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Les deux prochains chapitres
rapporteront des discussions de Jésus avec
son entourage. Elles se continueraient dans ces
tensions que les premiers chrétiens
vivaient, surtout dans le monde juif d'où
ils étaient issus et qui s'opposait à
eux. Ces textes continuent de rappeler que Dieu
appellera souvent les siens à remettre en
cause leur façon antérieure, devenue
comme spontanée et naturelle, de voir les
choses et les hommes.
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1-12
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Les vv. 1-4 de ce récit, de même
que le titre que nous lui avons donné, ont
de quoi tromper. L'objet premier de
l'épisode n'est pas une guérison
corporelle; le personnage central n'est pas le
paralysé (car on ne connaîtra que la
foi de ses porteurs, v. 5, avant de le savoir
pardonné, puis guéri,
vv. 5.12). Marc veut d'abord révéler
en Jésus le pouvoir divin
qu'il a de remettre les
péchés. Après avoir vu se
constituer en quelque sorte la scène
où il attend la guérison du
paralysé, le spectateur éprouve un
premier étonnement lorsqu'il entend
Jésus pardonner les
péchés (v. 5). Ce qu'on attendait
ne s'est pas produit.
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5
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Marc a déjà présenté
plusieurs récits de guérisons. Il ne
veut pas que le Christ soit perçu comme un
guérisseur quelconque. Aussi veut-il nous
dire ici le sens des miracles: ils sont des signes
de la mission du Christ, qui consiste à
ramener l'homme vers Dieu en le libérant de
tout ce qui l'emprisonne et le sépare de
Dieu. Chaque chrétien sait qu'il ressemble
à ce malade qui a été
amené au Christ par la foi de la
communauté et qui a ainsi été
sauvé.
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6
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Les scribes (déjà
mentionnés en 1,22) sont dans le
judaïsme du temps de Jésus les
spécialistes de la Bible. Ils
l'interprètent en accordant une attention
particulière aux cinq premiers livres qu'on
appelait « la Loi ». C'est
pourquoi on les nomme parfois « docteurs
(ou savants) de la Loi ». Aujourd'hui, on
dirait que c'était les
exégètes et les théologiens de
l'époque.
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7
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Les scribes ont bien compris le sens du geste
que Jésus venait de poser: il prétend
disposer lui-même d'un pouvoir
réservé à Dieu selon toute la
tradition spirituelle d'Israël (Ex 3,4.7; Is
43,25; 44,22; Ne 9,17).
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9
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Jésus relie entre eux deux pouvoirs
surhumains. Qui possède l'un pourrait
vraisemblablement disposer de l'autre! Ou encore,
comment pourrait-on traiter de
blasphémateur (v. 7) l'homme qui
exercerait de toute évidence un pouvoir
divin, celui de guérir instantanément
un paralysé?
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10
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Ce verset constitue le sommet du récit.
Ce qui pouvait paraître une simple anecdote
est en fait une révélation sur les
pouvoirs et la mission de Jésus. Il
s'attribuait le titre mystérieux de Fils
de l'homme (voir 8,31 note): le problème
de l'identité de Jésus se trouvait
ainsi soulevé. De plus, sa mission sera
celle de pardonner sur terre les
péchés.
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13-17
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Cet épisode a pour but de
révéler la mission de Jésus,
qui est d'appeler les pécheurs (v. 17), plus
précisément tous ceux qui se
reconnaissent pécheurs (Lc 18,13-14; Jn
9,41). Jésus appellera des pécheurs
pour qu'ils le suivent comme compagnons de
route (Mc 1,14), ou pour qu'ils soient
guéris tout simplement de leur
péché (v. 17). Cette mission est bien
différente de celle que Jean-Baptiste
reconnaissait au Messie (Mt 3,12; Lc 3,17-18). Les
gens qui se croient bien portants ou
justes ne viendront pas vers Jésus,
parce qu'ils pensent ne pas avoir besoin de ses
soins ou de sa miséricorde.
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15
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Les collecteurs d'impôts sont les
publicains, des fonctionnaires de rang
inférieur engagés par ceux qui
avaient la responsabilité de recueillir pour
les Romains les impôts ou les frais de
douane. Ils se montraient le plus souvent
impitoyables dans leur travail; facilement ils
exigeaient plus que ce qui était dû.
Aussi les méprisait-on. On les assimilait
aux « pécheurs ». Ce
dernier terme désignait ceux qui, comme les
prostituées, ne vivaient pas selon la Loi de
Dieu, ainsi que les gens qui exerçaient un
métier où il était facile de
s'adonner à la malhonnêteté ou
d'enfreindre la Loi. Jésus étonnera
beaucoup son milieu en mangeant avec les
publicains; car, en Orient, le repas partagé
signifie une communion d'amitié et
crée une solidarité entre les
gens.
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16
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Les pharisiens sont des Juifs qui
prennent au sérieux toutes les exigences du
judaïsme. Ils sont des gens convaincus,
très généreux. Ils attachent
de l'importance au moindre détail de chaque
prescription de la Loi. Ils courent ainsi le risque
d'oublier le sens fondamental d'une ordonnance; ils
en viennent aisément à
mépriser ceux qui ne font pas comme eux.
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18-22
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En plus du jeûne pratiqué au jour
des Expiations (Lv 23,29; Ac 27,9), bien des
jeûnes libres et privés avaient cours
en Israël (Mt 6,16-18; Lc 18,12). Ils
étaient liés à une ère
de péché ou d'attente de Dieu (Ex
34,28; Dn 9,3). Or, Dieu est venu en Jésus
établir des rapports tout empreints d'amour
et de joie, il réalisait alors ce mariage
qu'il rêvait de nouer avec son peuple (Os
2,16-20; Is 54,5-6; Jr 2,2; Ez 16). Un temps de
joie inconciliable avec le jeûne s'est ouvert
(Mc 2,19). La mission de Jésus est ainsi
décrite. -Entre la mort de Jésus
et son retour lors de la parousie, se situe une
pénible séparation où le
jeûne aura un sens (v. 20). Marc n'insiste
pas, toutefois. Il est beaucoup plus sensible au
renouvellement profond qu'introduit Jésus
(Jr 31,33; Ez 36,26; Is 65,17).
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20
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Le jeûne était pratiqué,
entre autres raisons, pour supplier Dieu de venir
établir son Règne, souvent
comparé à une noce (voir Matthieu
22,2). Jésus veut faire comprendre que,
depuis qu'il est là, le Règne de Dieu
arrive, et que c'est là une nouveauté
qui ne s'accommode pas d'usages maintenant
dépassés (Mc 2,21-22 note). Assez
rapidement toutefois, et pour des motifs
variés, certaines communautés
chrétiennes revinrent à la pratique
du jeûne et la justifièrent par
l'addition du v. 20. Le singulier « en ce
jour-là » étonne
après le pluriel du début du v. 20;
certains y voient une allusion au jeûne
pratiqué par les chrétiens de Rome le
vendredi, en mémoire du jour de la mort de
Jésus.
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21
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Les premiers chrétiens comprirent de
mieux en mieux la nouveauté radicale que la
foi au Christ apportait dans leurs relations avec
Dieu et avec les autres hommes. Aussi prirent-ils
de plus en plus leurs distances avec le
judaïsme, qui leur semblait
dépassé par le message du Christ
(voir He 8,13). La nouveauté de
l'Évangile n'est cependant pas relative au
seul judaïsme, elle est permanente. Aussi ne
faut-il pas s'étonner si, dans
l'Église comme dans chaque chrétien,
l'Esprit fait constamment craquer ce qui est sans
vie et sans mouvement.
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23-28
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Après un premier verset qui
présente la scène (v. 23), s'engage
une controverse: des ennemis de Jésus
réagissent devant l'action décrite
(v. 24), puis Jésus leur répond. -Le
fait d'arracher des épis était
assimilé à l'action de moissonner,
interdite le jour du sabbat. -Jésus
répond aux pharisiens en rappelant un
événement rapporté en 1 S
21,2-7. Ce fait ne s'était pas passé
le jour du sabbat; mais il reste que David avait
violé une loi cultuelle grave (Mc 2,26).
David avait interprété la loi
cultuelle: il l'avait subordonnée à
la faim, la sienne et celle de ses compagnons; il
n'avait pas regardé la loi cultuelle comme
un absolu. C'était sur leur propre terrain
-- celui de l'écriture, où ils se
croyaient maîtres -- que Jésus
confondait les pharisiens: ils n'avaient pas
compris le sens de l'épisode raconté
dans 1 S 21,2-7.
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27
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Pour le chrétien qui marche à la
suite de Jésus, il est une loi
première, celle de l'amour qui veut le bien
des hommes. Il peut arriver que, pour y être
fidèle, on doive transgresser d'autres lois
peut-être considérées comme
sacrées, telle la loi du sabbat en
Israël.
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28
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Ce verset sur le Fils de l'homme (voir
8,31 note) constitue le sommet vers lequel le
récit conduisait le lecteur (voir 2,10).
Jésus -- qui se désigne sous le titre
de Fils de l'homme -- jouit d'une liberté
souveraine; il connaît intimement la
volonté de Dieu, par-delà les
préceptes écrits. Il libère
les consciences devant les exigences excessives
d'une loi. En ce sens, il est seigneur et
sauveur.
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