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1-31
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Le premier discours d'adieu a pour thème
le départ et le retour de Jésus. Ce
thème est annoncé dans l'introduction
(vv. 1-3) et replis dans la conclusion (vv. 25-31).
La première partie traite du départ
de Jésus et en donne la signification (vv.
4-14); la seconde traite de la venue de l'Esprit,
du Fils et du Père chez les chrétiens
(vv. 15-24). Ces deux parties sont intimement
liées: quand, dans la foi, le
chrétien va à Dieu par Jésus
(vv. 4-11) et qu'il garde ses commandements, alors
l'Esprit, le Fils et le Père viennent
à lui (vv. 15-24).
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1
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L'absence de Jésus est pour les disciples
et pour les chrétiens qui vivent dans le
monde cause d'inquiétude, de tourment, de
doute même. Seule la foi en Dieu et en
Jésus leur permet de triompher de ce trouble
(voir v. 29).
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2
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Jésus n'a pas dit ailleurs qu'il s'en
allait préparer une place; mais il a
prévenu ses disciples qu'il s'en ira
(13,33), que ce départ sera sa glorification
(12,23; 13,31), qu'une fois élevé sur
la croix et en gloire il attirera tout à lui
(12,32) et que le disciple qui le suit sera
là où il sera (12,26). Ce sont les
mêmes idées qui sont rappelées
ici par d'autres images.
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3
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Ce retour est la parousie, la venue de
Jésus à la fin du monde. Ce retour
est censé ne pas devoir beaucoup tarder.
Jésus parle comme s'il devait revenir avant
la mort de ses disciples; en fait, pour Jean, le
retour de Jésus à la fin du monde est
anticipé dans sa venue en celui qui croit
(vv. 22-24).
Dans ce passage (vv. 1-3), Jésus a donc
annoncé dans un langage imagé
emprunté à l'apocalyptique le sens de
sa mort. Jésus, entré par sa mort
dans sa gloire divine, reviendra demeurer chez les
siens qui croient en lui (v. 23); il leur procurera
après la mort la même gloire divine en
les introduisant dans la société de
Dieu.
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4
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Le chemin qui conduit Jésus au
Père est le parfait accomplissement de la
volonté du Père jusqu'à la
mort.
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5
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Thomas, type de la demi-foi qui exige des
preuves palpables et des instructions nettes, feint
d'ignorer le but du voyage de Jésus et le
chemin qui y conduit. Jésus précise
alors son rôle.
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6
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Jésus est donc le chemin; le Père
est le but. Jésus nous conduit au
Père parce qu'il est la
vérité, parce qu'en lui est
révélée la
réalité du salut qui est vie pour
tout croyant. "Aller au Père par ce chemin
qu'est Jésus, c'est devenir, par sa
vérité, participant de la vie
même du Père" (I. de la Potterie).
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7
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Connaître Jésus, c'est
connaître le Père. Il y a donc une
unité entre le chemin et le but (voir v. 9).
La promesse de connaître le Père (vous
connaîtrez) est subordonnée à
la foi en Jésus révélateur du
Père.
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8
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Philippe a compris que la vision de Dieu
était le but de la vie du croyant. Mais il
n'a pas compris que le but ne pouvait être
atteint qu'en prenant le chemin par la foi en
Jésus. Il souhaite que Dieu s'impose
à lui; il veut le voir sans être
obligé d'y croire.
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9
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Jésus manifeste de l'étonnement
devant l'inintelligence de Philippe. Celui-ci a vu
Jésus avec les yeux du corps; il n'a pas
encore compris, dans la foi, que le Père
n'était visible qu'en Jésus.
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10
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On ne voit le Père que par la foi au
Fils. Et croire au Fils, c'est croire qu'il est un
avec le Père, qu'il parle et agit en son
nom, et que le Père est réellement
présent dans le Fils et agissant par lui. La
question de Jésus: "Ne crois-tu pas ... ?"
est un appel à cette foi en Jésus,
l'unique révélateur du
Père.
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11
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Jésus répète pour les
croyants ce qu'il a déjà dit aux
Juifs (10,38). Son enseignement ne vient pas de
lui, et il en est de même de ses oeuvres. Si
l'on hésite à croire d'après
la seule parole, le doute n'est plus permis devant
les oeuvres. La parole serait suffisante, mais les
oeuvres offrent une meilleure garantie pour ceux
qui ont de la difficulté à
croire.
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12
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Les oeuvres de Jésus englobent l'oeuvre
entière du salut, de la
révélation, du jugement et du don de
la vie. C'est par les croyants que Jésus
continuera cette oeuvre après son retour
vers le Père. Les croyants seront les
témoins de cette oeuvre en l'actualisant et
en l'accomplissant pour chaque
génération, faisant en ce sens
précis des oeuvres plus grandes que celles
de Jésus.
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13
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Jésus, retourné vers le
Père, exaucera toutes les demandes que les
croyants feront en se recommandant de lui. Les
oeuvres des croyants ne sont donc finalement qu'un
don qui continue l'oeuvre de Jésus. Et
puisque leurs oeuvres continuent celles de
Jésus et que les oeuvres de Jésus
sont celles du Père (v. 10), le Père
est glorifié dans le Fils.
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15-24
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Les versets 15-24 ont pour thème le
retour de Jésus. Jésus promet
à ses disciples et aussi à tous les
croyants la venue prochaine du Paraclet (vv.
15-17); il les assure que lui?même viendra et
se manifestera à eux (vv. 18-21) et que le
Père et lui?même viendront demeurer
chez eux (vv. 22-24).
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15
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Garder les commandements de Jésus ou
garder sa parole (v. 23), c'est avant tout demeurer
fidèle dans la foi, en accomplissant toutes
les exigences qu'une telle foi demande.
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16
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Le mot Paraclet, traduit dans le texte par
"Défenseur", désigne en grec tout
homme qui vient en aide à quelqu'un: son
assistant, son défenseur, son avocat, son
tuteur. Ce terme est employé dans
l'évangile pour caractériser le
rôle d'assistant que l'Esprit Saint exerce
ici-bas auprès des croyants. Ce rôle
d'assistant et de protecteur est celui que
Jésus s'attribue vis-à-vis de ses
disciples (10, 11-12 note; 17,12) et où il
lui faut être remplacé par un autre,
l'Esprit de vérité.
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17
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Le monde ne voit ni ne connaît l'Esprit
qui n'est visible qu'aux yeux de la foi; aussi
est?il incapable de le recevoir. Mais le
chrétien sait, dans la foi, que l'Esprit
demeure auprès de lui comme son
Défenseur et qu'il sera en lui,
c'est-à-dire que son action sera
essentiellement intérieure, affermissant le
croyant dans sa foi (14,26; 16,12-15) et l'aidant
lorsqu'il lui faut témoigner de la
vérité de l'Évangile face au
monde incroyant (15,26-27; 16,8-11).
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19
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Cette promesse vise directement les apparitions
du Christ ressuscité. Les disciples le
verront parce qu'il vivra ressuscité et
qu'eux?mêmes seront encore en vie pour le
reconnaître. Mais beaucoup plus
profondément, les disciples et tous les
croyants ne cesseront de voir Jésus
ressuscité, parce qu'il sera vivant en eux
et qu'ils vivront en lui, tenant de lui la vie
éternelle (voir 5,25 note). Voir dans la foi
Jésus ressuscité, c'est donc
finalement vivre de cette vie nouvelle que nous ont
value sa mort et sa résurrection.
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21
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C'est dans la pratique de la foi
qu'apparaît l'amour du chrétien pour
Jésus. Et c'est précisément
lorsque le croyant vit sa foi que l'amour de Dieu
(16,27; 17,23) manifesté en Jésus
(3,16) le rencontre.
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22
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Judas ne comprend pas pourquoi la manifestation
de Jésus est réservée aux
seuls croyants et ne peut valoir pour le monde. Sa
question fait peut?être écho aux
objections des Juifs et des païens à
propos du petit nombre et de la qualité des
personnes qui ont vu le Christ ressuscité
(voir Ac 10,41).
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23
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Jésus ne répond pas directement
à la question posée. Mais il reprend
ce qu'il a dit plus haut et le complète pour
affirmer que le Père et lui-même
viendront chez le croyant et demeureront chez lui.
Ils accompliront dès maintenant d'une
façon anticipée la promesse que Dieu
habitera au milieu de son peuple à la fin
des temps (Ez 37,27; Za 2, 14-15).
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25-31
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Les versets 25-31 forment la conclusion du
premier discours d'adieu. Jésus annonce
à ses disciples, et à travers eux
à tous les croyants, que l'Esprit Saint sera
son interprète pour le temps présent.
Puis il leur adresse quelques paroles d'adieu et
d'encouragement avant de marcher vers la mort.
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25
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"Jésus met ici une opposition entre son
enseignement à lui et l'enseignement futur
du Défenseur, pour suggérer que
l'action de l'Esprit sera d'un autre ordre que la
sienne. Il distingue deux étapes dans
l'économie de la révélation,
la première étant constituée
par sa propre parole, la seconde par l'enseignement
de l'Esprit" (I. de la Potterie).
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26
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L'Esprit enseigne et rappelle aux croyants tout
ce que Jésus a dit et fait; c'est dire qu'il
actualise l'événement?Jésus en
le faisant comprendre comme
l'événement dernier et
décisif, en en faisant saisir le vrai sens
et toute la portée. L'Esprit est donc
l'authentique interprète du
fait?Jésus pour le temps présent.
C'est à la lumière de l'Esprit que le
croyant comprend ce qu'est Jésus et qui il
est.
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27
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Jésus, prenant congé des siens,
les salue à l'orientale, en leur souhaitant
la paix. Mais cette paix n'est pas une salutation
vulgaire; elle est sa paix qu'il leur lègue
comme un don et qui comprend tous les biens du
salut, que le monde ne saurait leur donner.
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28
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Le Père est plus grand que Jésus,
parce que c'est du Père que tout
procède et que c'est lui qui conduit tout
à son achèvement. La mission de
Jésus et son retour dans la gloire sont
déterminés par la volonté du
Père à laquelle Jésus ne cesse
de se soumettre (4,34; 5,30; 6,38, etc.); c'est
pour cela que le Père peut être dit
plus grand que lui.
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30
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Le Prince de ce monde, c'est-à-dire
Satan, qui est déjà tout près
dans la personne de Judas (13,2.27). Jésus
parle ici de Satan plutôt que de Judas, parce
que sa mort est un événement qui
dépasse de beaucoup le fait historique (voir
12,31-32).
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31
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L'issue du combat entre Jésus et Satan
est déjà décidée,
puisque ce dernier n'a aucun pouvoir sur lui. La
mort de Jésus est pour le monde
incrédule sa dernière chance: qu'il
reconnaisse s'être trompé au sujet de
Jésus et qu'il admette que Jésus n'a
pas craint de perdre sa vie pour accomplir la
volonté du Père; sinon, la mort de
Jésus sera jugement pour le monde (voir 8,28
note; 12,31).
Partons d'ici. Ce signal de départ
correspond à celui de Mc 14,42. Mais que
signifie-t-il, puisque l'on ne s'en va pas et que
Jésus recommence un discours plus long que
le précédent? Le départ ne
s'effectue réellement qu'en 18,1. Les
chapitres 15-17 ont sans doute été
intercalés entre 14,31 et 18,1 sans que le
cadre primitif de l'évangile n'ait
été modifié. Leur insertion
à cette place, tout comme l'addition du ch.
21, montre que l'évangile de Jean a pu
connaître au moins deux éditions
successives.
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