafrein, au wadi el-Kharrar; de là, des sources s'écoulent dans le Jourdain. Une étymologie possible de Béthanie est « lieu des sources ».

41

L'auteur signale une dernière fois que Jean n'a existé que pour Jésus, qu'il fut son témoin. La foi des gens s'appuie uniquement sur son témoignage, puisque Jean, à la différence de Jésus, n'a pas fait de miracles. Ainsi, les chrétiens doivent-ils étayer leur foi non sur les miracles, mais sur la parole de Jésus transmise par ses disciples.