1-6

Un nouvel affrontement entre Jésus et les pharisiens les dressera sur leurs positions inconciliables. Jésus ne recherche que le salut des hommes, dont la guérison corporelle est une figure et une garantie, tandis que les pharisiens ne se soucient que de l'observance des lois, vue comme un absolu. Mieux encore, l'un veut donner la vie en plénitude; les autres recherchent les prétextes qui leur permettraient de faire périr un ennemi gênant (vv. 2.6).

4

Au-delà des préceptes particuliers, Jésus va droit à la question de fond. L'observance matériellement exacte des lois du sabbat se trouve située du côté du mal et de l'homicide. Refuser au malade la guérison, ce serait lui refuser une vie saine et même le salut total qu'une guérison corporelle lui rendrait plus visible et accessible.

5

Marc notera souvent les regards et les émotions de Jésus. Il rappelle ainsi que, si nous sommes amenés par l'évangéliste à reconnaître en Jésus celui qui est le Christ et le Fils de Dieu (1,1 note), il ne faudrait pas faire de Jésus un surhomme qui aurait fait semblant d'être homme. Comme tout homme, il a connu aussi bien des regards de bonté que des moments d'impatience et d'irritation. Voir 1,41-43.

6

Pharisiens et hérodiens sont, chez Marc, les premiers à prendre position au sujet de Jésus: ils le rejettent. Les hérodiens sont des Juifs de Galilée attachés au tétrarque de Galilée (voir 3,1), Hérode Antipas, des Juifs sans doute collaborateurs des Romains. Ils étaient opposés aux pharisiens, qui étaient de tendance nationaliste. Mais ici comme toujours, des adversaires se liguent contre un ennemi commun. La façon d'agir de Jésus remet en question l'ordre établi et le menace.

7-8

Au terme d'une section où s'est exercée la puissance de Jésus (1,14-3,6), l'évangéliste insiste sur l'ampleur du mouvement de peuple que Jésus a déclenché: c'est le monde juif (Galilée, Judée, Jérusalem) et les nations plus ou moins païennes (Idumée, Tyr et Sidon) qui viennent vers lui, avant qu'il ne commence à former un nouvel Israël en choisissant les douze apôtres (vv. 13-19).

7-12

Ce texte a les traits d'un sommaire (voir 1,22) qui veut laisser l'impression que la popularité de Jésus grandit dans le peuple, malgré l'opposition qu'il rencontre en certains milieux. Qui est-il donc, pour provoquer ainsi de vives réactions opposées?

10

La puissance de salut qui se déploie en Jésus apparaît dans les guérisons et les exorcismes qu'il opère. Le Royaume de Dieu s'est vraiment approché des hommes (1,15).

11-12

Du spectacle des foules, on passe au mystère intime de Jésus. Ce sont les esprits impurs qui, grâce à quelque lumière spéciale, dévoilent l'identité de Jésus sous de nouveaux aspects. Ils le font plusieurs fois chez Marc (1,24; 5,6-7). Plutôt que de contester le bien-fondé de leur confession, Jésus leur commande de se taire.

14

Quelques manuscrits très anciens portent les mots: « nommés par lui apôtres », qui pourraient avoir été ajoutés sous l'influence de Luc 6,13 (note), comme le laisse croire le silence de la majorité des manuscrits.

15

Telle est la mission de Jésus que les Douze sont appelés à partager: prêcher et guérir, tout comme lui. La mission des chrétiens de tous les temps ne peut être différente de celle de Jésus lui-même.

16

Le groupe des disciples qui seraient avec Jésus (v. 14) comprend douze personnes, qui sont l'objet d'un choix de la part de Jésus. Pour un disciple venu du judaïsme, comme pour tout croyant de la primitive Église, le nombre douze renvoyait nettement aux douze tribus que comptait d'abord Israël (Gn 49,1-27; Nb 26,4-51; Ex 24,4), cet Israël selon la chair qui sera l'image de l'Israël de Dieu (1 Co 10,18; Ga 6,16), véritable peuple de Dieu qui lui sera uni par une éternelle alliance (Jr 31,31-33; Rm 9,8; Ap 7,4). -Pierre apparaît en tête de la liste des douze appelés (Mt 10,2; Lc 6,14). Ce surnom exprimait déjà sa mission, celle d'être le roc sur lequel reposerait l'Église (Mt 16,18). Il sera le premier, selon 1 Co 15,5, à recevoir la visite du Seigneur ressuscité (voir Mc 16,7; Lc 24,34).

17

Pierre, Jacques et Jean seront particulièrement unis à Jésus en plusieurs circonstances: lors de la résurrection de la fille de Jade (5,37), lors de la transfiguration (9,2) et du dernier combat de Jésus que l'on appelle son « agonie » (14,33).

18

Simon le zélote, c'est-à-dire le fervent partisan de la loi, jaloux de l'honneur de Dieu (Ac 21,20; Ga 1,14).

21

L'opposition rencontrée par Jésus au sein de sa famille semble un fait historique bien attesté. Ce trait situe déjà Jésus dans la lignée des prophètes, qui subirent les sarcasmes, les intrigues ou la persécution de leur famille (Jr 12,6; Za 13,3-6). La Sagesse parle également du juste dont la vie paraît à son entourage une pure folie (Sg 5,4).

22

On regardait les démons ou les esprits qui causaient les maladies de toutes sortes comme les agents d'une force du mal personnalisée. Cette force porte plusieurs noms dans la Bible. Béelzéboul désigne cet adversaire du projet de Dieu que Jésus a affronté au début de l'évangile (1,13) et qu'il affrontera toute sa vie. Les adversaires de Jésus reconnaissent que ses oeuvres dépassent les forces humaines; mais ils refusent de les attribuer à la puissance de Dieu.

23

Une parabole est une comparaison qui veut illustrer un enseignement. Souvent elle veut piquer l'intelligence et obliger à réfléchir pour trouver la signification d'une parole ou d'un geste.

26

L'accusation que les scribes portent contre Jésus (v. 22) signifie en définitive que Satan est ruiné, comme le serait toute famille divisée contre elle-même. C'était du coup avouer que le règne adverse, celui de Dieu, s'établissait. À leur insu, les ennemis de Jésus reconnaissaient son succès, qui est celui de Dieu.

27

Jésus reprend la même idée en ses propres mots. Il est conscient que sa mission est de vaincre Satan qui règne sur ce monde (Lc 4,6), et de libérer ainsi les hommes que Satan considère comme ses biens (Mc 3,27; voir Is 49,25). Jésus se sait plus fort que l'homme fort. D'ailleurs, il arrive aux démons de reconnaître que Jésus les domine (Mc 5,7). Voir Lc 10,18.

28-29

Dieu est miséricorde (Ne 9,17; Ex 32,32; Is 1,18). Jésus aura pour mission de réconcilier les hommes avec Dieu (Rm 5,10-11; 2 Co 5,18-20), non de les condamner (Jn 3,16-17). L'homme qui s'installe dans un aveuglement tel qu'il attribue à l'esprit impur ce qui est l'oeuvre de l'Esprit Saint s'exclut lui-même de l'oeuvre salvifique de Dieu. L'homme refuse alors à Dieu le minimum d'accueil qui serait sa collaboration à l'accomplissement de son salut (1 Th 2,13).

30

Croire qu'un esprit impur guide, inspire Jésus, c'est prendre le bien pour le mal; c'est prendre la lumière pour la noirceur; c'est se fermer soi-même à l'action du Dieu qui sauve. Parce que l'Esprit de la vie nouvelle a témoigné en faveur de Jésus (par la résurrection et dans la prédication de l'Église), on ne peut refuser Jésus sans qu'il y ait des conséquences sérieuses à son refus personnel.

31-35

Jésus pratique le détachement qu'il exige de ses disciples, au sujet des liens de la chair (Mt 8,22; 10,37). Il est tout consacré aux affaires de son Père céleste (Lc 2,49). Il est conscient qu'il possède et partage avec ses disciples une autre vie (Ga 6,15; 2 Co 5,17); si bien que maintenant, en Jésus, une même filiation divine unit tous les hommes entre eux (Ga 3,26-28). -Jésus invite ses disciples assis autour de lui à prendre conscience des liens profonds qui les unissent à lui-même: ils partagent avec lui une vie plus précieuse que celle de la chair et du sang; ils sont entrés dans son intimité, au point qu'il leur révélera le fond de sa pensée et des secrets divins (Jn 1,18; 15,15).

35

Marc montre que la véritable grandeur devant Dieu réside dans l'accomplissement de sa volonté. La grandeur de Marie vient de son obéissance à Dieu (Lc 11,27-28).