1-53

Luc présente dans le cadre d'une seule journée tous les événements d'après la résurrection de Jésus. Trois sections se partageront le récit: a. la visite des femmes au tombeau, le matin de Pâques (vv. 1-12); b. l'apparition du ressuscité à deux disciples sur la route d'Emmaüs (vv. 13-35); c. l'apparition du ressuscité aux disciples réunis (vv. 36-52).

1-12

Ce premier morceau montre combien la foi en la résurrection de Jésus s'imposera difficilement à ses disciples.

4

Au lieu de crier aussitôt à la résurrection de Jésus, les femmes se demandent comment expliquer la situation.- Chez Luc, des événements ou des personnages du monde supraterrestre se présentent souvent dans un décor lumineux, éblouissant (9,29; 10, 18; 17,24; Ac 1, 10; 9,3; 12,7; 22,6).

5

Une des manières de proclamer la résurrection du Christ, c'est de dire qu'il est le « Vivant » (Ap 1,18).

6

Ressuscité, voir Mc 16,6 note. Luc, qui tient à ce que tout se passe à Jérusalem (24,52), change la parole du messager au sujet de la Galilée et rappelle, non plus l'annonce des apparitions (Mt 28,7; Mc 16,7), mais celle de la Passion (9,22; 17,25). Aussi, dans les vv. 13-35, Jésus insistera sur la croix pour l'insérer dans le plan de salut de Dieu.

7-8

Ces paroles prêtées à Jésus rappellent surtout Lc 9,22.44. - Les deux hommes en habits éblouissants (24,4) jouent ici le rôle qui sera celui de l'Esprit Saint après la Pentecôte (Jn 14,26; 16,13 note). On voit déjà chez Jean une telle intervention de l'Esprit (Jn 2,22).

11-12

La foi en la résurrection de Jésus devra vaincre l'incrédulité des disciples. Tantôt, « les femmes ne savaient que penser (du tombeau vide) » (24,4). Maintenant, les propos des femmes sont qualifiés de radotage (24,11). Pierre s'étonnera, devant le tombeau où il est venu vérifier les dires des femmes, de ce qui est arrivé (24,12b). Nous sommes encore loin de la foi profonde en la résurrection de Jésus, qui s'est assis « à la droite de Dieu » (Ac 2,34-35; He 1,13).

12

Nous retrouvons encore un point de rapprochement entre des traditions particulières à Luc et à l'évangile de Jean (20,3.5.10).

13-35

Encore attristés par l'épreuve de la Passion (v. 17b), les disciples retrouvent le Christ ressuscité dans le partage de la parole et du pain (vv. 27.32 et 31.35b). Ainsi, dans le temps de l'Église, les disciples de Jésus le retrouveront en lisant les Écritures et en communiant à l'Eucharistie (la fraction du pain, v. 35b; Ac 2,42). - Les « pèlerins d'Emmaüs » représentent cette masse des disciples ou sympathisants de Jésus qui ont dû abandonner leur attente d'un messie puissant et national (Lc 24,19.21) pour croire à un messie qui, par la souffrance, entre dans la gloire (24,26).

16

Le choix du verbe empêcher et l'emploi du tour passif laissent voir la pensée de Luc: Dieu empêchait les deux disciples de reconnaître Jésus. Spirituellement, d'ailleurs, ils n'avaient pas encore reconnu en Jésus le vrai messie sauveur qu'il était dans le plan de Dieu (24,21a.26.31a). Ils parviendront à le reconnaître physiquement et spirituellement au cours du récit. Cette découverte sera encore l'oeuvre de Dieu (l'expression « leurs yeux s'ouvrirent » est au passif. les yeux furent ouverts, v. 31).

19

Les vv. 19-21 rappellent des données capitales de l'évangile: Jésus est prophète (4,24; 7,16; 13,33); ce sont les chefs du peuple qui sont responsables de sa mort (19,47-48); on attendait en lui la délivrance d'Israël (1,68; 2,38). Les grands discours des Actes des Apôtres pourraient aussi être évoqués: Jésus, sa puissance, son rejet et sa mort y sont toujours mentionnés.

Ces deux disciples n'avaient vu en Jésus qu'un homme (le texte grec parle d'un homme prophète), homme de Dieu comme tout prophète authentique (1 S 9,7), qui les avait impressionnés par sa prédication et ses miracles. Ils attendaient de Jésus qu'il les libère des occupants étrangers et qu'il inaugure en Israël le Royaume de Dieu (Lc 1,68; 2,38; 21,28).

22-24

Tous les faits racontés dans ces versets n'ont pas suffi à faire naître chez ces deux disciples la foi en la résurrection de Jésus. Les femmes ont stupéfié les disciples par leur récit, en particulier par leur rencontre d'anges (ainsi sont identifiés les deux hommes aux vêtements éblouissants, 24,4). Même le témoignage des anges les laisse sombres (24,17), car ils ne croient pas encore que Jésus est vivant. L'« expertise » conduite par des compagnons (Pierre et Jean, 24,14; Jn 20,3-10) a donné ce maigre résultat: « Lui, ils ne l'ont pas vu » (Lc 24,24).

25-27

Les disciples demeurent aussi inintelligents qu'au temps où Jésus leur annonçait sa mort-résurrection (9,43-45; 18,34). Il fallait retourner à l'Écriture, Parole de Dieu, pour comprendre que le messie devait souffrir et ressusciter (le « devait » est surtout appliqué à la Passion, chez Luc: 13,33; 17,25; 22,37; 24,7.26).

27

L'expression « Moïse et les Prophètes » (16,16.29.31) désigne l'ensemble de ce que nous appelons l'Ancien Testament. C'est en relisant l'Ancien Testament que les premiers chrétiens ont peu à peu saisi le sens de la mort scandaleuse de Jésus et le sens de sa résurrection. Ils sont ainsi parvenus à posséder une vue d'ensemble du dessein de salut de Dieu.

30-31

Quel rôle joua la fraction du pain (24,35b)? Ne fut-elle que le moment où Dieu entreprit d'ouvrir les yeux aux disciples? Les gestes ou la façon de prononcer la bénédiction étaient-ils si caractéristiques de Jésus qu'ils permirent de l'identifier? Même si les « disciples d'Emmaüs » n'étaient pas présents à l'institution de l'Eucharistie (Lc 22,19-20), ils avaient pu voir en d'autres occasions comment Jésus faisait la « fraction du pain » (9,16). - En rapportant le récit d'Emmaüs, Luc enseigne aux chrétiens qu'ils peuvent rencontrer Jésus dans les Écritures (24,27.32) et dans l'Eucharistie (24,35), car il y est présent.

32

Le doute et la tentation sont surmontés par la compréhension du dessein de Dieu que révèle l'Écriture.

Dès l'instant qu'ils eurent reconnu Jésus, les disciples s'expliquèrent l'expérience qu'ils venaient d'avoir sur la route: l'ardeur spirituelle alors ressentie était le fruit d'un contact intérieur avec Jésus de nouveau vivant. Déjà Jésus allumait le feu qu'il désirait tant répandre (12,49). - Jésus ressuscité ouvre l'esprit, fait comprendre le sens des Écritures (24,31.32.45).

34

Écho d'une très ancienne tradition, selon laquelle Pierre fut le premier à connaître d'une façon privilégiée la réalité de la vie nouvelle du Christ (1 Co 15,5).

36-43

Jésus vient vaincre les dernières résistances chez les Onze qui refusaient encore de croire (24,41); il veut les convaincre qu'il n'est pas un esprit: il est fait de chair et d'os (24,39).

36

La paix soit avec vous! Salutation habituelle des Juifs, assimilable à un « bonjour! » (1,28 note). Elle peut toutefois prendre dans le présent contexte un sens fort. Le Christ est entré dans le monde de la paix de Dieu; il peut la communiquer aux siens.

Jésus donnait la paix en triomphant de la maladie (8,48) ou du péché (7,50). Les anges annonçaient la naissance de Jésus comme la venue de la paix (2,14). De fait, Jésus offrit en vain la paix à Jérusalem (19,38.42); ses disciples l'offriront en prêchant la venue du Royaume de Dieu (10,5-6). Le ressuscité qui vient de vaincre son dernier ennemi, la mort, peut offrir la paix parfaite (1 Co 15,26), la paix messianique (Is 9,5-6; 52,7; 57,19; Mi 5,4; Ep 2,14-17).

39

C'est parce que les non-Juifs n'arrivaient pas à se faire à l'idée d'une résurrection de la personne humaine tout entière que Luc insiste sur la dimension corporelle du Ressuscité. Chez les Grecs, en effet, le corps est comme une prison pour l'âme, et la mort est une libération; toute idée de réunir de nouveau le corps et l'âme est bien mauvaise!

Jésus veut établir hors de tout doute qu'il n'est pas un esprit (24 37; Mt 14,26): « C'est bien moi », celui que vous avez connu avant la crucifixion. Il fournit les preuves du fait: « Touchez et voyez » (24,39b); ce sont mes mains et mes pieds, portant les blessures de la croix (Jn 20,27). Comme les disciples ne croient pas encore, il demande à manger; puis il consomme devant eux du poisson (Lc 24,41-43). La foi en la résurrection corporelle de Jésus dut vaincre alors l'incrédulité des disciples.

44-49

En partant, Jésus dissipe de nouveau le scandale de sa Passion (24 , 46), ouvre à l'intelligence des Écritures (24,45) ceux qu'il envoie convertir l'univers avec l'aide de l'Esprit (24,47.49).

44

Encore aujourd'hui, les Juifs divisent la Bible (l'Ancien Testament) en trois parties: la Loi, les Prophètes et les autres écrits. Luc ajoute une précision: les Psaumes, qui font partie des « autres écrits » et dont la prédication chrétienne s'est abondamment servie pour illustrer le mystère du Christ (il y a plus de cent citations des Psaumes dans le Nouveau Testament).

45

C'est en partant du Christ - de sa résurrection, en particulier - qu'on peut comprendre l'Ancien Testament, qui parle de Jésus (Jn 5,46). Celui-ci enlève, devant les yeux du lecteur de l'Ancien Testament, le voile qui l'empêchait de comprendre les Écritures. En retour, l'Ancien Testament fait mieux saisir la pensée du Christ.

46

Luc a écrit son évangile pour que ses lecteurs « se rendent bien compte de la solidité des enseignements » qu'ils avaient reçus (1,4). Cette prédication des apôtres, telle qu'il la rapporte au livre des Actes, est ici placée dans la bouche du Christ ressuscité lui-même. Plus haut (24,19), la partie de cette prédication qui est accessible à tout homme a été placée sur les lèvres des disciples: il a fait des choses merveilleuses, il a été condamné et il est mort. L'essentiel de la foi chrétienne (Dieu l'a ressuscité; il a obtenu la rémission des péchés; ce mystère était caché dans les Écritures; les apôtres en sont les témoins) est le fruit d'une révélation divine: c'est pourquoi Luc la place dans la bouche du Christ ressuscité (comme il avait placé la signification du tombeau vide dans la bouche des anges, vv. 5-7).

51

Le texte semble situer l'Ascension au même jour que la Résurrection. La résurrection du Christ ne peut être séparée de son entrée dans la gloire de Dieu. Il s'agit d'un seul et même mystère. Si, au début des Actes, Luc parle de quarante jours durant lesquels le Ressuscité « avait entretenu du Règne de Dieu » ses disciples (Ac 1,3), c'est peut-être pour indiquer que c'est peu à peu que la foi en la résurrection du Christ s'est affermie chez les apôtres.

52

Au début de l'évangile de Luc, Jérusalem était le centre du judaïsme. Au cours du récit, la ville deviendra hostile à Jésus, jusqu'à devenir le lieu de sa crucifixion. Par la résurrection qui s'y révèle, elle devient le centre du nouveau peuple de Dieu. Ce sera de Jérusalem que, sous la poussée de l'Esprit (v. 49), se répandra la bonne nouvelle du salut jusqu'aux extrémités du monde (Ac 1,8).

53

Il n'est pas sans intérêt de relever le fait que le Temple de Jérusalem se retrouve aux deux extrémités de l'évangile de Luc. Tout au début du récit, Zacharie reçoit « à l'intérieur du sanctuaire du Seigneur » l'annonce de la naissance de Jean-Baptiste (1,9.13). Voici que le dernier verset du même évangile montre les disciples de Jésus qui bénissent Dieu sans cesse dans le Temple (24,53). Ils imitent leur maître qui, sur la fin de sa vie, enseignait chaque jour dans le Temple (19,47; 22,53). De même, les premiers chrétiens se rendront chaque jour assidûment au Temple pour y prier (Ac 2,46; 3,1), et les apôtres y prêcheront (Ac 5,42). Les disciples de Jésus se détacheront lentement du judaïsme, sous le choc des persécutions que bientôt leur infligeront les Juifs.