1-11

Chez Marc, Jésus ne vient qu'une fois à Jérusalem. Il y vient pour accomplir son destin. Depuis le début de l'évangile, le nom de Jérusalem est associé à des démarches hostiles à Jésus. Dans la dernière section de son évangile, Marc note très nettement que Jésus n'y passera même pas la nuit.

2

Jésus prend l'initiative d'organiser l'entrée royale, bien que l'entreprise ne soit pas sans risque en cette Jérusalem où le pouvoir politique est ombrageux (Mt 2,3.16-17).-- La grandeur exceptionnelle de Jésus apparaît déjà dans cette prescience qui lui permet de décrire les événements à venir (comme il le fit pour sa Passion, 8,31; 9,31; 10,33-34), ou de deviner les pensées des gens (2,8; 9,35). Il s'agit d'une prescience prophétique, en maintes occasions: c'est la connaissance de celui qui connaît les Écritures et les volontés secrètes du Père (14,21a). Voir 14,12-16. -- Le fait que personne n'est encore monté sur l'ânon souligne la fin religieuse à laquelle l'animal servira tantôt. C'est un animal qui n'a pas encore porté le joug qui tirait l'Arche de l'alliance (l S 6,7), ou qui était sacrifié lors du sacrifice de la vache rousse (Nb 19,2) et de la génisse (Dt 21,3). Un chariot neuf portait l'Arche de l'alliance (l S 6,7), et une écuelle neuve servait au prophète Élisée lorsqu'il assainit l'eau de Jéricho (2 R 2,20). C'est le roi messianique que l'ânon portera lors de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem.

3

Le Seigneur. Les gens (lui se tenaient près de l'ânon (v. 5) comprendront peut-être qu'on leur exprime le désir du propriétaire de l'animal. Le croyant qui lit le texte voit un Jésus qui affirme déjà sa seigneurie universelle (Ac 2,36; Rm 14,9; Ph 2,10-11).

8

Cette scène ressemble aux réceptions qu'on réservait aux souverains de ce temps-là. De fait, l'acclamation qui suit évoque le « Royaume de David ». Le lecteur chrétien, lui, acclame dans sa foi le Christ qui vient accomplir son oeuvre de salut (l'acclamation du v. 9 est empruntée au psaume 118,26, un psaume très utilisé chez les premiers chrétiens pour louer Dieu d'avoir ressuscité Jésus). Le mot Hosanna (v. 9) vient du même psaume (v. 25) et signifie « Sauve donc! » Il est ici employé comme une acclamation, une sorte de « Hourra! »

9

Voir Ps 118,25-26.

10

Le royaume qui vient, c'est le royaume messianique, comme celui qui vient est le messie attendu (Mt 3,11; 11,3; Jn 1,27). Pour le chrétien, l'attente juive du royaume messianique se réalise en Jésus, mais autrement que ne l'imaginaient les Juifs du temps.

11

Jésus prend possession du Temple. Il prépare son intervention du lendemain, où il chassera les vendeurs du Temple. -- Le récit se termine sans qu'aucune réaction des chefs en place ne soit exprimée. Toute l'attention du lecteur est orientée vers Jésus, roi messianique.

12-14

Comme ce n'était pas le temps des figues, il serait curieux que Jésus maudisse cet arbre parce qu'il ne portait pas de fruit à ce moment-là! Le sens du récit est donc à prendre sur le plan symbolique. -- La malédiction (v. 14) et le dessèchement (v. 20) du figuier encerclent la visite violente de Jésus au Temple (vv. 15-19). Le coeur du judaïsme a de belles apparences, avec son culte et toute sa piété extérieure: il a des feuilles (v. 13a). Mais il ne porte pas de fruits: il est devenu une caverne de voleurs (v. 17); grands prêtres et scribes tueront celui qui apportait le salut (Mc 8,31; 10,33).

14

La malédiction du figuier est un jugement de Dieu contre l'Israël infidèle qui, à commencer par ses chefs, s'enferme dans l'incroyance (v. 18); c'est la prophétie d'une catastrophe: la colère de Dieu va sévir contre ce Temple et ce peuple qui ne portent pas de fruits. D'ailleurs, l'Écriture avait plusieurs fois parlé d'Israël comme d'un figuier stérile et maudit par Dieu (Jr 8,13; Os 9,10; Jl 1,7).

15

Des vendeurs offraient des animaux destinés aux sacrifices, et des changeurs recevaient les monnaies étrangères, car seules les monnaies juives étaient acceptées pour payer l'impôt annuel au Temple (Ex 30,12-16).

16

16 Comme un livreur d'aujourd'hui entrerait par une porte de côté d'une église et sortirait par l'autre pour s'éviter de faire le tour de l'édifice, ainsi des citoyens de Jérusalem (porteurs d'eau ou autres) traversaient le parvis des païens (la partie la plus extérieure du Temple) pour aller d'une partie de la ville à l'autre. Jésus enseigne que même le parvis des païens est un endroit sacré qu'il faut respecter.

17

En reprenant des textes prophétiques (Is 56,7; Jr 7,11), Jésus dénonce la corruption des prêtres qui ont fait du Temple un lieu de commerce qui a bien peu à voir avec le service de Dieu.

La signification du geste sans doute historique que pose Jésus est profonde. Il ne s'agit pas que de corriger des abus. Jésus fustige un Israël qui tente de dissimuler derrière le culte du Temple une vie indigne du Dieu qu'il honore: tel est le sens de Jr 7,1-15. C'est à toutes les nations (expression que Marc est seul à retenir d'Is 56,7; voir Mt 21,13; Lc 19,46) que sera confiée la maison de Dieu, comme l'enseignera bientôt la parabole des vignerons meurtriers (Mc 12,9; Mt 21,43).

20-25

Marc a réuni dans ces versets des éléments qu'on retrouve à divers endroits dans la tradition évangélique. Il ne l'a pas fait sans raison. -- Son enseignement sur la foi et la prière est à voir comme l'envers de la situation qui a provoqué le nettoyage du Temple (11, 15-19) et comme le type d'existence religieuse qui sera proposé à toutes les nations qui prendront la relève d'un Israël infidèle, plus désireux de travailler pour soi (voir la caverne de voleurs, v. 17) que de vivre d'une authentique foi en Dieu (v. 22).

22-24

Ayez foi en Dieu! Tel est le régime de vie que Jésus propose aux siens. L'ensemble du Nouveau Testament -- Paul, en particulier -- définira les traits et les exigences de la vie de foi. Ce sera l'attitude de celui qui s'appuie sur Dieu, qui accueille en soi l'initiative divine, qui se laisse conduire par le Dieu auquel il s'abandonne en toute confiance comme sait le faire naturellement un enfant (Mt 11,25-27; Gn 12,1-3; Rm 4,18-22).-- La vision du figuier desséché jusqu'aux racines laisse voir la puissance illimitée (v. 23) de Dieu. La prière du croyant fait appel à cette puissance (v. 24).

25

Comment pourrions-nous honnêtement demander à Dieu le pardon de nos fautes, si nous ne pardonnons pas à nos frères (Mt 6,12.14-15; 18,23-35)? Il convient que nous vivions ainsi d'un amour supérieur à celui que pratiquent les païens (Mt 5,43-48). La réconciliation fraternelle met le croyant dans la situation où il peut présenter à l'autel son offrande (Mt 5,23-24).-- D'excellents et nombreux manuscrits ne portent pas un v. 26 qui répète ici le texte de Mt 6,15.

27

Voici réunis ceux que Jésus a désignés trois fois comme ceux à qui on le livrerait. L'affrontement est proche. Une série d'âpres discussions occupera tout le chapitre 12.

Jésus force ici ses adversaires à se démasquer eux-mêmes. Ils ne cherchent pas à découvrir la vérité, mais à garder leur emprise sur le peuple. Leurs intérêts personnels les préoccupent, non les intérêts de Dieu ou de la vérité! - Ces chefs religieux qui n'ont pas compris le témoignage des miracles et des exorcismes accomplis par Jésus (Jn 9,29-33) n'auraient pas changé leurs vues si Jésus avait répondu à leur question du v. 28.

30

Du ciel, c'est-à-dire « de Dieu ». On employait volontiers différentes expressions pour éviter de dire « Dieu ».

31-32

Tout est tactique et opportunisme dans l'attitude des gens du sanhédrin. Ils veulent confirmer leurs vues sur Jésus, plutôt que découvrir sa vraie personnalité. -- Mc 8,28; 6,14-15.

33

C'est depuis 2,22.27 que Marc pose à son lecteur la question touchant l'autorité de Jésus. Depuis le début de l'évangile surgit cette question: Jésus vient-il de Dieu? Ici, la question reste encore ouverte: ce n'est pas du judaïsme que vient la réponse. Tout comme les adversaires de Jésus, les chefs de tout ordre seront tentés de se taire ou de dire n'importe quoi plutôt que de perdre la face. Une telle attitude conduit à l'endurcissement dans le refus de reconnaître la vérité.