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1-13
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Ce récit de la tentation laisse voir un
Jésus qui ne s'autorise pas de son titre de
Fils de Dieu pour s'octroyer des
privilèges ou pour faire des coups
d'éclat. On y voit également un
Jésus qui refuse certaines conceptions
qu'Israël se faisait du Messie attendu. Luc
enrichit la tradition qu'il avait reçue: il
montre en Jésus un homme à la fois
tenté par le diable et constamment conduit
par l'Esprit. C'est la situation de tout
chrétien. D'ailleurs, chez Luc, le temps de
l'Église est souvent présenté
comme un temps de tentation (même si ces
tentations n'ont pas de commune mesure avec celles
du Christ).
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4
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Dt 8,3.
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5
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En un instant, c'est-à-dire
« d'un seul coup ». La
scène est toute proche de ce qu'on lit en Ap
13,1-8, où le diable donne son pouvoir
à ceux qui l'adorent. On pense aussi au
titre « Prince de ce monde »,
donné au diable dans l'évangile de
Jean (12,31; 14,30; 16,11). Comme Luc l'a
déjà annoncé (2,32), le salut
atteindra le monde entier, et Jésus sera
reconnu comme roi (19,12 note; 23,42); mais c'est
en suivant la voie de l'obéissance à
Dieu son Père qu'il atteindra ce but.
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6
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Luc est plus sensible que Matthieu (Mt 4,9)
à cette royauté universelle du
diable, « prince de ce monde »
(Jn 12,31; 14,30; 16,11; 1 Jn 5,19), dieu de ce
monde (1 Co 2,6; 2 Co 4,4). Un tel dualisme
cosmique était familier au judaïsme,
comme les écrits de Qumrân en
témoignent. - Cette royauté
universelle, Dieu l'offrait au Messie (Ps 2,8) et
au Fils de l'homme (Dn 7,14).
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7
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Si Jésus se prosternait devant le
diable, il montrerait qu'il n'est pas vraiment
fils de Dieu (Lc 4,3).
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8
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Jésus répond en citant Dt 6,13, un
extrait du Shema, prière que le Juif
récitait matin et soir (Dt 6,4-9; 11,13-21;
Nb 15,37-41).
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9
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Luc place en troisième lieu ce qui
constituait la deuxième tentation dans la
tradition, parce qu'il pourra faire plus facilement
le lien avec la Passion (v. 13). - Les tentations
culminent à Jérusalem, ville
des prophètes (13,34). Jésus s'y
dirigera (9,51; 13,22; 17,11; 18,31).
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10-11
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Le diable en appelle à son tour à
l'Ancien Testament (Ps 91, 11-12). Il invite
Jésus à faire confiance à son
Père.
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12
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Jésus cite Dt 6,16, qui renvoie à
l'épisode où Israël, manquant
d'eau, mit à l'épreuve son
Dieu (Ex 17,1-7; Nb 20,1-13):
« Yahvé est-il au milieu de nous,
ou non? » (Ex 17,7). C'était
manquer de confiance en Dieu et l'obliger à
intervenir. Or, l'homme ne peut attenter à
la souveraine liberté divine.
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13
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C'est comme si, pour Luc, le diable demeurait
à Jérusalem, où il attendra
Jésus pour l'assaut final (22,3.53). Pour
l'instant, Jésus connaît une
expérience qui est une lutte victorieuse;
par sa fidélité à la
volonté de Dieu, il inaugure le temps du
salut.
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14-15
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Ces deux versets servent de transition. On y
retrouve des thèmes qui
précèdent (l'Esprit, 3,22; 4,1) et
des thèmes qui suivent (prédication
dans les synagogues, 4,16.33.44). Jusqu'à
9,50, l'action se déroulera en
Galilée: ce sera le temps où
apparaîtront avec puissance le salut de Dieu
et sa victoire sur le mal. - Jésus suscitera
dans la foule étonnement et
admiration (4,22.36-37.42; 5,26; 7,16; 8,25;
9,43).
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16-30
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La synagogue, le sabbat et l'Écriture
sont des réalités juives. C'est dans
ce cadre que Lue fait commencer la mission de
Jésus, parce qu'elle lui apparaît
d'abord comme la réalisation des promesses
faites par Dieu au peuple juif (chap. 1 et 2). La
prophétie d'Isaïe (61,1-2) sert
à dire de quelle manière Jésus
réalisera les attentes messianiques. Elle
suggère aussi quelle signification il faudra
donner aux actions et aux enseignements que
rapportera la première partie de
l'évangile. En rédigeant cette
scène, Luc devait songer à
l'Église, dont les prédicateurs
avaient imité Jésus dans leur
présentation de l'Évangile aux Juifs,
et qui avaient été si souvent
rejetés par leurs auditeurs (voir Ac
13,14-51).
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18-20
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La citation d'Isaïe (61,1-2) était
probablement liée à la
consécration d'un prophète (1 R
19,16b). Elle reprend chez Luc l'onction de
l'Esprit que Jésus avait reçue lors
de son baptême (Lc 3,22; Ac 10,38). - Dieu
l'a envoyé comme prophète (Lc
4,43) pour qu'il annonce (et réalise,
à la différence des prophètes
de l'Ancien Testament) la bonne nouvelle du
salut, qui prendrait la forme des béatitudes
(6,20-21).
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21
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La bonne nouvelle est présente et
incarnée, dirions-nous, en Jésus qui
parle; l'annonce devient réalité;
l'Écriture devient évangile.
L'aujourd'hui dont parle Jésus est ce
moment où s'accomplit la promesse
messianique du salut (2,11; 23,43), dont la
guérison des maladies était le signe
ou le fruit sensible.
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22
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L'admiration peut conduire à la foi, mais
elle n'est pas la foi. En fait, les témoins
de la scène refusent ici d'en
reconnaître la signification profonde.
La réaction spontanée des
auditeurs fut l'admiration. Une seconde
réaction vint aussitôt:
l'étonnement. Non pas l'étonnement de
celui qui découvre et accueille avec
ravissement une sagesse supérieure (2,47);
mais l'étonnement de celui qui confronte
à ses connaissances acquises une
réalité nouvelle et qui dit: ce n'est
pas conforme à mes vues (Jn 7,15). Un tel
étonnement restreint l'accueil, conduit au
scepticisme, puis au rejet. C'est l'attitude de
celui qui sait (Mt 11,25-27; Jn 9,41). Le
Père lui cache la signification de la
révélation (Mt 11,25). - On
comprendra ainsi la réflexion des gens de
Nazareth, qui rejetteront Jésus:
« N'est-ce pas le fils de
Joseph? » (Lc 4,22).
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23
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Jésus sait ce qu'il y a dans
l'homme Jn 2,25). Sa réaction,
apparemment provocante, met à nu les
sentiments de ses compatriotes (Lc 2,35): ils
exigent que Jésus les fasse
bénéficier de ses miracles!
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24
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L'accueil dans la foi n'est pas plus
grand à Nazareth que dans les autres patries
de prophètes (Mc 6,6). Devant des
témoins qui refusent de croire, les miracles
seraient sans fruit.
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25-27
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Les épisodes de la vie d'Élie et
d'Élisée aussitôt
rapportés (1 R 17,7-16; 2 R 5,1-19)
signifieront que les bienfaits de Jésus - y
compris l'annonce du salut - iront aux païens,
parce que l'ensemble d'Israël les aura
refusés.
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28
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La toute première section de
l'évangile s'ouvre par un rejet de
Jésus. Il en sera de même pour les
deux autres sections (9,52-53; 22,1-6). Dès
le temps de Luc, les chrétiens avaient sans
doute expérimenté que la
prédication du Christ suscitait
l'opposition. Luc laisse entendre que,
mystérieusement, cela fait partie du dessein
de Dieu.
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29
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Déjà les vignerons homicides de la
parabole étaient à l'oeuvre pour
chasser Jésus hors de la vigne (Lc
20,15; He 13,11-13).
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30
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L'heure de Jésus n'était
pas venue (Jn 7,30). Il devait mourir à
Jérusalem, comme tous les prophètes
(Lc 13,33). - Ainsi se termine un épisode
où d'abord la bonne nouvelle (4,18)
est présentée, puis la
réaction d'Israël décrite d'une
façon typique.
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31-37
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Après ces longues scènes
d'introduction, Luc commence à
décrire les oeuvres de Jésus. Il
s'agira surtout d'actions puissantes, dont
l'accumulation veut montrer le salut de Dieu
à l'oeuvre. Il est significatif que la
première action de Jésus soit une
victoire sur un « démon
impur »: durant toute sa vie publique,
des tentations subies au désert
jusqu'à la Passion (22,3), Jésus
apparaît chez Luc comme assailli par le
démon, son adversaire.
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31
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La tâche première de Jésus
est toutefois la prédication (4,43; 5,3.17).
La guérison des malades - ou les exorcismes
- vient mettre en acte la parole
prêchée; elle fournit la garantie que
la parole de libération prononcée par
Jésus (1,68; 2,38) est puissante (4,36b)
comme toute parole de Dieu (Is 55,10-11; He
4,12).
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33
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Le nom de démon impur - ou
d'esprit impur (4,36) - était
donné aux esprits qui manifestaient leur
présence par la maladie et par l'emprise
qu'ils exerçaient sur un homme au point de
le « déposséder »
de lui-même. L'épithète
impur rattachait ces forces à la
sphère du mal, de la mort et de l'opposition
à Dieu.
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34
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De quoi te mêles-tu? Jésus
et le démon appartiennent à deux
mondes (deux royaumes) opposés (8,28). - Le
nous qu'emploie le démon (pour
nous perdre) révèle que les
puissances démoniaques ont dressé un
front contre Jésus. Elles sont solidaires
contre le plus fort qui vient vers elles
(3,16; 11,21-22). Elles sont démunies devant
lui et le supplient de se retirer (8,28).- Le
démon impur connaît de
Jésus son nom, sa provenance, son être
profond (Saint), sa mission. - Saint
du Dieu qui seul est saint (Os 11,9; Jn 17,11),
Jésus est situé à
l'opposé du démon impur. Ils
ne peuvent coexister.
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38-41
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Après la guérison d'un homme,
voici tout de suite celle d'une femme. Luc aime
beaucoup rapprocher des récits qui mettent
en scène des personnes des deux sexes
(4,25-27: veuve et Naaman). C'est l'évangile
de Luc qui fera le plus de place aux femmes
(7,36-50; 8,2-3.40-56; 10,38-42; 11,27;
13,10-17.21; 15,8 ... ).
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39
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Jésus menace la fièvre comme si
c'était une puissance démoniaque (vv.
35 et 41). Il en sera de même à propos
du vent et des vagues du lac (8,24). Jésus a
vraiment engagé déjà le grand
combat contre le mal qui emprisonne le monde
(4,6).
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40
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L'exorcisme et la guérison des vv. 31-39
ne sont que des exemples des victoires que
Jésus remporte sur le mal. Il vient perdre
Satan (Lc 4,34; Mc 1,24). - Le geste de poser
les mains n'a rien de magique; il traduit une
volonté de Jésus.
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41
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Dans ce sommaire (voir Mc 1,32 note), Luc
présente d'une façon globale l'action
de Jésus et rappelle les titres que la foi
chrétienne lui donnera (Fils de Dieu et
Messie). C'est dans l'attitude que Jésus
adoptera devant le mal que nous comprenons ce que
ces titres signifient pour nous.
Les démons découvraient dans la
lutte que Jésus menait contre eux qui il
était (4,34). - Ici, le titre Fils de
Dieu est mis en parallèle avec celui de
Messie (Ac 9,20.22). Le titre avait sans
doute le même sens dans l'épisode des
tentations au désert (Lc 4,3.9). Le Messie
devait être l'un de ces descendants de David
que Dieu appelait ses fils (2 S 7,14; Ps
2,7; 89,27). Jésus révélera
jusqu'où allait cette relation
mystérieuse qui l'unissait à son
Père (Mt 11,25-27; Jn 10,30-38).
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43
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J'ai été envoyé. Ce
passif est une manière juive de dire:
« Dieu m'a
envoyé. » Luc rappelle que
Jésus vient de Dieu (3,22), pour que
l'oeuvre de salut accomplie par le Christ soit
attribuée à Dieu.
Je dois. Jésus est soumis au plan
de Dieu, selon lequel il doit prêcher
d'abord (4,42-43). Le contenu de la bonne
nouvelle est indiqué: le Royaume de
Dieu est en train de s'établir (Is 61,1;
Lc 4,18).
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