1

Marc situe ce récit au pays des Géraséniens, à l'est de la mer de Galilée. C'est la première rencontre de Jésus avec le monde païen. Marc montre que sa puissance de salut n'est pas limitée à la terre d'Israël. Le monde païen, auquel appartenaient les lecteurs de Marc, est décrit d'une manière particulièrement négative: le malade, qui représente tous les païens, vit dans un esclavage terrible et total, habitant des tombeaux, signes de mort et d'impureté légale, soumis à une « légion » d'influences maléfiques. Pourtant, Jésus le libérera par sa seule parole.

3-5

Il s'agit d'un cas grave. Marc accumule les indications qui le prouvent. La puissance de Jésus, qui délivrera le possédé, n'en apparaîtra que plus grande. Le contraste sera saisissant entre l'être frénétique (vv. 3-4) et l'homme « assis, dans son bon sens », aux pieds de Jésus (v. 15). On ne reconnaîtra plus dans le messager de bonne nouvelle qui parcourt la Décapole (v. 20) l'être sauvage coupé de la société, hurlant dans les tombeaux et les montagnes (v. 5).

6

L'action reprend, grâce à ce verset qui renoue avec le v. 2. Le démon confesse sa défaite; le Royaume de Dieu est vraiment venu (1,15).

7

Pour saisir le rôle que joue cette confession dans la perspective de Marc, voir 1,11 note.
     Le démon vaincu veut échapper à son sort: la supplication demeure sa seule arme(vv. 7.10.12). Il tente de contenir la puissance de Jésus en le proclamant fils du Dieu Très Haut (v. 7).

9

Dans la pensée sémitique ancienne, c'est posséder un pouvoir sur quelqu'un que de connaître son nom.

10

La désignation du démon passe étrangement du singulier au pluriel. Ce sont de nombreux démons que Jésus vaincra. -- Hors du pays: l'expression fait probablement allusion au désert, où les démons ne voulaient pas errer (Lv 16,10; Is 13,21; 34,14; Mt 12,43; Lc 11,24).

11

Le grand troupeau de porcs identifie bien la terre païenne de Gérasa (v. 1). Les démons demandent comme un moindre mal d'aller vivre dans les porcs: la victoire de Jésus serait alors manifeste, sans que les démons ne soient pour autant détruits.

13

La victoire est totale: les « esprits impurs » entrent dans les « porcs » (animaux impurs) et se noient dans la mer (réalité négative et hostile, 4,39). Semblable victoire sur le mal ne peut venir que de la puissance de Dieu, ce qui explique la réaction de crainte (vv. 14-15) des témoins. -- Jésus apparaît, grâce à cette victoire sur les esprits impurs (v. 12), comme le sauveur des païens: il vient d'annihiler les puissances mauvaises qui les tenaient captifs (Is 65,1-5; voir Mc 7,24-37; 8,1-10). On se rappellera Élie qui délivra de 450 faux prophètes son peuple (1 R 18,19.40).

15

La crainte peut désigner une simple peur: on craint qu'un malheur ne survienne (Mt 14,30). Elle peut désigner aussi l'attitude de l'homme qui découvre une force surhumaine devant laquelle il ne sait comment réagir (Mt 9,8a; 17,6; Mc 4,41; 16,8). La crainte précédera soit l'acte de foi (Mt 9,8b), soit le rejet de celui qu'on craint (Mc 5,15; 6,20; 11,18).

17-18

Deux réactions différentes au « miracle » sont rapportées: les gens de la place -- dont sans doute les propriétaires des porcs -- sont plus sensibles à la perte des bêtes qu'à la révélation de la puissance divine. Le démoniaque guéri voudra, lui, suivre Jésus.

19

Les appels de Dieu sont divers: chacun doit chercher ce que Dieu attend de lui, sans se laisser emporter par un enthousiasme passager.
En Jésus, c'est Dieu -- le Seigneur -- qui agit par miséricorde. Jésus révèle ainsi la source et le but de son action bienfaisante.

20

Décapole signifie « dix villes ». C'était un territoire situé à la frontière du pays des Juifs et qui jouissait d'une certaine autonomie. Pour la première fois la renommée de Jésus s'étend chez les païens (lecteurs de Marc). Sur l'attitude de l'homme guéri, voir 1,45.

21-43

Dans ces deux miracles entrelacés, Jésus manifestera sa mission de sauveur (vv. 23.28.34). Dans sa pensée, le salut physique renverra au salut spirituel: « Ta foi t'a sauvée! » (v. 34). -- La collaboration exigée de l'homme qui veut le salut est l'acte de foi (vv. 34.36). Paul reprendra le même message (Ga 3,21-31; Rm 10,5-13): « Si tu crois...., tu seras sauvé » (Rm 10,9). Il précisera l'objet et les exigences de la foi déjà prérequise au salut selon l'Évangile.

22

Le chef de la synagogue était celui qui dirigeait les offices à la synagogue, qui voyait au bon ordre des assemblées et à l'entretien de l'édifice. C'était un des personnages les plus importants d'un village. Il semble qu'il conservait son titre même après avoir cédé le poste à un autre.

23-24

Jaïre, dont le nom signifie en hébreu « Dieu va éveiller » (1 Ch 20,5), semblait chercher Jésus (Mc 5,22b). Il veut que Jésus, en étendant les mains sur sa fille très malade, fasse passer en elle sa puissance de vie. Jésus guérit, en posant ce geste, toutes sortes d'infirmités (Mc 6,5; 7,32; 8,23.25); les croyants pourront en faire autant (16,18).

25

La maladie dont souffrait cette femme l'excluait du culte et même de la vie sociale normale. Voir Lv 15,19-30. On comprend qu'elle se soit approchée discrètement de Jésus par derrière lui (v. 27b).

27-28

Des gens croyaient à l'époque qu'il suffisait de toucher au guérisseur pour que sa puissance passe dans le malade. Certains étaient guéris quand on leur appliquait des linges qui avaient touché la peau de l'apôtre Paul (Ac 19,11-12). On espérait que Pierre guérirait les malades qu'il toucherait de son ombre (Ac 5,15).-- En Mc 5,34, c'est la foi de l'hémorroïsse qui la guérit (v. 29): il ne suffisait pas de serrer de près Jésus, comme le faisait la foule (vv. 24.31). Il faut voir les mésaventures des exorcistes juifs qui essayèrent d'imiter les apôtres guérisseurs, pour constater que l'Église primitive ne pratiquait pas la magie (Ac 19,13-20). Au-delà de gestes apparemment magiques que posaient certaines gens, Jésus et les apôtres allaient aux dispositions intérieures qui animaient les personnes. Voir 6,4-6.

30

Il y a bien des manières de « toucher » le Christ. Marc veut nous suggérer que seul celui qui s'approche de lui avec foi peut être sauvé par lui. Parmi les lecteurs de l'évangile, seul celui qui le lit avec foi et qui désire se laisser transformer le sera vraiment.

33

L'expression crainte et tremblement ne se retrouvera que chez Paul, où elle traduit les sentiments du croyant qui a conscience de rencontrer la grandeur divine (1 Co 2,3; 2 Co 7,15; Ep 6,5; Ph 2,12). Déjà se trouvait donc indiquée dans cette expression du v. 33 la foi que Jésus dévoilera chez la femme guérie (v. 34).-- La force qui était sortie de Jésus (v. 30) est décrite chez Luc (5,17) comme la force du Seigneur.

34

Le Christ n'est pas un faiseur de miracles aux pouvoirs presque magiques (voir 2,5): il veut établir une relation personnelle avec chacun de ceux qu'il sauve. Le récit met en évidence l'importance de l'attitude de foi chez celui qui vient au Christ.

35

On n'aurait jamais osé penser que la puissance de Jésus pouvait s'exercer même sur la mort! Marc amène le lecteur à se demander qui est ce Jésus qui commande même à la mort.

36

Sois sans crainte! Cette expression introduit souvent, dans l'Ancien Testament grec (la Septante), une venue de Dieu ou de l'un de ses anges (Gn 15,1; Jos 8,1; Dn 10,12.19; Tb 12,17). La puissance divine va se manifester. -- Crois seulement! Jésus opère des miracles là où il décèle la foi. Sans elle, le miracle ne pourrait prendre toute sa signification (Mc 2,5; 5,36; 7,29; 9,23; 10,52; surtout 6,5-6). Maintenant que la fille de Jaïre n'est plus seulement près de mourir (v. 23), mais qu'elle est morte (v. 35), il faut au chef de la synagogue une foi de qualité supérieure (v. 36).

37

Il n'est pas sans intérêt que les trois disciples qui accompagneront Jésus quand il sera accablé comme un pauvre homme lors de son agonie (14,33), l'aient vu ressusciter la fille de Jaïre. Leur propre foi pourra en être soutenue.

38

La fille de Jaïre était vraiment morte: des gens de la maison le disent (v. 35); les démonstrations bruyantes du deuil l'attestent (v. 38); les gens se moquent de Jésus qui parle plutôt de sommeil (vv. 39-40). Une vraie résurrection sera opérée.

39

Jésus vaincra la mort, au nom du Dieu des vivants (12,27). La mort corporelle apparaît alors, aux yeux du croyant, comme un sommeil au-delà duquel il vivra uni au Seigneur Jésus (1 Th 4,13-17; 5,9-10).

43

Il est évident qu'il était presque impossible de passer sous silence un tel geste de puissance. La discrétion alors demandée est l'un des signes auxquels nous reconnaissons que c'est bien plutôt Marc qui présente cette consigne avec insistance pour favoriser notre lente pénétration du mystère du Christ. La recommandation concernant la nourriture sert à démontrer la réalité de la résurrection.