1

Jésus prévient ses disciples des dangers qui les attendent, afin que leur foi ne chancelle pas quand ils seront exposés aux persécutions de la part des Juifs. Le discours est adressé à des judéo-chrétiens.

2

Sur l'exclusion des synagogues, voir 9,22 note.
Les autorités juives ne se contenteront pas d'exclure les chrétiens des synagogues; mais les plus extrémistes, zélés pour venger l'honneur divin, chercheront à les mettre à mort (Ac 14,4-5.19; 17,5-9). La cause de ce fanatisme persécuteur est pour Jean leur incrédulité (voir 15,21): ils ne connaissent pas le Père, parce qu'ils ne veulent pas reconnaître celui qu'il a envoyé.

4b-15

Jésus parle encore une fois de son départ prochain (16,4b-7); mais c'est pour consoler ses disciples, par la considération des biens que ce départ doit leur procurer. Il leur promet que l'Esprit de vérité va venir pour accuser le monde (16,8-11) et pour conduire les disciples à la plénitude de la vérité (16,12-15).

4b

Jésus n'a voulu avertir ses disciples des souffrances qui les attendent qu'au moment de la séparation. Car ce n'est qu'après son départ, et précisément parce que ses disciples continueront son oeuvre, qu'ils connaîtront la souffrance et la persécution, mais aussi la consolation, comme Jésus va le leur laisser entendre.

5

La perspective de la séparation accable tellement les disciples qu'ils ne songent même pas à demander où va Jésus. Ils ne comprennent pas la nécessité de la séparation; ils se croient laissés à eux?mêmes dans un monde ennemi. Ils en sont tristes.

7

Et pourtant les disciples devraient se réjouir du départ de Jésus. Car, une fois retourné à Dieu, Jésus enverra à ses disciples l'Esprit, qui leur enseignera et leur rappellera toutes choses (14,26), qui les conduira vers la vérité tout entière (16,13), c'est-à-dire leur fera comprendre ce qu'est Jésus et qui il est (voir 14,26 note); finalement, il sera avec eux témoin de Jésus dans le monde (15,26-27; 16,8-11).

8

Le rôle du Saint-Esprit sera de démontrer la culpabilité du monde, de le confondre en réfutant les accusations qu'il a portées contre Jésus et qu'il porte contre les chrétiens. Un procès a été institué contre Jésus par le monde incrédule et il se poursuit contre les chrétiens. De quel côté est le péché, de quel côté la justice? Qui est vraiment jugé?

9

Le monde, représenté par les autorités juives, s'imaginait que le péché était de croire en Jésus (voir 9,34 note). Le Défenseur fera comprendre, à l'inverse, que le péché est le refus de croire en Jésus (8,24; 9,41; 15,22-24) et que, dans le procès continu entre l'Évangile et le monde, la faute est du côté du monde incrédule. Son péché est son aveuglement volontaire (voir 9,41 note).

10

La justice de Jésus sera attestée par son entrée dans la gloire du Père. Ce sera sa victoire sur le monde qui refuse de voir en lui l'envoyé du Père (voir 16,33). Le signe de sa victoire sera précisément que les disciples ne le verront plus avec leurs yeux du corps.

11

Le monde s'imagine avoir jugé et condamné Jésus à mort, mais il se trompe. Car lorsque Jésus fut élevé sur la croix et en gloire, ce fut en réalité le Prince de ce monde qui fut jeté dehors et perdit son empire sur le monde (12,31-32). Ainsi l'Esprit Saint refait?il le procès de Jésus en révélant aux croyants le sens de ce qui s'est passé. Et eux, par la force de leur prédication, le courage de leur témoignage et la sainteté de leur vie, démontrent l'erreur du monde.

12-15

Les versets 12-15 présentent un autre rôle de l'Esprit: il prolongera la mission de révélation de Jésus en l'actualisant. Aussi bien, Jésus a-t-il révélé aux siens tout ce qu'il a appris du Père (15,15); il aurait pourtant beaucoup de choses encore à leur dire, mais qui seraient présentement pour eux un fardeau trop lourd. C'est dire que le sens de la révélation est toujours à comprendre à nouveau dans la foi, à la lumière de l'Esprit.

13

L'Esprit conduit les disciples vers la vérité tout entière, c'est-à-dire vers Jésus, qui est la vérité (14,6). L'Esprit fera comprendre aux chrétiens, à travers les siècles, le sens de l'enseignement, de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus (voir 14,26 note).
De même que Jésus n'a pas parlé de lui-même (7,17s.; 12,49; 14, 10), ainsi l'Esprit ne parlera pas de lui-même; de même que Jésus n'a dit que ce qu'il a entendu du Père (8,26.38), ainsi l'Esprit dira ce qu'il entendra. Ainsi la révélation, qui prend sa source dans le Père et qui est effectuée par le Fils, s'achève?t?elle dans l'Esprit, qui dit à nouveau, explique, selon les besoins personnels des chrétiens et l'exigence des temps, le même événement de la révélation (voir vv. 14-15).
Il vous dévoilera les choses à venir. Jésus ne promet pas ici aux disciples le don de prophétie. Mais l'Esprit donnera aux disciples de comprendre ce qui arrive à la lumière du "nouvel ordre des choses issu de la mort et de la résurrection du Christ" (D. Mollat). Il leur donnera de comprendre à chaque époque tout événement à la lumière même de la révélation, de la parole de Dieu agissant dans la communauté.

16-24

Ce nouveau passage (vv. 16-24) évoque la situation des disciples durant la passion et après la résurrection, situation qui serait celle de tous les chrétiens. Le départ et l'absence de Jésus sont cause de tristesse; mais son retour et sa présence sont source de joie. Jésus explique comment la joie naît de la tristesse.

16

Ce peu de temps après la mort de Jésus n'est pas limité au temps des apparitions (voir vv. 22-23): il englobe le temps présent.

18

Qu'est-ce que ce peu de temps? Que signifie dans les circonstances présentes: "Je vais vers le Père"? L'incompréhension des disciples, leur bégaiement sont une question que l'auteur nous adresse.

20

La douleur des disciples et la joie du monde forment un contraste tragique. Étrangers au monde d'où la parole de Jésus les a tirés (15,19; 17,16), et pourtant vivants dans le monde et soumis à sa haine (15,18-16,4a), les disciples expérimenteront la solitude, l'abandon, l'incompréhension, source de tristesse (v. 20), de souffrance (v. 33) et de trouble (14,1). Mais le monde, lui, se réjouira de l'absence de Jésus, parce que sa présence mettait en question sa propre assurance; il hait et persécute la communauté qui perpétue cette mise en question.
La tristesse des disciples se changera en joie. Il en sera pour eux comme pour une femme en travail qui supporte les souffrances de l'enfantement à cause de la joie de mettre au monde un enfant. De ses douleurs jaillit la joie. De même la souffrance du chrétien dans le monde est?elle, d'une façon paradoxale, source de joie: à cause d'elle, il expérimentera la présence de Jésus.

22

Jésus ressuscité apparaîtra à ses disciples, qui se réjouiront en le voyant (20,20). Mais cette joie durable, que nulle puissance ne peut ravir, n'est pas limitée à des apparitions passagères. Nul ne peut la ravir, parce qu'elle est fondée non sur quelque motif terrestre, mais sur la rencontre de Dieu en Jésus. Elle est l'opposé de la joie du monde, que chaque instant peut ravir et derrière laquelle se dissimule l'angoisse.

23

Dès ce jour-là, c'est-à-dire, dès que Jésus sera ressuscité, et dans tout le temps qui suivra la résurrection.
Les disciples n'interrogeront plus Jésus, parce qu'ils n'auront plus aucun motif de l'interroger. Dans leur joie, toute question sera tue. Le monde, lui, peut être plus ou moins joyeux, mais jamais simplement joyeux, parce que sa joie n'est jamais sans question.

24

La joie des disciples atteindra sa plénitude lorsqu'ils verront que leurs prières, faites au nom de Jésus, sont exaucées.

25-33

Le second discours d'adieu s'achemine vers sa fin. Mais avant de prendre congé des siens (vv. 31-33), Jésus ouvre pour la dernière fois devant eux quelques perspectives sur l'avenir (vv. 25-30).

25

Jésus a tenu à ses disciples, durant toute la durée de son ministère, un discours énigmatique; mais l'heure vient où il pourra parler ouvertement du Père. Cette heure est celle de sa glorification et de la mission de l'Esprit. Alors tout voile sera levé devant les croyants, parce que l'Esprit leur enseignera et leur rappellera tout ce que Jésus a dit (14,26), et plus précisément quel est le rôle du Père par rapport à la mission de Jésus et au sort des croyants.

26

Jésus parle d'une nouvelle économie de la prière qui sera faite en son nom et pour laquelle il n'aura pas besoin d'intercéder auprès du Père pour qu'il l'exauce. Car, à cause même de leur foi en Jésus, les croyants sont aimés du Père; leur prière, faite au nom de Jésus pour que son oeuvre se réalise, est celle?là même de Jésus.

28

Jésus rappelle encore quel est l'objet de la foi, en soulignant que sa mission de révélateur a été temporaire. Jésus, Parole de Dieu, fait retour vers le Père après avoir accompli sa mission (voir Is 55,10-11).

30

Jésus a promis à ses disciples de les entretenir ouvertement du Père après sa résurrection (v. 25); eux, pour quelques paroles dont ils ont entrevu le sens, croient déjà réalisée cette promesse. Jésus a prévenu leur dernière demande (v. 19) et leur a dit qu'après sa résurrection ils n'auraient plus besoin de l'interroger (v. 23); ils lui reconnaissent une science infinie et déclarent que, dès maintenant, ils n'ont plus besoin de poser de questions. Jésus va leur laisser entendre qu'ils ne sont pas encore des croyants complets, qu'ils ne le deviendront que dans l'avenir.

31

L'interrogation de Jésus montre que la foi des disciples est moins solide que sincère, comme va le prouver leur conduite au moment de la Passion. Ils vont se disperser, rentrer chez eux et plus encore en eux pour y trouver leur propre sécurité sans plus se soucier de Jésus: leur foi va être ébranlée.

33

À propos de la paix, voir 14,27 note.
Le discours se termine par un rappel des souffrances que les croyants auront à subir dans le monde (voir 15,18-16,4a), une parole d'exhortation et un cri de triomphe. Jésus, en mourant, a vaincu le monde. Le monde a perdu son procès: il est condamné (12,31). Les croyants n'ont rien à craindre; malgré les souffrances, la persécution, ils vaincront le monde par la foi en Jésus (1 Jn 5,4-5).