1

La naissance du Christ est reliée à l'histoire profane par la mention de ce recensement, dont on connaît des équivalents dans l'histoire de l'empire romain. Cet ordre de l'empereur de recenser tous les habitants de la terre (c'est-à-dire de l'empire romain, qu'on identifiait à la terre habitée d'alors) permet à Lue de faire naître à Bethléem Jésus de Nazareth. Lue insistera pour dire que ce n'est pas sans se soucier de l'histoire humaine que Dieu réalise son salut.

4

Bethléem était regardée comme la ville de David (Jn 7,42), parce que celui-ci y avait reçu l'onction royale (l S 16,4.18). Il était important que Jésus naisse à Bethléem, pour que la prophétie de Michée (Mi 5, 1) se réalise en lui: celui qui devait gouverner Israël sortirait de Bethléem Ephrata. - L'origine davidique de Jésus importait beaucoup. Car Israël attendait comme messie un descendant de David (2 S 7,12-16; Ps 2,7; 110, 1-2; Is 9,5-6). Aussi le texte insiste-t-il: Joseph était de la maison et de la descendance de David. Luc a déjà rappelé que Joseph était un descendant de David (1,27). L'ange qui venait annoncer la naissance de Jésus parlait du « trône de son père David » que Jésus recevrait en héritage (1,32).

7

Les anges disent de si grandes choses de l'enfant (1,32-33.35; 2,11) qu'on est frappé de la simplicité et de la sobriété du récit de sa naissance. Le titre de « premier enfant » donné à Jésus ne signifie pas que Marie eut d'autres enfants. En appelant Jésus le « premier-né » de Marie, Lue peut songer à ce que l'Exode (13,1-2) disait des premiers-nés, ou encore aux fonctions du Christ, premier-né de l'humanité et de l'Église, nouvelle humanité (Col 1,15.18).

8

Les bergers sont des petits et des pauvres: ce sont eux qui bénéficient de la révélation de la naissance de leur Sauveur. Cette préférence de Dieu est fortement soulignée chez Luc (1,53). - On sait qu'un des principaux ancêtres de Jésus, David, avait été lui-même berger: il faisait « paître le troupeau de son père à Bethléem » (1 S 17,15; Ps 78,70).

9

Ange, gloire, lumière, peur sont des éléments classiques dans la Bible pour introduire une révélation divine. Ici, cette révélation se trouve au v. 11.

10

Le même verbe grec signifie annoncer une bonne nouvelle et évangéliser. La bonne nouvelle de la naissance de Jésus (2,11) est le début de l'évangile auquel Jésus s'identifiera (Mc 8,35).

11

Jésus est présenté aux bergers comme le Sauveur (titre donné à Jésus ressuscité, surtout dans les communautés de culture grecque), le Messie (titre donné à Jésus ressuscité par les communautés d'origine juive) et le Seigneur (2,11). La « ville de David » désigne normalement Jérusalem; c'est ici Bethléem (2,4). Ainsi, Luc identifiera encore Jésus avec le Messie attendu par les Juifs. Rappelons-nous que Luc écrit ces choses pour nous préparer à lire son évangile: il peut alors se permettre d'attribuer à Jésus au moment de sa naissance des titres qui ne lui seront historiquement reconnus qu'après la résurrection.

14

L'expression « hommes de bonne volonté » traduit littéralement les mots de la version latine de ce verset. L'étude attentive du texte grec original et de certains textes du premier siècle après le Christ qui utilisent la même expression (voir les écrits de Qumrân), montre sans équivoque possible qu'il s'agit des hommes qui sont l'objet de la bienveillance (« bonne volonté ») divine. Ainsi, le salut n'est pas offert au seul peuple d'Israël (v. 10), mais à tous ceux que Dieu aime, c'est-à-dire à tous les hommes.

La gloire de Dieu est la manifestation éclatante de ses qualités - puissance, amour, fidélité - dans son agir personnel (Is 24,23; 60,2). La naissance de Jésus manifeste la gloire de Dieu aux anges, qui viennent la proclamer. - La paix sur la terre implique plus que la cessation des guerres et des querelles. Elle est le salut de la fin des temps; elle apporte aux hommes le pardon des péchés et la lumière qui leur révélera les voies de Dieu à suivre (Lc 1,77-79). Le prince de la paix que sera le messie (Is 9,5-6) apportera une telle paix sur terre.

20

Luc va souvent mentionner des réactions d'admiration semblables à celle du présent texte. Il invite ainsi ses lecteurs à louer Dieu à propos de ses interventions dans l'histoire de l'humanité et dans le déroulement de la vie de chaque individu. La routine quotidienne éteint plus ou moins ce sens de l'admiration que devraient susciter les interventions de Dieu.

21

La circoncision (1,59 note) est la circonstance qui permet d'introduire l'action importante: l'attribution d'un nom à Jésus. - « Loin d'être une désignation conventionnelle, le nom exprime pour les anciens le rôle d'un être dans l'univers... Changer le nom de quelqu'un, C'est lui imposer une nouvelle personnalité » (H. Cazelles). Or, le nom Jésus signifie « Dieu sauve ». Une vocation de sauveur était assignée à l'enfant par Gabriel, au nom de Dieu (1,31). Donner à l'enfant le nom voulu par Dieu, c'était de bon augure: Dieu lui-même indiquait alors la mission de l'enfant et s'engageait à le soutenir dans l'accomplissement de sa tâche.

22-34

Nous arrivons à un point culminant des deux premiers chapitres de Luc. Dans un cadre qui évoque le judaïsme (purification, présentation de l'enfant, Temple de Jérusalem, attente du Messie, insistance sur la « Loi » mentionnée cinq fois), c'est le peuple juif qui rencontre, au lieu par excellence où doit s'exprimer sa foi (le Temple, 1,9), l'objet de son espérance. Mais l'ombre du rejet de Jésus se profile déjà (vv. 34-35).

23

Voir Ex 13,2.12.15; 34,20; Nb 18,15-16.

24

Selon la législation d'Israël (Lv 12,8), telle était l'offrande des pauvres. C'est par des petits et parmi eux que s'accomplit l'oeuvre de Dieu (1,46 note; 2,8 note). Anne et Siméon, par exemple, ne sont pas des personnages en vue dans leur milieu; ils sont d'humbles et pieux croyants qui attendent le salut de Dieu.

25

Les paroles et le chant de Siméon sont rapportés par Luc, qui tient à nous rappeler très tôt la vision universaliste de Jésus (v. 31), selon laquelle Dieu veut sauver tous les hommes. Le Christ donné au peuple d'Israël devait devenir, dans l'intention divine, la lumière du monde.

26

La triple mention de l'Esprit (2,25b.26.27) indique la source de la confession christologique des vv. 29-32 et 34b- 35. Après les récits qui émerveillaient, puis invitaient à réfléchir en son coeur (2,17-19), vient une prophétie (2,25b.29-32) qui reprend et formule l'expérience de foi alors vécue.

29-32

Un prophète (2,25) proclamera que la mission du serviteur dont parlait Isaïe (40-55) sera accomplie par Jésus. - Cet enfant est le Messie du Seigneur (Lc 2,26), l'envoyé oint par le Seigneur pour accomplir le salut (2,30; Is 52,10). Ce n'est pas seulement tout le peuple d'Israël (2,10), mais celui des bien-aimés de Dieu (2,14) qui bénéficiera du salut. Ce nouveau peuple sera fait à même toutes les nations (Is 42,6; 49,6; Ac 15,14). La lumière apportée par Jésus leur découvrira le vrai Dieu à servir (1 Th 1,9), le vrai chemin vers la paix (Lc 1,79). Cette lumière viendra d'Israël: c'est pourquoi l'offre du salut faite à tous les hommes sera une gloire pour Israël.

34

Israël s'est divisé au sujet de la révélation du Christ: Jésus fut comme un glaive qui divisa le peuple (rapprocher le v. 35 et 12,51; voir He 4,12). Ce drame du premier siècle est celui de tous les siècles, car tous doivent prendre position par rapport à Jésus. La décision de chacun révèle le fond de son coeur et de termine le jugement qu'il subira. - Tout croyant qui a opté pour Jésus souffre du refus que d'autres hommes réservent à Jésus (Rm 9,2; 10, 1). Déjà Marie connut cette souffrance.

37

Anne, qui était prophétesse tout comme Siméon (2,36), apparaît comme une Juive idéale dont le Temple est la demeure préférée. Elle unissait étroitement jeûne et prière dans sa vie, comme le Nouveau Testament inviterait à le faire (Mt 6,5-8.16-18; Ac 13,3). - Luc ne rapporte pas les paroles par lesquelles Anne louait Dieu (Lc 2,38). Il lui suffit de rappeler que l'Esprit prophétique la conduisait à proclamer à tout venant que Jésus libérerait Jérusalem (2,38).

39

L'obéissance (la foi sera définie comme une obéissance, Rm 1,5; 16,26) caractérisait Joseph et Marie. La servante du Seigneur (Le 1,38.48) se soumettait aux volontés de Dieu (recensement: 2,4, nom de l'enfant: 2,21, présentation au Temple: 2,22). - Jésus allait vivre dans un bourg insignifiant d'une Galilée méprisée (Jn 1,46; 7,52). Jésus croîtra parmi les humbles (Lc 1,52).

40

C'était de la sagesse de Dieu, celle qui conçoit et réalise le plan de salut, que Jésus était rempli. -- La grâce de Dieu -- cet amour généreux d'où vient à l'homme tout bien -- expliquait la croissance de Jésus. -- La supériorité de Jésus sur Jean-Baptiste apparaît, si l'on compare Lc 1,80 et 2,40.

41-52

L'évangile ne rapporte que cet incident de la « vie cachée » de Jésus. Des écrits apocryphes ne manifesteront pas une pareille sobriété sur le sujet. - Il s'agit d'un épisode intermédiaire, dirait-on: le lecteur voit ce que Jésus était devenu, au terme de son enfance; de plus, il s'expliquera mieux la future carrière apostolique de cet enfant, étant donné ce que celui-ci était à l'âge de douze ans. -- Jésus était déjà sage, c'est-à-dire capable de comprendre et d'expliquer les voies de Dieu révélées dans les Écritures, comme les docteurs du Temple le constatèrent avec émerveillement (vv. 46-47). Si, un jour, Jésus enseigne « comme s'il avait autorité, et non comme les scribes » (Mc 1,22.27), si les foules « sont impressionnées par son enseignement » (Mt 22,33) et se demandent: « Qu'est-ce que cette sagesse qu'il a reçue? » (Mc 6,2), ce sera parce qu'il avait été rempli de sagesse dès son enfance (Lc 2,40), comme on avait pu le constater au Temple lorsqu'il n'avait que douze ans (2,47). -- Le même épisode de sa vie avait permis de découvrir les relations étonnantes, incompréhensibles pour ses parents (2,50), qu'il entretenait avec son Père céleste. À celui que Marie lui désignait comme étant son père, Joseph, Jésus opposait un autre Père chez qui il devait être, aux affaires duquel il devait se consacrer, même s'il fallait manquer aux « convenances » envers celui que son entourage désignait comme étant son père (2,48-49; 3,23). Déjà le lecteur de Lue soupçonne ce mystère intime de la vie de Jésus que l'évangile de Jean éclairera: « Je fais toujours ce qui plaît (à celui qui m'a envoyé)... J'agis conformément à ce que le Père m'a prescrit » Jn 8,29; 14,30).

49

En plusieurs passages de Luc, c'est au Temple que Jésus se tient, enseignant le peuple (19,45; 20, 1; 21,37; 22,53). On voit déjà apparaître le thème de l'obéissance de Jésus (« il faut »), qui commandera toutes les réactions de Jésus (13,33). Luc insistera encore sur la nécessité de préférer Dieu à sa parenté (« ton père et moi », v. 48; voir 14,26 note). Enfin, Luc laisse voir que Jésus est Fils de Dieu d'une façon tout à fait unique, en mettant sur ses lèvres les mots « mon Père », dans la première comme dans la dernière parole que Jésus prononce dans son évangile (2,49; 23,46).

50

C'est au lecteur que Luc adresse cette réflexion. Il l'invite à revenir sur ce qu'il vient de raconter, car on n'en découvre pas tout l'enseignement dès le premier regard.

51

La mention du séjour de Jésus à Nazareth rappelle sa véritable humanité, qui connaît une croissance semblable à celle de tout homme. Jésus devait, comme tout enfant, se soumettre à ses parents qui, eux, obéissaient à la Loi (2,39).