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1-18
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Parmi les exigences auxquelles doit
répondre le disciple de Jésus, il y
avait celle de renoncer à tous ses
biens (14,33). De plus, Jésus laisse
entendre assez souvent que la conversion est
urgente: il ne faut pas se laisser happer
par les tâches immédiates et
terrestres, au point d'oublier de prévoir
son entrée dans le Royaume qui vient
(13,7-9.28). Ces deux thèmes sous-tendent le
chapitre 16. On y parle d'abord d'un administrateur
qui est en train de gaspiller les biens de
son maître. Son renvoi est
décidé (vv. 1-2). Il imagine un
stratagème qui lui permettra de survivre
à l'épreuve (vv. 3-7). Un jugement
est porté sur l'habileté du
gérant, puis on fait des applications
morales à partir de l'histoire du
gérant: a. la prévoyance de
l'administrateur est donnée en exemple (v.
9); b. le texte met en valeur l'importance d'une
gérance fidèle (vv. 10-12); le
choix capital à faire entre Dieu et Mammon
apparaît dans toute son acuité (v.
13). Enfin, des propos sur la Loi se
joignent à de telles réflexions
morales (vv. 16-17).
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5-7
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Songeant à son avenir, le gérant
qui sera bientôt destitué tente de se
gagner la faveur de gens qui l'accueilleront
chez eux. Luc illustre par deux cas
précis le plan imaginé par le
gérant. Le rabais que celui-ci consent aux
clients est-il pris sur un profit
exagéré qu'il aurait normalement
exigé, ou bien sur la valeur réelle
des biens achetés? Il demeure difficile de
l'établir, quand on considère les
moeurs du temps. - Chose certaine, il s'agit d'un
gérant malhonnête. À
quel moment et de quelle façon le fut-il? La
chose importe assez peu, vu que la leçon
tirée de l'histoire touche un autre point,
celui de la prévoyance.
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8
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Le maître (qui était
peut-être Jésus, dans une étape
antérieure qu'aurait connue le texte) loue
l'habileté du gérant
malhonnête. Il le classe parmi les fils de
ce monde habiles dans la poursuite de leurs
intérêts. Par contre, les fils de
la lumière - qui sont tels ou qui
croient l'être - prévoient moins bien
leur avenir spirituel. Ils ne savent pas lire les
signes du temps présent (12,56) qui
demande avec urgence la conversion; ils ne
comprennent pas que le passage de Jésus
représente un dernier répit pour ceux
qui ont besoin de conversion (« Laisse
encore [le figuier stérile] cette
année! »13,8); ils ne songent pas
au moment où le maître de la maison
céleste fermera la porte, alors que
beaucoup chercheront à y entrer trop
tard (13,24-25).
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9
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Les fils de lumière - les hommes
qui sont du côté de Dieu - seront
habiles, eux aussi, quand ils distribueront
leurs biens à des gens qui se feront leurs
intercesseurs dans les demeures
éternelles où ils les
accueilleront (v. 4). L'aumône
révélera ainsi sa
fécondité (Mc 10,21; Lc 11,41; 12,33;
19,8).- L'argent est dit malhonnête
parce qu'il conduit souvent à pratiquer la
malhonnêteté, ou parce qu'il
déçoit celui qui met en lui ses
espoirs.
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12
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Jésus invite à se montrer
honnête dans l'administration des biens
temporels dont chaque homme a reçu de Dieu
la gérance. Même s'il s'agit de
l'argent malhonnête (v. 11) et d'un
bien qui reste étranger à
l'homme, puisque l'on doit s'en séparer un
jour (v. 12), il reste que la gérance de ces
biens doit révéler la conversion
intérieure de l'homme désormais
guidé par les exigences de
l'Évangile. Ainsi, l'on se montrera digne de
recevoir le bien véritable (v.
11).
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13
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La loi de l'argent, c'est de faire plus
d'argent, tout en protégeant le bien
déjà acquis. La loi de Dieu, c'est le
partage des biens entre tous les hommes. Les deux
« lois » formulent des
exigences contradictoires. Jésus ne veut pas
signifier qu'un chrétien ne peut être
financier ou banquier sans être
infidèle à sa foi. Il entend
plutôt rappeler que la conversion comporte
des choix pénibles et qu'il « est
difficile à ceux qui ont les richesses
d'entrer dans le royaume de Dieu »
(18,24).
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14
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Les pharisiens réagissent par la moquerie
aux propos que Jésus vient de tenir sur le
choix fondamental à faire (v. 13) et sur
l'emploi de l'argent (v. 9). Jésus invitait
de nouveau ses disciples (v. 1) à se
montrer aussi habiles que le gérant
malhonnête en servant Dieu (v.
13b).
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15
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Jésus répond aux moqueurs en leur
révélant le jugement que Dieu porte
sur eux. Aux yeux des hommes, les pharisiens
passent peut-être pour des justes,
amis de Dieu et fidèles observateurs de la
Loi, avec leurs aumônes, leurs prières
et leurs jeûnes connus de tous (Mt 6,1-6.
16-18; Lc 18,11-12). Mais Dieu, lui qui
connaît les coeurs, voit toute la
rapacité et la
méchanceté qui se cachent dans
l'intérieur de ces hypocrites (11,39); il
voit surtout la suffisance, la vanité, le
mépris du prochain qui imprègnent
l'esprit de ces prétendus justes (Lc
18,9-14).
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16
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C'est vraiment sur des bases nouvelles qu'il
faut comprendre la volonté de Dieu.
Après le temps de la Loi, Jésus
apporte du nouveau: il inaugure le Royaume de Dieu.
Le changement demandé - la conversion
- exige un très grand effort, qu'on peut
même qualifier de violent. On n'entrera pas
à bon marché dans le Royaume de Dieu;
il n'est pas proposé à rabais. Bien
des chrétiens du temps de Luc ont
peut-être découvert le
caractère absolu des exigences de Dieu
(5,11; 9,23.57; 14,33).
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17
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Voici une autre des tensions maintenues par Luc
au long de son évangile. Par le Christ, Dieu
établit des exigences d'une nouveauté
radicale. Pourtant, rien n'est changé de la
Loi juive en tant qu'elle exprime la volonté
de Dieu. Luc montre souvent que cette Loi ne vise
pas d'abord à imposer des gestes
extérieurs ou des rites liturgiques; sa
première mission est d'annoncer le
mystère du Christ (24,27) et ce qui
amène à la miséricorde (13,14;
16,29).
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18
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Toujours la tension entre l'ancien et le
nouveau: on vient de lire que rien n'est
changé dans la Loi, et pourtant Jésus
renverse ici la loi qui permettait parfois le
divorce (Dt 24,1). Mais Jésus voyait dans
cette pratique une permission accordée par
Moïse à cause de la dureté de
coeur d'Israël (Mt 19,8). Jésus
remontait à la volonté
première de Dieu exprimée dans la Loi
(Gn 2,24; Mt 19,8b).
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19-31
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Cette histoire qui illustre la béatitude
et la menace de 6,20.32 présente un exemple
à éviter. Ce que Luc reproche au
riche, ce n'est pas d'être riche, mais de
n'avoir pas partagé ses biens, comme Dieu
lui en faisait une obligation dans la Loi. Il n'a
pas su réagir à temps (12,20
note).
Ce récit illustre la parabole du
gérant malhonnête, où
Jésus avait jugé peu habiles
les fils de la lumière, ces Juifs qui
disposaient de la lumière de la Loi. Il
avait donné pour consigne de se faire des
amis avec l'argent malhonnête (16,8-9):
« Donne de ton argent, tu seras
sauvé (19,8-10); garde-le, alors que
je demande de le partager (16,9), tu ne recevras
pas le bien véritable du salut »
(16,11-12).
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22
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Auprès d'Abraham:
littéralement: « Dans le sein
d'Abraham ». Les Juifs se
représentaient le bonheur éternel
comme un banquet (14,15) auquel participent les
patriarches (13,28-29). On y mangeait étendu
sur un coussin, et la tête de chacun se
trouvait près de la poitrine du voisin
(13,23). « Être dans le sein
d'Abraham » est donc une manière
juive de dire « être à
côté de lui, à la place
d'honneur dans le festin
céleste ».
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23
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Le riche prend une douloureuse conscience de son
état en apercevant Lazare qui occupe au
banquet une place de choix (voir 20,46b; 13,28).
Les rôles sont intervertis: autrefois Lazare,
gisant près de la porte qui, chez le
riche, donnait accès aux grands banquets
quotidiens (16,19-20), pouvait voir le riche
festoyer. Maintenant Lazare - dont le nom signifie
en hébreu « Dieu aide »
- reçoit sa consolation. Il avait
porté avec patience la pauvreté, en
mettant toute sa confiance en Dieu (son seul
aide); Dieu ne le déçoit pas
(6,20).
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24
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Le riche se souvient qu'il a pour
père Abraham (3,8); il tentera
d'exploiter l'affection d'Abraham (16,24.27.30).-
Le riche souffre de la soif, alors qu'il y a
de l'eau là où se trouve
Lazare. On songera au paradis merveilleusement
irrigué par quatre fleuves (Gn 2,9-14), dans
le Temple nouveau d'Ézéchiel
d'où l'eau jaillit abondamment (Ez 47, 1);
on pensera surtout à la source d'eau
jaillissant en vie éternelle que
Jésus promettait et qui abreuve maintenant
Lazare (Jn 4,4; 7,37-39; Ap 22,1.2).
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25
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Une première demande du riche est
rejetée. Le refus est aussitôt
justifié: le comportement qu'ont eu sur
terre Lazare et le riche explique leur situation
actuelle. Le riche festoyait, sans partager avec le
pauvre Lazare; il a reçu son bonheur
durant sa vie (on songe aux hypocrites
qui auront reçu des hommes leur
récompense pour les aumônes, les
prières et les jeûnes ostentatoires
qu'ils auront faits: Mt 6,2.5.16). Lazare, par
contre, ne reçoit que maintenant son
bonheur, de la main de celui en qui il avait mis
toute sa confiance. Au refus de partage qui avait
marqué la vie du riche, répond
maintenant un pareil refus de la part d'Abraham
(6,38b).
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27-29
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Une seconde demande n'a pas plus de
succès que la première. Le riche veut
éviter un triste sort à ses cinq
frères encore vivants. Mais que vaut le
moyen suggéré pour atteindre cette
fin? Moïse et les prophètes ont
des choses merveilleuses sur le partage des biens
(Is 58,7-10). Ces gens qui n'écoutent pas
Moïse écouteront-ils Jésus ou
quelque ressuscité (Lc 16,31) qui viendrait
leur raconter des choses? Le malheureux riche
manque de psychologie, au dire d'Abraham (16,31).
La situation est nette: les cinq frères
seront jugés par la Loi (Rm 2,12); s'ils
n'ont pas cru en Moïse qui annonçait
Jésus, ils auront Moïse lui même
comme accusateur (Jn 5,45-47).
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30-31
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Les frères du riche, qui
n'écoutent pas Moïse et les
prophètes (qu'ils sont censés
vénérer), n'écouteront pas
davantage ce pauvre d'autrefois qui reviendrait de
l'au-delà. Une authentique conversion qui
conduirait ces riches à partager leurs biens
ne résultera pas d'une telle apparition. -
Au moment d'écrire ce texte, Luc sait bien
que Jésus est ressuscité des morts
et que son témoignage, rendu par les
apôtres, n'a pas convaincu les riches
ou les pharisiens qui sont amis de l'argent
(16,14) qu'il fallait changer de vie.
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