|
1-3
|
La quatrième scène (19,1-3), la
seule qui ne soit pas conçue en forme de
dialogue, se déroule à
l'intérieur de la résidence. Pilate
fait fouetter Jésus; les soldats romains se
moquent de sa prétendue royauté en le
déguisant en roi de mascarade. Pilate pense
ainsi agir prudemment et se flatte de faire
accepter aux Juifs ce châtiment comme
suffisant. Il croit que le peuple lâchera
prise. Mais Pilate se leurre.
|
|
5
|
En mettant sur les lèvres de Pilate la
déclaration "Voici l'homme", Jean veut
évoquer l'humanité de Jésus
bafouée par les hommes, arrivée
à son état le plus extrême de
faiblesse. Il veut aussi, en présentant
Jésus déguisé en roi de
mascarade, que l'on songe à sa
royauté, au comble de la gloire. Il veut, en
opposant cette déclaration à celle
des Juifs incrédules (v. 7), que le croyant
reconnaisse en lui le Fils de Dieu.
|
|
7
|
Les Juifs abandonnent pour un moment le
côté politique de leur accusation et
se portent sur le plan religieux. Ainsi
démasquent?ils leur incroyance et le
véritable motif de leur accusation (5,18;
8,59; 10,33). Jésus, qui blasphème
à leurs yeux en se faisant Fils de Dieu,
mérite la mort, d'après les
prescriptions de la Loi mosaïque (Lv
24,16).
|
|
9
|
D'où es-tu? C'est-à-dire: "Qui
es-tu?" (voir 7,27-28; 8,14; 9,29-30). Cette
question trahit l'incertitude et l'angoisse de
Pilate. Le gouverneur romain, qui s'est
défilé devant l'appel de Jésus
à se prononcer pour ou contre la
vérité (voir 18,37-38 notes), ne
pourrait comprendre ce que Jésus dirait de
son origine (voir 8,25 note; 10,24 note). C'est
pourquoi Jésus se tait.
|
|
11
|
La réponse de Jésus ramène
à ses justes limites la prétention de
Pilate, qui croit tenir dans ses mains le sort de
Jésus. Pilate, en effet, s'illusionne. S'il
est chef et juge, s'il a la faculté d'user
de son autorité à l'égard de
Jésus, c'est par la volonté de
Dieu.
Pilate, en raison même de sa situation qui
l'oblige à condamner Jésus, est moins
coupable que les Juifs, qui l'ont mis malgré
lui dans cette situation en lui livrant
Jésus. Le singulier "celui qui m'a
livré" doit être pris au sens
collectif et englober tous ceux qui ont
tramé l'affaire: Judas, Caïphe (11,49)
et les autorités juives.
|
|
12-16
|
La septième et dernière
scène se déroule à
l'extérieur en présence des Juifs
(vv. 12-16a). Pilate tente un dernier effort pour
faire acquitter Jésus; mais les Juifs,
abandonnant le grief religieux, reviennent au grief
politique: c'est cette accusation qui va
décider du sort de Jésus.
|
|
12
|
Les Juifs reprochent à Pilate de
n'être pas dévoué à
l'empereur. Et Pilate, lui, qui a refusé de
se prononcer pour Jésus (18,38) et qui
clamait haut son pouvoir (19,10), va céder
aux instances du monde. Ainsi se trouve
posée la question: le pouvoir politique qui
refuse de se prononcer pour la
révélation peut?il rester neutre?
|
|
13
|
Le mot araméen Gabbatha signifie hauteur.
Ce n'est pas une traduction du mot grec "pavement
de pierre", mais un autre nom du même
lieu-dit. "Gabbatha désignait, chez les gens
du pays, la place publique qui se trouvait devant
le palais royal, au sommet de la ville haute, et
que son beau dallage avait fait appeler en grec "le
pavement de pierre? (P. Benoît).
|
|
14
|
Jean marque le lieu, la date et l'heure de
l'événement pour en souligner
l'importance. Il veut mettre en rapport la
condamnation et la mort de Jésus avec la
Pâque juive (voir 13,1 note). Midi, ou la
sixième heure, est l'heure qui symbolise la
fatigue et la faiblesse de Jésus (4,6). La
tradition juive fixait à la sixième
heure le début de la fête de
Pâque; c'était l'heure prévue
pour brûler tous les pains fermentés
que remplaceraient les azymes pascaux. Et
Jésus mourra à l'heure où,
d'après la Loi, on doit immoler l'agneau
pascal (19,36).
|
|
15
|
Ce serait la dernière tentative de Pilate
pour vaincre l'obstination des Juifs. Jésus
est le roi des Juifs, le Messie promis par les
Écritures, l'espérance d'Israël.
Les Juifs le refusent. Ils veulent sa mort.
Pilate ne cède pas à leur clameur; il
en appelle une dernière fois à leur
sens de l'honneur. Mais les Juifs refusent
Jésus comme roi et Messie, en se
réclamant de César. Il en sera comme
ils l'ont voulu. Ils n'auront pas de part au Messie
qu'ils ont rejeté; ils auront comme roi
César, celui qu'ils détestent,
César qui détruira la ville et le
Temple (11,48).
|
|
16
|
Pilate, qui a épuisé tous ses
moyens de résistance, se voit contraint de
livrer Jésus à ses accusateurs. Le
procès est achevé: les Juifs
incrédules ont obtenu la condamnation de
Jésus.
|
|
16b-30
|
Voir Mt 27,32-56; Mc 15,21-41; Lc 23,26-49.
Le récit de la crucifixion comprend quatre
épisodes. Le premier (vv. 16-22) relate
l'intronisation de Jésus comme roi sur la
croix.
|
|
16b
|
Les Juifs prennent Jésus pour le conduire
au supplice. On voit par la suite que les
exécuteurs furent les soldats romains (v.
23), et non les Juifs. Mais la tradition de la
crucifixion de Jésus par les Juifs trouve
plusieurs échos dans les écrits
lucaniens (Le 23,25?26; Ac 2,36; 4,10; 5,30). Et
saint Augustin de commenter avec justesse: "Si
l'évangéliste attribue tout aux
Juifs, c'est avec justice; car il est vrai de dire
qu'ils ont pris eux-mêmes ce qu'ils ont
extorqué. "
|
|
17
|
Le Golgotha est un piton rocheux situé en
dehors de la ville, sur lequel pouvaient tenir
trois croix. Le mot araméen Golgotha
signifie tête, crâne.
|
|
18
|
Jésus est crucifié entre deux
autres condamnés. Jean s'abstient de dire
qu'ils étaient des voleurs, mais
précise que Jésus était au
milieu; les deux autres condamnés font pour
ainsi dire cortège à Jésus,
dont la croix devient un trône. Jésus
y est intronisé comme roi.
|
|
19
|
Selon l'usage romain, le motif de la
condamnation était reproduit sur un
écriteau que l'on portait devant le
condamné ou qu'on lui accrochait au cou.
|
|
20
|
Les trois langues, qui symbolisent la religion,
l'empire et la culture, signifient visiblement la
royauté universelle de Jésus: le roi
des Juifs est le sauveur et le juge du monde (4,42;
12,31).
|
|
23-24
|
La seconde scène de la crucifixion a pour
thème le partage des vêtements (vv.
23-24). Voir Ps 22,19.
|
|
23
|
Les commentateurs anciens et modernes ont
attribué à la tunique sans couture
une valeur symbolique. Certains pensent qu'elle
évoque la tunique du grand prêtre et
symbolise le sacerdoce du Christ. D'autres ont vu
dans la tunique le symbole de l'Église et de
son unité. L'Église, tunique du
Christ, est sans couture, d'un seul tissu depuis le
haut, parce qu'elle est une et d'en haut, dit
Cyprien. Mais que signifie tout ce symbolisme,
quand cette tunique est attribuée par le
sort à un soldat romain? Le sens symbolique,
s'il en est un, demeure caché. Jean y voit
l'accomplissement d'une prophétie
tirée du Ps 22,19.
|
|
25
|
Combien de femmes l'évangéliste
a?t?il en vue? Quatre, disent certains
commentateurs. Trois, répondent d'autres,
supposant que "Marie, femme de Clopas", est en
apposition avec "la soeur de sa mère" et
désigne la même personne. La
première solution paraît devoir
être soutenue: Jean désigne d'abord,
sans les nommer, les deux femmes parentes de
Jésus, puis deux autres femmes dont il donne
les noms.
|
|
26
|
Comme dans le récit de Cana (2,4 note),
le mot "femme" est ici un terme respectueux et,
pourrait?on dire, solennel qui marque
néanmoins l'indépendance autant que
le respect.
|
|
27
|
Jésus confie à sa mère la
communauté johannique et tous les siens
représentés par le disciple
bien-aimé, puis il confie sa mère
à ce même disciple.
L'apparition de Marie au commencement et
à la fin du ministère de Jésus
est très significative. Elle est là
quand l'heure de Jésus est anticipée
à Cana (2,4), et là encore quand
cette heure est arrivée. C'est à
partir de cette heure?là, où le salut
est accompli, que Marie peut être
reçue dans la foi.
En effet, chez lui ne désigne pas tant les
biens matériels du disciple par excellence,
telle sa maison, que les biens qui lui sont propres
en tant que croyant parfait: sa foi en
Jésus, son attachement à lui. "La
mère de Jésus est accueillie par le
disciple dans un espace intérieur qui
était déjà constitué
pour lui par sa relation à Jésus: il
l'accueillit comme sa mère, dans la foi" (I.
de la Potterie). Le disciple bien-aimé
représente ici la communauté
johannique et tous les chrétiens qui, dans
la foi, reconnaissent Marie pour leur
mère.
|
|
28-30
|
La dernière scène de la
crucifixion (vv. 28-30) relate l'achèvement
de l'oeuvre de Jésus, ses dernières
paroles, ses derniers gestes, sa mort.
|
|
28
|
Jean ouvre et clôt le récit de la
passion par le même thème, celui de
l'achèvement (13,1). "La passion de
Jésus est une oeuvre d'amour; cet amour de
Jésus pour les siens atteint son
achèvement, c'est-à-dire sa
perfection, dans l'acte suprême du don de sa
vie par la mort sur la croix (15,13)" (M-É.
Boismard).
J'ai soif. Citation du Ps 69,22: "Dans ma soif, ils
m'ont donné à boire du vinaigre."
Jésus exposé sur la croix a
réellement soif; mais il a surtout soif de
parfaire l'oeuvre que le Père lui a
donné à accomplir (4,34; 17,4), de
boire le calice que le Père lui a
donné (18,11) et d'assurer le salut du
monde.
|
|
29
|
Ce vin était la boisson des soldats
romains. Cette boisson rafraîchissante
était apportée pour les
crucifiés qui, d'ordinaire, souffraient
horriblement de la soif.
L'hysope est un arbrisseau aromatique poussant dans
les fentes des murailles et qui atteint au maximum
un mètre de hauteur. Ses tiges, assez
fragiles, servaient comme goupillons dans les
aspersions rituelles. Jean veut?il faire une
allusion implicite au rituel pascal où il
est prescrit de marquer la porte des maisons avec
un bouquet d'hysope trempé dans le sang de
l'agneau (Ex 12,22)?
|
|
30
|
"La mort de Jésus est le sommet de sa
mission, de cette oeuvre que le Père lui a
donné d'accomplir. En acceptant cette mort,
Jésus ne fait que correspondre parfaitement
à la volonté de celui qui l'a
envoyé pour sauver le monde. Aussi peut?il
dire au moment de rendre l'esprit: 'C'est
achevé'" (M.-É. Boismard).
Jésus meurt librement; il dépose sa
vie comme quelqu'un qui a la faculté de la
quitter et de la reprendre (10,18). Jésus
incline la tête, comme un homme qui s'endort,
puis il remet son esprit. Jean veut marquer par
cette dernière expression que c'est dans sa
mort que Jésus donne l'Esprit. Le dernier
souffle de Jésus mourant deviendra le
souffle animateur de la nouvelle création
(voir 20,22 note).
|
|
31-42
|
Le récit de l'ensevelissement de
Jésus comprend deux parties distinctes:
l'épisode du coup de lance (vv. 31-37), et
celui de l'ensevelissement proprement dit (vv.
38-42).
|
|
31
|
Le jour de la Préparation,
c'est-à-dire un vendredi, la veille d'un
sabbat. Ce sabbat était cette
année?là une grande fête, celle
de la Pâque.
Chez les Romains, les cadavres des crucifiés
restaient sur le gibet abandonnés aux chiens
et aux bêtes de proie. Mais la Loi juive (Dt
21,22-23) prescrivait de les enlever dès le
soir; cette prescription s'appliquait avec d'autant
plus de rigueur les veilles de sabbat et de grande
fête.
La fracture des jambes, ce supplice cruel qui
était distinct du crucifiement, est
appliqué ici pour hâter la mort des
condamnés. Les bourreaux broyaient les os
des condamnés avec des masses de fer. Cette
coutume a été confirmée par la
découverte, effectuée en 1968 dans un
ossuaire de Jérusalem, du squelette d'un
crucifié dont les jambes avaient
été brisées.
|
|
34
|
Comment expliquer ce phénomène? Il
s'agit vraisemblablement d'un
phénomène naturel:
l'épanchement du sang et de l'eau est une
preuve que Jésus était
réellement mort. Plusieurs Pères de
l'Église ont vu dans l'eau le symbole du
baptême, dans le sang celui de l'eucharistie;
dans et par ces deux sacrements, ils ont vu le
signe de la naissance de l'Église, nouvelle
Ève naissant du côté du nouvel
Adam.
|
|
35
|
Le témoignage du disciple que
Jésus aimait souligne, contre les
hérétiques, le fait que Jésus
était vraiment mort quand il fut mis au
tombeau. Il veut affermir par ce récit la
foi des chrétiens de la communauté
johannique, peut-être ébranlée
par les doctrines de certains
hérétiques qui soutenaient que
Jésus n'avait pas pris un corps réel.
Mais ce témoignage du disciple par
excellence est aussi un témoignage de foi,
qui atteste aussi le sens de
l'événement: Jésus est le
véritable agneau pascal et celui vers qui
les hommes devront regarder pour leur salut ou leur
condamnation (vv. 36-37).
|
|
36-37
|
Jean fusionne deux textes de l'Ancien Testament:
Ex 12,46, qui concerne l'agneau pascal, et Ps
34,21, où il est dit que Dieu ne laisse pas
broyer les os des justes. Jean voit donc en
Jésus le nouvel agneau pascal qui meurt afin
d'effectuer la délivrance du nouveau peuple
de Dieu, ainsi que le juste que Dieu protège
jusque dans sa mort et qu'il va protéger
finalement en l'arrachant à la mort. Voir Nb
9,12.
|
|
37
|
Jésus élevé sur la croix
est le sauveur et le juge. Le regard de foi ou
d'incrédulité que les hommes portent
vers lui signifie pour eux salut ou condamnation
(voir 8,28 note; 12,32). Jean se
réfère à Za 12, 10.
|
|
38-42
|
Jean décrit l'ensevelissement de
Jésus pour faire valoir les honneurs qui lui
ont été rendus et pour
préparer le récit de la
résurrection. Jésus a
été enseveli comme les grands de ce
monde; le thème royal
développé pendant la Passion se
prolonge ici.
|
|
39
|
La myrrhe est un baume précieux
utilisé pour les ensevelissements;
l'aloès est un parfum extrait d'un bois
précieux d'Orient, que l'on
mélangeait généralement
à un autre parfum. La quantité est
considérable (32 kg 700); elle vient mettre
en relief l'honneur fait à Jésus. Une
telle magnificence et une telle profusion de
parfums précieux ne sont attestées
chez les Juifs que pour les funérailles de
souverains (voir 2 Ch 16,14).
|
|
41
|
Il y avait un jardin. Jean est le seul à
noter ce trait qui reviendra encore en 20,15. "Ce
jardin est mis en référence, non
seulement avec le tombeau, mais aussi avec le lieu
où Jésus avait été
crucifié. Ce rappel de la crucifixion n'est
pas fortuit. Le jardin évoque probablement
le paradis terrestre dont parle Gn 2-3; la croix
plantée au milieu du jardin serait alors
l'arbre de vie (Gn 2,9)" (M.-É.
Boismard).
|
|