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1-12
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La marche apostolique vers Jérusalem
(9,51) est assimilée à une
conquête de l'univers qui avait
été distribué, au lendemain du
déluge, entre soixante-dix (selon le texte
hébreu) ou soixante-douze peuples (Gn
10,32). Jésus était venu pour
être le « sauveur du
monde » (Jn 4,42), de toutes les
nations (Lc 2,30-32; 3,6). - Comme un roi, le
Seigneur envoie ses messagers
préparer sa venue. Ils iront deux par deux,
pour que leur témoignage ait une valeur
juridique (Dt 17,6; 19,15).
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2
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Jésus moissonnera,
c'est-à-dire présidera au jugement
dernier (Mt 3,12; 13,24-30.36-43). De fait, la
venue de Jésus constituait
déjà un jugement; sa parole amenait
les hommes à prendre position pour ou contre
lui (Lc 2,34-35; Jn 3,16-21).
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4
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Il ne s'agit pas d'être impoli ou distant.
Cette consigne s'éclaire par le texte de
l'Ancien Testament où Élisée
envoie son serviteur en mission et lui dit:
« Si tu rencontres quelqu'un, tu ne le
salueras pas; et si quelqu'un te salue, tu ne lui
répondras pas » (2 R 4,29). Dans
une civilisation où les salutations sont
importantes et durent parfois longtemps, la
consigne met en relief l'urgence de la mission.
Rien ne doit détourner un chrétien de
sa mission essentielle; il doit se garder libre de
tout ce qui l'en écarterait (9,57).
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7
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On entend peut-être ici un écho des
scrupules que se faisaient certains
chrétiens d'origine juive qui
hésitaient à manger des mets
interdits par la Loi ou apprêtés
autrement qu'à la manière juive (voir
1 Co 10,27). - L'envoyé qui travaille a le
droit d'être nourri. En Israël, on ne
devait pas museler le boeuf pendant qu'il foulait
le grain; il pouvait ainsi se nourrir (Dt 25,4).
Paul reconnaissait à l'apôtre le droit
à être nourri par ceux qu'il
évangélisait; mais il ne voulut pas
s'en prévaloir, par crainte de nuire
à l'Évangile dans certains milieux (1
Tm 5,18; 1 Co 9,12).
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9
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Les guérisons attestaient
déjà que Dieu l'emportait sur les
forces du mal. De fait, le Royaume de Dieu
venait en la personne de Jésus. En lui, Dieu
établissait sa seigneurie.
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10-12
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Les disciples rejetés accomplissaient un
geste prophétique qui symbolisait la rupture
totale. Mais l'annonce de la venue prochaine du
Royaume n'en constituait pas moins un appel
à la conversion (vv. 13-15).
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12
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L'échec de la prédication (9,53)
sera fréquent. il y aura toujours ceux qui
« écoutent » et ceux qui
« repoussent » (v. 16).
Là tâche de l'apôtre n'est pas
de juger, mais de continuer courageusement sa
mission.
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13
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Jésus compare des villes juives à
deux villes typiques du monde païen,
Tyr et Sidon (Mt 15,21-22; Mc
7,24-26). Le sort des villes est lié
à leur attitude de foi ou de rejet
devant la prédication de Jésus (Jn
3,16-21). On se rappellera qu'il ne suffit pas,
pour un individu, d'être du sang d'Abraham
pour hériter de lui (Rm 4,16). - En
Israël, les pénitents jeûnaient,
se revêtaient d'un sac, s'asseyaient sur la
cendre ou s'en répandaient sur la tête
(Is 58,5; 61,3; Jr 6,26). Comme les cadavres sont
réduits en cendre, celle-ci symbolisait bien
l'état dans lequel le péché
met l'homme.
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15
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S'il est une ville qui, selon les
Évangiles, fut témoin des
miracles de Jésus, c'est bien
Capharnaüm (Mt 8,5-13; Mc 2,1-12; Le 4,31-38;
Jn 4,46-54). Elle faisait l'envie des gens de
Nazareth (Lc 4,23). - Les miracles (v. 13)
que Jésus accomplissait étaient
autant de signes qui attestaient que le
Royaume de Dieu s'établissait à la
place de celui des mauvais esprits, sources de
maladie et de mort. - Capharnaüm était
devenue très tôt (Mt 4,13) une ville
où Jésus aimait séjourner (Mc
2,1). Pierre et André y demeuraient
probablement (Mt 8,14; Lc 4,38). En dépit de
ces liens avec la prédication du Royaume,
Capharnaüm avait rejeté la Parole de
Dieu prêchée par Jésus. Dieu se
tournera contre cette ville, alors si
prospère. Sa chute ressemblera à
celle du roi de Babylone contre lequel se
déchaîna la colère divine (Is
14,12-15).
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16
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Selon la pensée juive, celui qui envoie
un messager demeure comme présent en lui. Si
bien que le refus du messager signifie qu'on
rejette celui qui l'a envoyé.
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18
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Jésus explique le sens des exorcismes
dont se réjouissent les disciples. Satan est
tombé du ciel! Cet ange de la cour
céleste y remplissait la fonction
d'accusateur publie, dirions-nous, chargé
d'accuser ceux qui avaient violé les droits
de Dieu. Satan était devenu un ennemi de
l'homme (Jb 1,6-12; 2,1-7; Ap 12,9-10; Za 3,1-5).
En détruisant l'empire de la mort, en sa
personne et en celle des disciples, Jésus
vaincrait Satan (Jn 13,2.27; 14,30).
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17
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Le Christ a donné à ses
envoyés un « pouvoir sur toute
puissance de l'ennemi », si bien
qu'à cause de son nom « les
démons leur sont soumis » en
permanence. C'est dans la certitude joyeuse de la
victoire du Christ que l'apôtre
chrétien remplit sa mission.
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19
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Les disciples peuvent avoir confiance. Satan,
l'ennemi, a perdu son pouvoir céleste. - Le
serpent (Gn 3,1; Sg 2,24) et le
scorpion (Dt 8,15; Ez 2,6) étaient
des animaux terribles qui abondaient dans le
désert. On savait que le scorpion avait la
queue venimeuse.
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20
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Ce qui est plus précieux que de dominer
les démons (v. 17), c'est d'être
inscrit dans le livre de vie où sont
les noms de tous ceux qui entreront dans
l'intimité de Dieu (Is 4,3; Ex 32,32-33; Ps
69,29; Dn 12, 1).
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21-24
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La mission ne rencontre pas toujours
l'échec. Luc a pris soin de faire ressortir
l'accueil réservé à
Jésus par les gens simples, les petits et
les pécheurs, en le mettant en contraste
avec le refus des chefs du peuple (7,29-30).
Le succès de la prédication est
d'abord l'oeuvre de Dieu qui, dans sa
bienveillance (vv. 21b.22b), « ouvre le
coeur » de l'auditeur (Ac 16,14). - Cette
oeuvre du Père n'est pas facilitée
par l'ignorance de l'homme, mais par son
attitude humble, accueillante, obéissante
(Rm 1,5; 16,26), attitude qui caractérise
naturellement les tout-petits. Les
sages et les intelligents qui
refusent la Parole sont ceux qui, dans leur
suffisance, croient savoir (Jn 9,41; Lc 7,39).
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23
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« Mes yeux ont vu ton
salut » (2,30), avait dit Siméon.
Il s'agit de voir, c'est-à-dire de
comprendre le sens réel des
événements. Car plusieurs ont vu
l'oeuvre du Christ et entendu la prédication
des apôtres sans comprendre (8,10). La
pensée est ici toute proche de celle de Jean
sur le voir et le croire.
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24
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Le retour des soixante-douze disciples
s'effectuait dans la joie (Lc 10,17a).
Au-delà de la source de joie que les
disciples avaient découverte, la
soumission des démons (vv.
18-19), Jésus avait signalé aux siens
une plus profonde source de joie: leur
entrée dans l'intimité divine
réservée aux élus (v. 20). Ils
pourront encore se réjouir (car Jésus
exulte à ce sujet, v. 21a) que le
Père ait révélé
sa pensée aux auditeurs dont les
dispositions humbles et accueillantes permettaient
de les éclairer (v. 21). Enfin, les
disciples devraient être heureux de voir
et d'entendre des choses qu'avant eux beaucoup
de prophètes et de rois n'ont pas vues et
entendues. Lire à ce sujet Le 2,30 et
surtout 1 Jn 1,1.3. - Jésus avait choisi les
Douze pour qu'ils soient avec lui (Mc 3,14).
Prophètes et rois pieux de l'Ancien
Testament auraient aimé entendre la
prédication de Jésus, le Fils
venant du sein du Père (Jn 1,18; He 1,1-4),
et voir ses miracles dans lesquels venaient
le Royaume et l'appel à la foi (Lc
10, 13; 2 Co 12,12); ils auraient aimé voir,
entendre, toucher le Verbe de vie, sauveur du
monde (1 Jn 1,1; 4,14).
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25-28
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Voir le commentaire de Mc 12,28-34.
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29
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La tentation existe toujours d'essayer de
déterminer le minimum auquel on est
obligé par la loi. Jésus dit
plutôt: il n'y a pas de minimum dans l'amour;
il doit être universel. Le prochain, c'est
tout homme. Il faut essayer de devenir le prochain
de tout homme (v. 36), même si c'est un
étranger. C'est un Samaritain, un ennemi
(9,52 note), qui a vécu selon l'enseignement
du Christ (6,27.33), beaucoup mieux que ne l'ont
fait le prêtre et le lévite, pourtant
des personnages officiels au Temple de
Jérusalem.
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30
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Un homme descendait... Le récit
soulève à propos de tout homme
des questions capitales touchant le second
commandement que le légiste a
récité tantôt (v. 27):
qui aimer comme son prochain, et
comment le faire? L'épisode suivant,
qui se passe chez Marthe et Marie (vv. 38-42),
ramènera l'attention au premier commandement
qui a trait à l'amour du Seigneur ton
Dieu. - Jésus se situe d'emblée
en dehors de toute catégorie susceptible de
limiter l'exercice de l'amour (ami et ennemi, Juif
et païen, savant et ignorant, etc.). - Le
récit est bien en place. En effet, sur cette
route solitaire, longue de 27 km, qui reliait
Jérusalem à Jéricho, un lot de
voleurs, tels les zélotes,
détroussaient les gens.
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31-32
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Un prêtre et un
lévite aperçurent le pauvre
homme qui gisait par terre. Ils continuèrent
leur route. Ils retournaient peut-être
à Jéricho après avoir rempli
leur devoir au Temple (1,23). Pourquoi
passèrent-ils outre? Si l'homme leur parut
être mort, ils craignaient peut-être de
contracter une impureté légale (Lv
21,1). Peut-être craignaient-ils d'être
saisis à leur tour par les voleurs.
Peut-être ne se reconnaissaient-ils aucune
obligation de charité envers cet inconnu peu
attrayant qui gisait sur le bord de la route. Les
pharisiens ne se croyaient pas tenus d'aimer le
peuple qui ne connaissait pas la Loi.
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33-35
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Le comportement du Samaritain est d'une
délicatesse admirable. Il se
préoccupera encore, à son retour, de
l'état du pauvre homme.
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36
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Jésus reprend à sa façon la
question du légiste (v. 29). C'est par
rapport à l'homme dans le besoin que
Jésus se situe, et cela d'un point de vue
pratique: « Lequel s'est
montré le prochain ... ? »
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37
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La bonté est cet amour
pour les faibles dans lequel Luc voit une
caractéristique de Dieu (6,36) et
l'explication des attitudes qu'adopte Jésus
devant les petits et les pécheurs. C'est
elle qui doit l'emporter sur toutes sortes d'autres
considérations (juridiques, morales,
culturelles) dans la vie concrète des
disciples du Christ.
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38-42
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Ce bref récit vient faire pendant
à l'épisode du bon Samaritain et
l'équilibrer. Il y a deux commandements qui
résument la Loi et les Prophètes (Mt
22,40): c'est le premier qui a trait
à l'amour de Dieu (Mc 12,29). - Jésus
n'entend pas mépriser ou sous-estimer les
devoirs de l'hospitalité (Mt 25,31-46), mais
établir que la supériorité
revient à l'écoute de la Parole de
Dieu.
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41-42
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De toutes les préoccupations qu'on peut
entretenir, il y en a une qui les dépasse
toutes: celle qui a pour objet la Parole de Dieu.
L'homme ne vit pas seulement de pain (Dt
8,3; Lc 4,4)... La Providence divine voit à
ceux qui se préoccupent d'abord du Royaume
(12,22-32). Ce sont de telles vues sur la
hiérarchie des valeurs et l'entretien de
soucis qui « partagent »
l'homme (1 Co 7,32-35), que Jésus rappelle
à l'occasion de cette scène.
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42
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Luc ne cesse de mettre en relief l'importance
d'écouter la parole de Dieu, car toute
action qui ne découle pas d'un accueil de
l'Évangile risque de demeurer
stérile.
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