|
1-3
|
Le fait que Jésus ait été
accompagné d'un groupe de femmes constituait
quelque chose d'inconvenant (Jn 4,27). Luc, par
l'importance qu'il accorde aux femmes (4,38 note),
montre que la femme n'occupe pas dans
l'Église une place de second rang. Il
partage la conviction de Paul selon qui, dans le
Christ, « il n'y a plus l'homme et la
femme; car tous, vous n'êtes qu'un en
Jésus Christ » (Ga 3,28).
Ces femmes servaient Jésus et les Douze
durant la prédication itinérante
(8,3b); elles seront les témoins
privilégiés de la crucifixion de
Jésus (Mc 15,40), de sa mort (Lc 23,49) et
de sa mise au tombeau (23,55-56); elles seront les
premières à annoncer la
résurrection de Jésus (24,6-10).
|
|
4-8
|
Cette parabole décrit le sort que
peut connaître la parole de Dieu (v.
11), c'est-à-dire la parole que Jésus
répand d'une ville à l'autre, d'un
village à l'autre, par toute la
Palestine (v. 1). L'intention de Luc est d'opposer
aux échecs actuels de la Parole le grand
succès qu'elle connaîtra: elle
produira du fruit au centuple (v. 8).- Le
texte comporte d'abord une leçon
d'optimisme missionnaire. Que les
serviteurs de la Parole (1,2) ne se laissent
pas décourager: leur parole portera fruit,
aussi abondamment que Dieu le voudra (Gn 26,12). Ma
parole, dit Dieu, « ne retourne pas vers
moi sans résultat, sans avoir
exécuté ce qui me
plaît » (Is 55, 11). Il y aura une
diffusion universelle de la Parole (8,17); le
nombre des croyants croîtra (Ac 6,7; 12,24;
19,20); la Parole portera des fruits
spirituels chez les coeurs nobles, à
force, de persévérance (8,15).
Paul verra une telle croissance de la Parole:
« L'Évangile... porte du fruit et
s'accroît dans le monde entier »
(Col 1,6). Jésus veut susciter une foi
pleine d'espérance en la
fécondité de la Parole
prêchée (Lc 8,4-8). - La même
parabole, orientée cette fois vers la
grande foule des auditeurs (8,4)
plutôt que vers les disciples de
Jésus (v. 9) qui prêcheront la
Parole (8,9), est une invitation à faire
fructifier au centuple en soi-même la
Parole reçue. Jésus invite la foule
à se convertir, à devenir la bonne
terre (8,8) où la Parole porte fruit au
centuple (8,15). Les étapes de la
fructification sont les suivantes, selon le
contexte: écouter la Parole (8,12.21), la
comprendre (8, 10), tenir ferme en elle (8,13), la
faire passer dans la pratique (8,14.21).
|
|
9-10
|
Les disciples bénéficient d'une
grâce de Dieu pour comprendre, à
travers les paraboles, la révélation
de son dessein (« mystères du
Royaume de Dieu »). Mais ils ne seront
pleinement des disciples que s'ils acceptent
de laisser transformer leur vie par cette
révélation (v. 21).
Aux disciples est donnée une connaissance
que Dieu seul peut transmettre par le Fils (10,22;
Mt 16,17). Cette connaissance est refusée
aux autres tant qu'ils n'ont pas
accepté d'entrer dans le groupe des
disciples et d'entendre la Parole pour la
mettre en pratique (Lc 8,8.16.21). Elle
permet de discerner la venue de Dieu en
Jésus, porteur de salut (2,30; 19,42-44) et
Fils révélateur du Père
(10,22). Une telle connaissance permet de voir
approcher la libération (21,28-33).
|
|
11-15
|
Jésus a entrepris une tournée de
prédication qui le conduit d'une ville
à l'autre, d'un village à l'autre
(8,1). Il décrit dans ces vv. 11-15 les
conditions dans lesquelles la Parole de Dieu sera
appelée à croître. Même
si elle possède son propre dynamisme (Is
55,10-11; He 4,12-13), la croissance de cette
Parole dans le coeur de l'homme dépend des
dispositions de l'auditeur. Dieu a pour unique
dessein de sauver tout homme; mais
l'accomplissement de son désir est
conditionné par l'attitude librement choisie
par chacun (Jn 3,16-21; Lc 2,30-32.34).
|
|
13-15
|
Dans ces versets, l'homme « n'est pas
la terre, le sol, mais la plante elle même,
cette pousse qui vit à la fois de la terre
et de la semence » (A. Stöger). - La
plante peut être déracinée par
le diable, qui « cherche à
détourner de la foi » les hommes
(Ac 13,8). Mais l'Évangile possède
« surabondamment de puissance, par
l'action de l'Esprit Saint » (1 Th 1,5),
pour permettre au croyant de vaincre le diable. -
Quant à ceux qui ont accueilli la
parole, c'est-à-dire qui sont devenus
disciples de Jésus (Ac 8,14; 11, 1; 17, 11),
ils sont mis à l'épreuve au long de
la vie. S'ils n'ont pas laissé la Parole,
qui est à l'oeuvre en eux, les
transformer dans leur être profond (Rm
12,2; 2 Co 3,18), ils ne tiendront pas le coup.
|
|
14
|
Ce qui empêche le croyant de venir
à maturité, ce ne sont pas
nécessairement des choses mauvaises en soi.
Les soucis de choses bonnes, voire
nécessaires à la vie, peuvent
tellement préoccuper le croyant qu'il n'a
pas le temps de réfléchir sur ses
options de foi (Lc 12,22.31). Ou encore, le riche
ne sent pas le besoin de Dieu; il possède
tout (12,19). Il se désintéresse de
sa foi, qui vient fatalement à
s'étioler.
|
|
15
|
Un coeur noble et bon sait
méditer les choses de Dieu - ou les,
retenir - comme faisait Marie (2,19.51). En
dépit de l'épreuve, il
persévère dans la foi et mène
une vie morale de qualité.
|
|
16
|
Le groupe des disciples n'a rien d'une secte
refermée sur elle-même; il proclame
publiquement ce qu'il croit. Jamais la grâce
ou le salut ne devraient être dans
l'Église le privilège d'une caste
d'initiés.
|
|
17
|
Ce verset laisse voir que, dans l'esprit de
Jésus, l'enseignement parabolique,
qui révèle en voilant (8,10), est
temporaire. Jésus désire que la
connaissance des mystères du Royaume
soit accordée à tous les
autres (8, 10). Elle le sera le jour où
ceux-là accepteront d'entrer dans la
communauté des disciples (8,16b). Ceux-ci,
de leur côté, ont le devoir de faire
connaître leur foi (Mt 28,19; 1 Co 9,16).
|
|
18
|
Les disciples qui ont reçu la
connaissance des mystères du Royaume (v. 10)
croîtront dans cette connaissance, alors que
ceux qui ont voulu s'en tenir à leurs
propres idées se retrouveront
démunis: ils ne comprendront rien.
« Dieu a rendu folle la sagesse du
monde » (l Co 1,20). Ceux qui croient
posséder, tels les pharisiens,
deviendront inintelligents (Jn 9,30-31). Celui
qui ne possède pas la connaissance des
mystères du Royaume et qui s'appuie
obstinément sur ses propres vues devient un
guide aveugle (6,39); il a une poutre dans l'oeil
(6,41-42). - Jésus invitait fortement les
disciples à veiller soigneusement sur
leur connaissance reçue de Dieu (v.
10).
|
|
21
|
Ce que la tradition appelait « faire
la volonté de Dieu » (Mc 3,35),
Luc le désigne par l'expression:
« écouter la parole de Dieu et la
mettre en pratique » (6,46-49; Jn 15,14).
Les hommes seront jugés sur leurs actions
(Mt 25,31-46).
|
|
22-56
|
Luc présente une série d'actes
de puissance posés par Jésus, qui
exerce son autorité sur le vent et les eaux
(vv. 22-25), les démons (vv. 26-39), la
maladie et la mort (vv. 40-56). Pour
découvrir toutes les dimensions que Luc
reconnaissait à ces gestes là, il
faut les voir avec les yeux des croyants
d'après Pâques: il ne s'agit pas
seulement de récits qui rapportent un fait
passé (1,1), mais de « signes
prophétiques » (Il.
Schürmann) où s'exerce
déjà la puissance du
Ressuscité, où le Seigneur se
révèle déjà comme
sauveur capable de vaincre tout danger, tout
démon, la maladie et la mort. Il suffira de
l'invoquer (Ac 2,21). C'est un appel à la
confiance et à la foi en Jésus que
ces récits adressent à tout
homme.
|
|
22-25
|
Cet événement manifeste la
puissance divine de Jésus. En
effet, c'est le propre de Dieu que de dominer le
fracas des eaux (Ps 29,3; 65,8). Les nombreuses
allusions que le récit fait aux psaumes
rapprochent également de la puissance divine
celle qu'exerce Jésus (Ps 18,16; 104,7;
106,9; 107,23-32).
|
|
24-25
|
Le disciple est d'abord un homme qui croit
en Jésus (Lc 8,10.15.21). C'est par la
foi, Jésus le redira sans cesse, que
l'on est sauvé de toutes ses misères:
paralysie (5,24), lèpre (17,19),
cécité (18,42), maladies diverses
(8,48), mort (8,50), péché (7,50).
Les apôtres de la primitive Église
diffuseront le même message (Ac 3,16).
|
|
25
|
Qui est-il? C'est autant une confession
de foi embryonnaire, préparant celle de Luc
9,20, qu'une vraie question. Les disciples prennent
conscience qu'une puissance divine vient de
se manifester et que Jésus leur demande de
s'abandonner à lui comme à leur
sauveur.
|
|
26-39
|
Pour ce récit, voir Mc 5,1 note; 5,13
note. Chez Luc, c'est la seule fois que
Jésus se trouve en territoire païen.
Cette visite annonce la future mission de
l'Église chez les non-Juifs. Pour l'instant,
l'heure de cette mission n'est pas arrivée
(vv. 38-39).
Le présent épisode décrit
une rencontre de Jésus avec le monde
démoniaque, sur lequel il affirme son
pouvoir. - Le texte souligne que les démons
étaient nombreux à dominer un pauvre
homme de la ville (v. 27). Le nom du
démon qui le hante est Légion
(v. 30); le pluriel est plusieurs fois
employé à propos des démons
(vv. 27.35.38).- La puissance de Jésus est
libératrice: le démoniaque
était un esclave
dépossédé de lui-même
(v. 29); il était un être malheureux,
retranché de toute vie sociale. Il sera
sauvé par Jésus.
|
|
28
|
La confession du démoniaque est
éclairante. La science du démon
paraît plus poussée que celle des
Juifs du temps, du moins en ce qui touche
l'identité de Jésus (4,3.9.34.41;
8,28; Ac 19,15). Le démon reconnaît
qu'il appartient lui même à un autre
monde que celui de Jésus, qui n'a donc pas
à se mêler des affaires du monde impur
(celui des tombeaux, Mt 23,27-28; Lc 11,44)
où habitent les démons. Le
démon identifie Jésus comme le
fils du Dieu Très Haut (ou le
saint de Dieu, 4,34). Surtout, le
démon se regarde comme déjà
vaincu par la seule approche de Jésus. Il
supplie Jésus de ne pas le
tourmenter.
|
|
31
|
Dans les mythologies anciennes,
l'abîme est le lieu naturel des forces
mauvaises; on le situait sous la terre. Les
premiers chrétiens partageaient ces
conceptions. Jésus accorde aux démons
de ne pas être précipités dans
leur prison. Luc le constatera en voyant combien la
communauté chrétienne continue
d'être soumise à la tentation (8,13).
Dans sa prédication chez les païens, il
aura conscience également de faire face aux
forces du mal.
|
|
32
|
Les porcs sont pour les Juifs des animaux
impurs, c'est-à-dire qu'on ne peut les
toucher ni en manger sans se rendre inapte à
prendre part au culte. Ce vieil interdit, sans
doute d'origine hygiénique, fait de cet
animal un objet de mépris, qui convient bien
aux démons comme lieu de séjour. Voir
Lv 11,7; Dt 14,8.
Il le leur permit. L'attitude soumise des
démons témoigne de la victoire que
Jésus remporte sur eux et dont ils sont bien
conscients. Les démons supplient
Jésus de ne pas les perdre (4,34)
dans l'abîme où sont
enchaînés certains des leurs (Ap
9,1-2; 20,1-3). Voilà qu'ils lui demandent
la permission d'entrer dans les pores: les
démons exécuteront ce que
Jésus leur permettra de faire! Au cours de
la conversation paisible que Jésus
entretient avec eux (conversation unique dans le
Nouveau Testament), les démons n'opposent
aucune résistance.
|
|
35
|
La crainte des gens n'est pas de la
même nature que celle des disciples qui,
émerveillés par des gestes de
puissance de Jésus, sont conscients de voir
une force divine s'exercer et qui s'acheminent vers
la foi (8,25; 9,20). La crainte des
Géraséniens naît de la perte du
grand troupeau de porcs (v. 32) et des
perspectives plus pénibles que leur
imagination leur ouvre probablement. Leur crainte
leur suggérera de demander à
l'unanimité que Jésus quitte le pays
(v. 37).
|
|
36
|
Le salut du démoniaque est
réel et complet. Non seulement il est
libéré des puissances qui le
tourmentaient (v. 29), mais il croit en
Jésus: il demandera de le suivre comme les
autres disciples (v. 38); ne pouvant accompagner
Jésus, il lui obéira en
proclamant comme un véritable
apôtre les hauts faits que Dieu accomplissait
en Jésus. Une semblable activité
était celle du Baptiste et de Jésus
(3,16-18; 4,43-44); elle sera celle des
apôtres de la primitive Église, de
Paul en particulier (Ac 9,20; 28,31).
|
|
39
|
Une telle victoire remportée par
Jésus sur les puissances diaboliques faisait
naître dans l'Église primitive cette
conviction ci: les apôtres triompheront des
démons qui, Luc l'avait prédit (8,12;
22,31-32), ne cesseront de les harceler (Ac
13,6-11; 16,16-18).
|
|
40-56
|
Avec les deux guérisons qui seront ici
racontées, nous atteignons un sommet dans la
manifestation de la puissance de Dieu qui s'exerce
par Jésus: elle libère non seulement
de maints dangers (vv. 22-25) ou des démons
(vv. 26-39), mais encore de la maladie et de la
mort.
|
|
42
|
Luc avait précisé que le centurion
de Capharnaüm aimait beaucoup son
esclave malade (7,2; Mt 8,5). Il donne encore ici
un détail très humain: il s'agit
d'une fille unique d'environ douze ans.
|
|
43-44
|
Jésus opère une guérison
non pas à son insu, nous le verrons - sans
qu'il ait eu à prononcer une parole. - C'est
à l'instant même, par un seul
toucher du vêtement de Jésus,
que la femme est guérie d'une maladie que
personne n'était parvenu à
guérir. Tous ces détails mettent
en valeur la puissance de Jésus.
|
|
45-48
|
Serait-ce par pure magie que la femme fut
guérie? Jésus se charge de
répondre à la question, tout en
rendant publique la guérison. - Quelle est
cette force qui agit en Jésus (5,17;
6,19) et dont il eut conscience qu'elle sortait de
lui (v. 46)? C'était la puissance de
Dieu (4,14; 5,17), la puissance de
l'Esprit dont il avait été oint
(Ac 10,38) et qui serait accordée aux
apôtres, ses successeurs (Lc 24,49; Ac 1,8).
Chez la malade, cette puissance avait
rencontré l'attitude qui lui permettait
d'agir avec fruit, celle de la foi (v. 48).
Des rapports personnels intimes entre Dieu et cette
femme expliquaient la guérison.
|
|
47
|
La femme est tremblante parce que,
légalement, sa maladie la rendait impure et
que son contact rendait les autres également
impurs. Or le texte insiste sur le fait que la
femme a touché Jésus (quatre fois en
quatre versets). Il faut rapprocher ce texte de
6,19.
|
|
48
|
Le salut de l'hémorroïsse ne
doit pas s'entendre de la seule guérison
physique. Tantôt, lorsque les témoins
de la guérison du démoniaque la
racontaient aux gens (8,36), ils ne songeaient
probablement qu'au salut de cet homme
maintenant vêtu qui avait
retrouvé son bon sens (vv. 35-36). Mais
il avait reçu de fait un salut bien plus
profond (vv. 38-39). Ainsi, sans doute, de
l'hémorroïsse. - En conséquence,
la paix que Jésus souhaite à
la femme ne doit pas être celle de la
salutation profane (Ac 16,36; Je 2,16), mais celle
qui, jointe au don de l'Esprit, apporte le vrai
bonheur (Jn 14,27; 16,33; 20,19 23; Ga 5,22).
|
|
49-56
|
Le récit veut montrer que Jésus
domine la mort. Aussi Luc établit il
nettement que la jeune fille était vraiment
morte: on vient en assurer son père (v. 49);
la description des gens en deuil atteste
également que la malade est morte (v. 52);
enfin, les gens se moquent de Jésus
quand il parle de sommeil plutôt que
de mort (v. 53). - Il suffit à Jésus
de prononcer un mot pour ressusciter l'enfant (v.
54), qui se lève à l'instant
même et se met à manger (v.
55).
|
|
49
|
Le chef de famille, tout comme les gens de sa
maison, croyait fermement que Jésus pouvait
guérir sa fille, même
mourante (v. 42). Mais c'est autre chose de
lui rendre maintenant la vie!
|
|
50
|
Ce n'est pas sans raison que Jésus invite
à croire qu'il peut même
ressusciter l'enfant. Comme celle ci est
morte, c'est sur la seule foi de son père
que repose maintenant la possibilité que
s'exerce en Jésus le pouvoir divin. Une
solidarité spirituelle est établie
entre l'enfant et son père.
|
|
54
|
Jésus donne la main à
l'enfant pour l'aider à se lever (Ac 9,41),
non pour faire jouer ainsi quelque puissance
mystérieuse.
|
|
55
|
Le fait de manger attestera que l'enfant n'est
pas un « esprit »; elle a
retrouvé sa vie normale d'il y a un instant
(voir 24,39-43).
|
|
56
|
Les Juifs croyaient que Dieu ramenait
à la vie; c'est lui, le Vivant (Jos 3, 10;
Ps 42,3) source de vie (Jr 2,13; 17,13; Ps 36, 10).
On comprend qu'ils aient été
stupéfaits devant le geste de
Jésus; beaucoup l'auraient été
(8,25.35.37).
|
|