|
1-11
|
Cet épisode laisse voir au début
de la « vie publique » de
Jésus sa volonté de s'adjoindre
aussitôt des disciples de choix qui le
suivront (5,11) et qui se consacreront à
l'apostolat (15,10). Ainsi, à
l'intérêt jusqu'ici christologique de
Luc s'en ajoute un autre, ecclésial. - De
plus, ce texte met Pierre en relief. Il
domine la scène des vv. 3-11. Les autres
personnages sont « ceux qui
étaient avec lui (Pierre) » ou
« des compagnons de Pierre »
(vv. 9-10).
|
|
1
|
L'Église continuera la
prédication de Jésus en
répandant la parole de Dieu ou du
Seigneur (Ac 6,2.7; 8,14; 1 Th 1,8; 2,13; 4,15;
etc.).
|
|
4
|
Dans la Bible, il arrive souvent que Dieu se
révèle d'abord dans une action
éclatante avant de confier une mission
à l'un de ses envoyés. Le miracle des
poissons viendra préparer la vocation de
disciples. Cet événement disposera
les disciples à suivre Jésus, en qui
la puissance divine vient de se manifester; avec
confiance, ils accepteront la tâche que
Jésus leur proposera. Ils s'en acquitteront
plus tard avec courage, assurés d'être
soutenus par la puissance divine qui s'est
révélée en Jésus (9, 1;
Ac 3,6.16).
|
|
6-7
|
Pierre obéit (5,5) d'autant plus
aisément qu'il connaît sans doute la
grande réputation que Jésus vient de
se gagner par son enseignement et ses miracles
(4,14-15,37), et qu'il a vu Jésus
guérir sa belle-mère (4,38-39). - Le
récit insiste sur la quantité des
poissons aussitôt pris dans les filets. Luc
le fait-il seulement pour mieux gagner la confiance
des lecteurs en la puissance de Jésus, ou
pour symboliser le succès que Pierre
remportera dans son apostolat (5,10)?
|
|
8
|
Une telle réaction se présente
spontanément dans la Bible quand on se sent
en présence du Dieu très saint.
Le texte révèle les dispositions
de Pierre: l'obéissance,
l'humilité, la crainte, la
générosité (vv. 5.8.9. 11). -
Luc portera un intérêt spécial
à Pierre (8,45; 12,41; 22,8.61). -
L'évangéliste selon lequel Dieu
élève les humbles (1,52)
signale que Jésus s'adjoint comme premier
apôtre un pécheur (5,8), qu'il
appellera bientôt un collecteur
d'impôts à le suivre (5,27) et
qu'il mangera avec les pécheurs
(5,30). Ainsi, Luc indiquait pour qui et pour
quelle tâche Jésus venait
(1,77; 3,3; 5,20-24; 7,47-49).
|
|
10
|
Même si le choix des Douze et les
précisions touchant leur mission doivent
venir plus tard (6,13-14; 9,1-6), Jésus
change dès aujourd'hui le
métier de Pierre. Le geste miraculeux et la
parole de Jésus ont un effet
immédiat.
|
|
11
|
Luc précise pour la première fois
qu'il faut tout laisser pour suivre le
Christ (voir v. 28). Il invitait ainsi à la
générosité les
chrétiens de sa communauté, qui
pouvaient trouver difficiles les exigences de
partage que le Christ les appelait à vivre.
Il n'y a pas de sécurité
matérielle pour le disciple du Christ (voir
9,58).
|
|
12
|
Cet épisode montre une victoire de
Jésus sur l'impureté par
excellence. La lèpre était une
affreuse punition divine (Nb 12,10-15; 2 R
5,19-27). Seule une intervention exceptionnelle de
Dieu pouvait la guérir (2 R 5,7). Si une
maladie était reliée au
péché, c'était bien
celle-là. - La foi du lépreux
était manifeste: il reconnaît à
Jésus le pouvoir de le guérir (Si
tu veux, tu peux): par son attitude (figure
contre terre), il reconnaît Jésus
comme son Seigneur. Cette foi (5,20;
7,9.50; 8,48; 17,19) lui valut le salut de la
purification de sa lèpre (4,27;
5,12.13; 7,22).- Jésus montrait, en
opérant une telle guérison, que les
temps messianiques étaient vraiment
arrivés (7,22).
|
|
14
|
Il aurait été imprudent de faire
connaître la guérison avant qu'elle
n'ait été constatée
officiellement par le prêtre de service et
que l'offrande exigée par la Loi n'ait
été offerte (Lv 14,1-32). De plus,
Jésus pouvait prévoir que la
divulgation d'un tel événement ne lui
permettrait pas aisément de quitter les
lieux (4,42) pour continuer sa prédication
itinérante (4,33; 13,33). - La
guérison une fois attestée
officiellement et rendue publique serait un
témoignage en faveur de
Jésus.
|
|
15-16
|
Deux aspects de la vie de Jésus: d'une
part, les foules l'entouraient; d'autre
part, il aimait se retirer pour retrouver, dans la
prière, la source de son
enseignement et des guérisons
qu'il opérait (5,16; 6,12; 9,18.28-29; 11,
1). Jésus ne se laissait pas happer par les
foules; il gardait assez de liberté
intérieure pour se recueillir dans la
prière.
|
|
17-26
|
L'aujourd'hui où se réalise
le salut messianique (Is 61,1) est arrivé en
Jésus (Lc 4,21; 5,26). - Il est le Fils
de l'homme daniélique (Dn 7,14) qui,
fort de la puissance du Seigneur (Lc 5,17),
opère des guérisons et remet sur
terre les péchés (5,24).
« Le salut qui apporte la
rémission des
péchés » est venu par
Jésus (1,77).
|
|
17
|
Les personnages sont présentés.
D'une part, Jésus s'adonne à ses
activités coutumières: la
prédication et la guérison des
malades. D'autre part, des pharisiens et des
docteurs de la Loi occupent l'intérieur
de la maison où se trouve Jésus,
alors qu'à l'extérieur la foule
bloque les abords (5,19a). - Il n'est pas sans
importance que Luc insiste sur le grand nombre des
pharisiens et docteurs de la Loi, et qu'il en fasse
venir de Jérusalem. L'affrontement qui suit
apparaîtra comme l'amorce de cette
contestation incessante au terme de laquelle les
mêmes chefs religieux se réuniront
pour condamner à mort Jésus (19,47;
20,19; 22,2.66; 23, 10). - Luc fournit
aussitôt l'explication des gestes que
Jésus posera: la puissance du
Seigneur lui permet d'opérer des
guérisons. On ne devrait pas
s'étonner qu'un tel homme, ainsi
accrédité par Dieu, ait
également reçu le pouvoir de
pardonner les péchés, s'il
prétend pouvoir l'exercer (5,20).
|
|
20
|
Voyant la foi des porteurs et, sans
doute, du malade également, Jésus
remet à celui-ci ses
péchés, source de la maladie,
croyait-on (Jn 5,14; 9,2).
|
|
21
|
Le sens du geste de Jésus
n'échappe pas aux chefs religieux qui
observent: Jésus n'a pas simplement transmis
un pardon venant de Dieu; il prétend
accorder lui-même le pardon des
péchés. À la lumière de
leurs connaissances théologiques (Ex 34,6-7;
Is 43,25-26; 44,22), ces maîtres en
Israël jugent que cet homme s'octroie une
prérogative divine.
|
|
22-23
|
Celui qui connaît les
pensées de l'homme (4,23; 6,8; 9,47; 11,
17) ne tarde pas à réagir aux
pensées des chefs religieux (5,21a).
Le raisonnement qu'il leur présente est
simple: celui qui peut guérir un
paralysé peut aussi lui pardonner ses
péchés, vu qu'il s'agit de deux
actions propres à Dieu. Ou encore:
« Celui qui peut opérer le plus
difficile (apparemment, la guérison, qui
est visible et contrôlable) peut
sûrement opérer le plus facile
(apparemment le pardon des péchés,
qui est invisible et
incontrôlable) » (H.
Schürmann). - Si les chefs religieux avaient
déjà compris que « la
puissance du Seigneur permettait à
Jésus d'opérer des
guérisons » (5,17), de tels
raisonnements n'auraient pas été
nécessaires. Ces gens auraient saisi le sens
des faits.
|
|
24
|
Jésus confond alors ses opposants. Il
s'identifie comme le Fils de l'homme de la
tradition daniélique, qui, venant de Dieu, a
reçu de lui toute puissance, celle de
pardonner les péchés comme celle de
guérir un paralysé. La
guérison qu'opère sa parole puissante
(4,33-36) confirme que Dieu appuie ses
prétentions.
|
|
25-26
|
La foule et le miraculé glorifient Dieu,
parce qu'aujourd'hui (4,21) est venu le
sauveur (2,11) qui remet les
péchés (1,77; 3,3). - Le
baptême permettra à tout
chrétien de bénéficier d'un
tel pardon (Ac 2,38; Rm 6,6-7.11-14).
|
|
27-32
|
Jésus se choisit des disciples même
parmi ces pécheurs qu'étaient
les collecteurs d'impôts (5, 30b).
Leur profession les mettait en contact
régulier avec les païens de Rome
(contact interdit par la Loi, Dt 7,1-8), et ils
avaient une réputation de voleurs (Lc 3,13;
19,8). - L'appel de Lévi fournit à
Jésus l'occasion de définir sa
mission (5,31-32),
|
|
28-29
|
La réponse de Lévi est
généreuse: aussitôt il
laisse tout (14,26; 18,29). Luc insiste sur
l'abandon total des biens (5,11.28; 11,41;
12,33; 14,33; 18,22). Il parle de
pauvreté tout court, où
Matthieu parle de pauvreté en esprit
(6,20; Mt 5,3). - Lévi illustre ces
conversions dont Jésus parlera
bientôt (Lc 5,32).
|
|
29
|
Lévi célèbre par un banquet
(15,22-23.32) sa grande joie: il glorifie
Dieu à sa façon (5,25; 17,15-18)
pour le salut obtenu. Ce sera également un
repas d'adieu à ses compagnons d'hier. - Les
repas sont nombreux dans l'évangile
de Luc. Jésus mange soit avec des disciples
(Marthe et Marie, 10,38-42; les disciples
d'Emmaüs, 24,30; Zachée converti,
19,2-10), soit avec des adversaires tels que les
pharisiens (7,36-50; 14,1.7-11; 15,1-2). Ces
derniers repas sont un lieu de confrontation
où Jésus tente d'éclairer ou
de confondre les pharisiens.
|
|
30
|
L'attitude d'un Jésus qui
« accueille des pécheurs et mange
avec eux » (15,2) avait de quoi
scandaliser (7,23) ces purs qui
méprisaient les pécheurs, les
impurs (Lv 10,10). - Les pharisiens font
part de leur scandale aux disciples; mais ils
visent surtout Jésus qui, d'ailleurs, se
chargera de leur répondre.
|
|
31
|
Une comparaison empruntée au monde
médical introduira à la pensée
profonde de Jésus (conversion des
pécheurs, 5,32).
|
|
32
|
L'expression « Je suis
venu » engage toute la vie terrestre de
Jésus. Elle implique la préexistence
de Jésus et, chez le croyant, la foi en
l'incarnation (4,43; Mc 1,38). - Luc insistera sur
le fait que Jésus était envoyé
vers les pécheurs (15,1-2; voir
7,36-50; 15,11-32; 18,10-14; 19,8-10).
L'Église sera constituée de gens
purifiés (5,12-16) ou absous
de leurs péchés (5,17-26).
|
|
33-39
|
À partir d'un cas précis (les
disciples de Jésus mangent et
boivent, au lieu de jeûner: 5,30.33b; 7,
34), la discussion touchera les rapports
généraux entre ancienne et nouvelle
Alliance. Jésus introduit une nouvelle
façon de vivre; l'ancien comportement ne
doit pas subsister comme tel. Le vin nouveau dans
les vieilles outres devient une perte totale.
|
|
34-35
|
Des liens d'amour généreux
unissent Jésus à l'Église, son
épouse (2 Co 11,2; Ep 5,23-27). -
Après la mort de Jésus,
l'épouse ne sera plus dans la joie (Jn
3,29); elle aura ses raisons pour jeûner.
|
|
36
|
Les disciples de Jésus doivent-ils
conserver les observances juives, tel le
jeûne? Jésus répond: ce serait
aussi peu justifiable que de tailler une
pièce à même un vêtement
neuf pour en rapiécer un vieux. Car ce
serait détruire le vêtement neuf sans
pour autant sauver le vieux.
|
|
37
|
De même, aucun vigneron ne risquerait de
tout perdre- outres et vin - en mettant du vin
nouveau dans de vieilles outres.
|
|
38-39
|
L'Alliance nouvelle « rend
ancienne la première (Alliance); or ce qui
devient ancien et qui vieillit est près de
disparaître » (He 8,13; Jr
31,31-33). - Telle une force d'inertie, la tendance
à en rester à son bon vieux vin est
forte chez les pharisiens.
|
|
39
|
Par ce proverbe difficile à comprendre,
il semble que Luc ait voulu expliquer que des
Juifs, ou des Juifs devenus chrétiens,
n'aient pas été capables de se
libérer de certains éléments
du cadre légal juif pour accéder
à la liberté nouvelle apportée
par le Christ.
|
|