1

Le regard sur la fin des temps (8,38) permet à Marc de rapporter une parole isolée où Jésus témoigne de sa conviction que le Règne de Dieu est proche. Marc place ici cette parole parce que, selon lui, la Transfiguration de Jésus en présentera, d'une certaine façon, la réalisation anticipée.

2

Transfiguré, exactement « métamorphosé », c'est-à-dire « changé de forme ». En reprenant les symboles classiques chez les Juifs pour parler d'une manifestation de la gloire de Dieu devant les hommes (montagne, vêtements blancs, crainte, nuée, voix venant du ciel), les premiers chrétiens ont donné à cette expérience des trois disciples privilégiés une portée plus vaste: Dieu lui-même proclame l'authenticité de la mission de Jésus (voir 1,11 note) et de la relation unique qui les unit. Située par la tradition dans le contexte de l'annonce des souffrances que rencontreront le Messie et ceux qui marchent à sa suite, la Transfiguration vient équilibrer la vision du mystère du Christ: la croix et l'échec conduiront vers la gloire au jour de la résurrection.

3

Le foulon pratiquait le métier de blanchisseur, de nettoyeur (pensons à l'Anse-aux-Foulons, à Québec).

5

Rabbi signifie « mon maître ». On donnait parfois ce titre aux scribes. Le mot désignera plus tard les responsables de la communauté Juive, les rabbins.

6

En voulant fixer, grâce aux tentes, la vision glorieuse (vv. 2-4), Pierre ne comprend pas plus que tantôt (8,33) le plan de Dieu.

7

Un nuage qui recouvre les disciples manifeste la présence de Dieu (Ex 16,10; 40,35; Nb 19,18.22; 10,34). Cette fois, ce ne seront plus les démons (Mc 1,24.34; 3,11; 5,7), ni les hommes (8,28-29; 15,39) qui découvriront le mystère personnel de Jésus; c'est Dieu lui-même qui le fera (voir 1,11). -- Jésus est présenté aux témoins de la scène comme le fils bien-aimé de Dieu (Ps 2,7; fils unique, voir Mt 17,5 note), comme le serviteur sur qui repose l'Esprit de Dieu et qui portera le salut à toutes les nations (Is 42,1; 49,6), enfin comme le messie-prophète qui sera un nouveau Moïse (Dt 18,15-18) et qu'il faudra écouter (Dt 18,19).

9

Seulement la gloire éclatante du Seigneur ressuscité permettra de comprendre l'instant glorieux de la Transfiguration.

10

Encore l'incompréhension des disciples, à propos d'un aspect essentiel du message de Jésus, cette fois (Mc 4,40; 6,52; 7,18; 8,17-21).

11-13

Le prophète Malachie avait dit de la part de Dieu: « Voici que je vais vous envoyer Élie, le prophète, avant que ne vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable » (3,23). Plusieurs des contemporains de Jésus voyaient en lui cet Élie qui devait venir (6,15; 8,28); mais pour Jésus et la communauté de ses disciples, la parole de Malachie s'était accomplie dans la personne de Jean-Baptiste (9,11-13).

12

L'annonce de la souffrance du Fils de l'homme précède (8,31) et suit immédiatement la Transfiguration de Jésus. La Passion demeure présente à l'horizon.

14-29

Ce miracle montrera Jésus comme vainqueur du démon. Jésus enseignera en public (vv. 14.25) qu'il vient lier l'homme fort (3,27) pour délivrer ceux que l'homme tenait en prison. -- Plusieurs éléments du récit soulignent la grandeur de ce triomphe sur l'esprit mauvais. Les disciples n'ont pu chasser l'esprit muet (9,18.28). De fait, il s'agissait d'un cas grave: depuis son enfance (v. 21), le garçon connaissait des crises semblables à celle que Marc décrit au v. 20. Or, une seule parole de Jésus suffira pour guérir l'enfant (« C'est moi qui te le commande... », v. 25b). Et cette parole sera efficace à jamais (« N'y rentre plus! » v. 25b). Une expression telle que celle-ci: « C'est moi qui te le commande », met Jésus dans un relief étonnant.

18

La description de la maladie montre qu'il s'agit probablement d'un épileptique. Rappelons qu'en ce temps-là on attribuait ce genre de maladie à l'influence d'esprits mauvais (1,23 note). L'impuissance des disciples à opérer la guérison demandée rappelle leur incapacité à comprendre le mystère de Jésus (6,52 note). Les échecs que les chrétiens rencontrent dans l'annonce de l'Évangile et leurs efforts infructueux de libération spirituelle les invitent à une conversion plus profonde où la prière joue un rôle capital (v. 29).

19

Ce mouvement d'impatience de Jésus (3,5 note) s'exprime dans des termes qui rappellent le Ps 95,10 à propos de l'Israël du désert: comme Moïse, à sa descente de la montagne, trouve le peuple infidèle, ainsi Jésus trouve le manque de foi chez ceux qui l'entourent.

22

Si tu peux! La foi apparaît dans ce récit comme une disposition prérequise à la guérison-salut. C'est le manque de foi (incrédulité, v. 19) qui explique l'échec des tentatives antérieures de guérison (v. 19). Jésus devra provoquer une croissance de la foi du père (vv. 22-23). Cette foi du père, et même la conscience qu'il a que la foi est déjà un don à demander à Jésus (v. 24), créeront la situation spirituelle où le miracle prendra toute sa signification. Voir 2,5 note; 5,34.36 notes.

23

Tout est possible à celui qui croit. La foi permet de participer de quelque façon à la puissance divine: Dieu agit dans le croyant.

26

Par deux fois se trouve exprimée la mort. -- Jésus vient de remporter en définitive une victoire sur la mort, en expulsant un esprit qui voulait faire périr l'enfant (v. 22). -- Le sens de toute la mission de Jésus est ainsi traduit: en effet, il vient tirer de la mort les hommes; l'appel à la conversion (1,15; 6,12) n'a pour but que d'épargner aux hommes cette mort éternelle que serait la séparation de Dieu. -- Il y a enfin sa propre résurrection que Jésus vient d'annoncer (8,31.34; 9,9.12-13) qui donne un sens particulier à l'évocation de la mort en 9,36; la guérison de l'enfant devient comme une garantie que Jésus pourra lui-même triompher de la mort.

28-29

On se rappellera le geste de Jésus levant le regard vers le ciel avant d'opérer certains miracles (Mc 6,41; 7,34; Jn 11,41). C'est le Père alors invoqué qui exauçait Jésus; aussi lui rend-il grâces (Jn 11,41-42).
     L'impuissance des disciples n'est pas chronique: ils sont appelés à participer à la puissance de Dieu dans sa lutte contre le mal, tout comme le Christ. La prière approfondit la conversion à Dieu; elle ouvre à l'intervention de sa puissance de salut. L'Église primitive le découvrira nettement (Ac 9,40; 28,8; Jc 5,15).

30-32

C'est dans ce climat de fragilité de la foi et d'incompréhension des disciples que Marc situe la deuxième annonce de la Passion, réservée aux disciples.

31

Jésus se préoccupe de préparer ses disciples à la Passion qui vient (le groupe se dirige déjà, à travers la Galilée, vers Jérusalem, v. 30; 10,1.32). Trois fois il annonce nettement l'événement (8,31; 9,31; 10,33-34). -- Un verbe employé à la voix passive (va être livré) laisse entendre que le drame sera voulu ou permis par Dieu, dont le Juif évite de prononcer le nom (Ex 3,14). -- Ce sont les hommes en général que représenteront les chefs religieux d'Israël nommés ailleurs comme les responsables de la Passion (8,31; 10,33). Ce sont en effet les péchés de tous les hommes qui conduiront Jésus à la mort (Rm 4,25; 8,32). -- Jésus insiste sur sa mort, « scandale pour les Juifs » (1 Co 1,23).

33-37

Ce récit montre jusqu'où peut aller l'incompréhension du message du Christ. Tant que nous cherchons à savoir qui est le plus grand et à devenir supérieurs aux autres, nous ne sommes pas entrés dans la voie ouverte par le Christ, qui s'est fait dépendant de tous et serviteur de tous. Il faut une certaine naïveté et beaucoup de confiance pour accueillir Dieu et les autres hommes sans résistance et sans recherche de soi. Voir Mc 10,44-45.

34

Les scribes recherchaient les premières places, à la synagogue comme dans les banquets (Mc 12,39). Les Douze en étaient encore là, alors que Jésus se dirigeait avec eux vers la Passion où il serait compté parmi les criminels (Lc 22,37; Is 53,12), abaissé jusqu'à la mort sur une croix (Ph 2,8).

35-37

Jésus présente le nouvel ordre de choses qui sera instauré dans le Royaume: Dieu est guidé par son amour miséricordieux (Rm 5,6-10), plutôt que par l'instinct de domination; le Christ, bien qu'il soit le Maître et le Seigneur, se plaît à laver les pieds de ses disciples (Jn 13,14); ils devront eux-mêmes imiter leur Maître (Ph 2,2-5; Jn 13,14b). Seul un tel renversement des esprits peut régler les tensions de ce monde (Rm 12,2). -- Qui accueille un enfant -- c'est-à-dire tous ces hommes sans richesse, sans pouvoir social et presque sans droit, dont l'enfant est le symbole -- accueille de fait Jésus et Dieu lui-même (Mt 25,34-46).

38-41

Autre manifestation d'incompréhension: l'intolérance. Personne n'a le monopole de la lutte contre le mal et de la préparation du Règne de Dieu. Un coeur d'enfant (10,15 note) s'émerveille devant tout bien, où qu'il soit et d'où qu'il vienne.

39

La réponse de Jésus est celle du bon sens: pourquoi celui qui dispose du pouvoir de Jésus parlerait-il contre lui? À moins d'être purement magiques, de tels exorcismes manifestent une certaine union de pensée avec Jésus.

40-41

L'étroitesse de vues qui se traduit dans la conscience de clan (v. 38b) est confondue par Jésus. La cause servie (Lc 19,10) et les dispositions intimes de chacun importent plus que les appartenances juridiquement établies. En Marc 9,40, « Jésus fait l'éloge d'un sentiment de communauté humaine susceptible de confondre parfois les chrétiens comme il le fait dans la parabole du bon Samaritain ou dans la description du jugement final » (R. Schnackenburg). Aussi le moindre geste de sympathie pour l'oeuvre de Jésus -- fût-ce le don d'un verre d'eau -- sera-t-il récompensé par Dieu.

42-50

Le scandale, c'est pour nous un événement qui suscite la réprobation et l'indignation (un scandale politique, par exemple), ou bien une action qui va à l'encontre des règles communes de la moralité (une vie scandaleuse, par exemple). Pour les Juifs et pour Jésus, le scandale est tout ce qui constitue un obstacle en face de quelqu'un; dans le domaine religieux, un scandale sera tout ce qui empêche d'être fidèle à Dieu. C'est en ce sens que la main, par exemple, peut être cause de scandale ou de chute (v. 43).

43

Coupe-la! Cette consigne faite dans le style imagé et exagéré des Orientaux sigle qu'il faut être prêt à tous les sacrifices et à tous les renoncements pour suivre Jésus.
     Plusieurs manuscrits portent ces mots-ci après les versets 43 et 45: « Où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas ». Il semble que ce soit une addition inspirée du v. 48, car la phrase est absente d'excellents manuscrits anciens. -- La géhenne, vallée du sud-ouest de Jérusalem, est devenue symbole d'un lieu maudit parce qu'on y jetait autrefois des cadavres (auxquels les « vers » font allusion) et qu'on y brûlait des ordures. On y exerçait des métiers -- telle la fonderie -- qui utilisaient le « feu » (auquel le texte fait d'ailleurs allusion).

49

Les spécialistes ne sont pas encore arrivés à donner une explication satisfaisante de ce verset énigmatique, dont le texte est d'ailleurs incertain dans les manuscrits anciens. Au v. 50, le sel représente les dispositions intérieures qui rendent possible la vie fraternelle en communauté. Voir 1 Th 5,12 ou Ph 2,1-4, où Paul montre que l'unité fraternelle dépend de dispositions qui n'ont rien à voir avec des discussions où l'on se préoccupe de savoir qui est le plus grand.