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1-8
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Puisque la manifestation glorieuse du Christ
n'est pas nécessairement pour demain, les
chrétiens doivent apprendre à vivre
l'Évangile dans le temps où
« Dieu fait attendre » les
siens (v. 7). - Il leur faut savoir prier avec
confiance et persévérance, sûrs
que Dieu accomplira son dessein. Cette petite
parabole doit être rapprochée de
11,5-8.
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2
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Ce juge est sans justice (v. 6) et sans
pitié pour les hommes. Il n'a de souci que
pour son repos (v. 5). Il fait partie de ces chefs
auprès desquels « la cause de la
veuve n'arrive pas » (Is 1,23).
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3
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La veuve est dans l'Écriture une
femme démunie, sans défenseur, qu'on
tente d'exploiter (Jr 7,6) et dont le juste doit
prendre la défense (Is 1,17). Le Code de
l'Alliance est très sévère
pour celui qui maltraite la veuve (Ex 22,21-23).
Voir Jc 1,27.
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6-8
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Si un tel juge sans justice finit par
rendre justice, combien plus Dieu ne le fera-t-il
pas! Il attend pour intervenir, ce Dieu
lent à la colère (Ex 34,6) qui
désire la conversion des méchants (2
P 3,9). Chose certaine, il interviendra; il le fera
d'une manière soudaine, imprévue
et décisive (c'est le sens du bien
vite, v. 8).
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8
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Le Dieu juge interviendra sûrement et
soudainement. La tradition juive croyait que le
jour du jugement serait
précédé d'une période
d'abandon généralisé de la
foi; raison de plus pour que les chrétiens
soient sur leurs gardes et restent vigilants
(17,26.28).
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9
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Personne ne se convertit sans avoir d'abord
reconnu qu'il fallait changer quelque chose dans sa
vie. Quand on a courageusement adopté des
manières de vivre qui s'inspirent de
l'Évangile, une tentation subtile
apparaît: celle de juger les autres en
estimant qu'ils sont moins convertis que
soi-même.
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10
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Les pharisiens constituaient
l'élite du judaïsme officiel. Ils
n'acceptaient pas dans leurs rangs ces
collecteurs d'impôts qui frayaient
sans cesse avec les autorités païennes
du pays et qui, dans l'exercice de leur
métier, étaient si souvent
amenés à commettre l'injustice.
Zachée était l'un d'eux
(19,1-10).
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11-12
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L'attitude physique du pharisien devait
être déjà significative: il se
tient debout, probablement en
évidence, alors que le collecteur
d'impôts se tient au loin et n'ose
même pas lever les yeux au ciel (v. 13).
- Le pharisien unit la suffisance au mépris:
fier de ses performances, il méprise le
reste des hommes qui sombrent dans le
péché. Il rabaisse les gens pour se
hausser. - Il est plein de lui-même. Il vient
au Temple y prier (v. 10); il commence par
interpeller Dieu. Mais c'est là un
cadre tout extérieur: le pharisien parle
à lui-même; il monologue. Il ne
perçoit pas Dieu comme l'auteur de sa
« justification » ou comme
l'être dont il y aurait lieu de louer les
grandes qualités. Dieu est un témoin
de l'observance irréprochable du pharisien;
il est appelé à l'admirer. Dieu
n'intervient à aucun autre titre dans la
prière du pharisien. - Sur quoi repose la
grandeur spirituelle que le pharisien se
reconnaît? Sur l'observance du
jeûne et de la dîme
(11,42). Il s'agit de pratiques extérieures,
visibles (Mt 6,16-18), pratiques qu'on peut
contrôler exactement, si bien qu'un pharisien
pouvait se juger irréprochable
« pour la justice qu'on trouve dans la
loi » (Ph 3,6). Les attitudes
intérieures - pensons à la
charité, en premier lieu -
n'interviennent pas du tout. L'extérieur de
la coupe est purifié, pendant que
l'intérieur est « plein de
rapacité et de
méchanceté » (11,39).
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13
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L'humilité du collecteur d'impôts
forme un contraste parfait avec la suffisance du
pharisien.
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14
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Pourquoi Dieu élèverait-il le
pharisien suffisant, qui a déjà
reçu sa récompense auprès des
hommes (Mt 6,16)? Cependant, vu qu'il s'octroie une
gloire aussi éphémère et
fragile que la louange de ses admirateurs, il sera
très tôt abaissé.
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15-17
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Jésus continue de répondre
à la question: « Qui
entrera dans le Royaume de Dieu? » Comme
le collecteur d'impôts (18,9-14), l'enfant ne
fait pas appel à ses performances
personnelles; en toute simplicité, il
demande et reçoit les cadeaux qu'on lui
fait. Le Royaume de Dieu ne sera pas le
salaire mérité par les gens
irréprochables (Ph 3,6), mais la grâce
ou le don fait à celui qui aura
accueilli dans la foi le Dieu sanctifiant (1
Th 5,24). C'est Dieu qui sera ainsi
glorifié (1 Co 1,29-31).
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18-23
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À l'inverse du texte
précédent, celui-ci illustre
l'attitude du pharisien. Luc se sert de ce
récit pour réaffirmer que ce n'est
pas l'observance de la Loi juive qui compte aux
yeux de Dieu, mais le souci des pauvres et le
partage (v. 22; 10,37; 13,16). - La question est
posée depuis 18,1: qui entrera dans le
Royaume?
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20
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L'amour du prochain (Ex 20,12-16; Dt 5,16-20)
fait partie de l'exigence fondamentale de la Loi et
des prophètes (Mt 22,40) qui demeure en
vigueur. Au légiste qui lui posait un
jour la question prêtée par Lue
(18,18) à un notable, Jésus se
contentait de faire réciter le double
commandement de l'amour: « Fais cela et
tu vivras » (Lc 10,28). - De fait,
Jésus ne liera pas toujours l'abandon de
tous ses biens à l'obtention du
salut. Zachée s'engage à donner la
moitié de ses biens aux pauvres et
à rendre quatre fois plus aux gens
qu'il aurait lésés (Lc 19,8).
Pourtant, Jésus dit que « le salut
est arrivé pour cette maison »
(19,9).
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22-23
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Jésus appelle le notable à
un détachement effectif et total qui
dépasse cet « amour de
préférence » que tout homme
doit porter à Dieu. Le notable
très riche refuse l'appel de
Jésus, semble-t-il. Sa tristesse
révèle qu'il avait mis son coeur dans
ses richesses (12,34).
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24-30
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Plus que les autres évangélistes,
Luc a conservé et mis en valeur les paroles
de Jésus touchant le détachement des
richesses et des affections humaines (5,11;
9,57-62; 12,33; 14,26.33; 16,1-31). Peut-être
rencontrait-il dans certaines églises des
problèmes particuliers à ce sujet. Il
a insisté sur le détachement des
biens matériels que pratiquait
l'Église primitive (Ac 2,44-45; 4,32-37).
Cette dimension du message de Jésus l'a
impressionné; elle marque sa
théologie spirituelle.
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24-27
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Jésus reconnaît que, livré
à ses propres ressources, le riche ne peut
se sauver: il mettrait alors son coeur dans la
richesse (12,34). Le secours de Dieu lui devient
particulièrement nécessaire.
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28-30
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Une fois réglé le problème
des riches, Pierre soulève
ingénument celui des pauvres qui ont
tout laissé pour suivre Jésus. Ils
recevront beaucoup dans le monde présent et,
dans le monde à venir, beaucoup plus qu'ils
n'ont sacrifié. Dieu ne se laisse pas
vaincre en générosité; au
moment qu'il aura déterminé, Dieu
accordera à chacun le type de biens
déjà choisi pour lui. La perle de
grand prix sera le choix de Dieu (Mt 13,46). La
confiance absolue que l'homme met alors en Dieu est
un acte de foi et d'amour de grande valeur.
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31-34
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Cette annonce de la Passion est la plus
développée et la plus explicite. Luc
précise qu'il s'agit du déroulement
du dessein de Dieu annoncé par les
prophètes. Le thème se retrouvera
spécialement en 24,25-27.
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31
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Jésus se confie aux Douze. Ce n'est pas
la première fois qu'il leur décrit le
sort qui l'attend à Jérusalem
(9,22.44; 12,50; 13,32-33; 17,25). L'annonce ne
suffira pas pour qu'ils suivent fidèlement
Jésus jusqu'au bout (Luc ne mentionne pas
cependant la fuite des disciples, Mt 26,56; Mc
14,50). Ils se reprendront plus aisément,
après le drame pascal, en se rappelant que
Jésus l'avait prédit. L'Esprit de la
Pentecôte leur rappellera et leur fera
comprendre les annonces de Jésus (Jn 14,26;
16,13). - Le groupe apostolique se dirige vers
Jérusalem, la ville qui tue les
prophètes et les envoyés de
Dieu. La promesse faite par Nathan au roi David, au
sujet de sa royauté, se réalisera
où elle avait été
prononcée. Le point d'arrivée de
l'histoire politique et spirituelle d'Israël
sera le point de départ d'une aventure
encore plus merveilleuse, qui sera celle de
l'Israël de Dieu (Ga 6,16).
Jérusalem sera le point de continuité
et le point de rupture entre les deux Alliances
établies par Dieu (Jr 31,31-33). - Tout
ce que les prophètes avaient
écrit au sujet du Fils de l'homme
s'accomplira. Jésus exécute le
plan conçu par Dieu et
révélé par les
prophètes. Ce sera la volonté
de son Père, que la Passion de Jésus
(Lc 22,42). Celui-ci « apprendra par ses
souffrances l'obéissance » (He
5,8; Ph 2,8). L'Église primitive rappellera
que toutes les péripéties de la
Passion-mort-résurrection de Jésus
faisaient partie du plan divin. On voulait ainsi
dissiper le scandale de la croix (1 Co 1,
23; Ga 5, 11; voir Ac 2,23; 3,18).
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32
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La responsabilité première des
Juifs sera d'avoir livré Jésus aux
païens. Sans un tel acte, la Passion
n'aurait pas eu lieu, car « Pilate
était prêt à relâcher
(Jésus) » (Ac 3,13). - Ce sont
surtout les humiliations que Jésus
relève dans la description de sa
Passion.
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34
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Déjà nous savions que Pierre (et
probablement l'ensemble des Douze) n'acceptait pas
que Jésus doive « beaucoup
souffrir de la part des anciens, des grands
prêtres et des scribes, être mis
à mort » (Mt 16,21). Luc insiste
sur le fait que les Douze n'y comprirent
rien. Le sens des paroles est clair; mais les
Douze ne doivent pas comprendre qu'un tel sort
pénible de leur maître avait
été prophétisé
dans les Écritures. De toute façon,
ils n'acceptent pas que les choses se passent ainsi
(Mt 16,22-23).
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35-43
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La guérison de l'aveugle montre que le
Royaume de Dieu est à l'oeuvre. Jésus
répond à la foi de l'aveugle,
qui confesse que Jésus est Fils de
David (vv. 38-39) et Seigneur (v. 41).
Surtout, l'aveugle croit à la
pitié de Jésus; il
reconnaît l'action de Dieu en
Jésus. Enfin, il suit Jésus,
comme fait un disciple.
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