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Après
avoir situé son lecteur et
présenté les acteurs, Matthieu
commence à montrer comment le Christ fut un
nouveau Moïse dans son enseignement (5-7) et
ses actions (8-9) (voir 4,23). Le premier discours
de l'évangile est composé à
partir de paroles que Jésus prononça
dans des contextes variés. Le Christ propose
à la communauté une nouvelle Loi;
c'est un Maître qui commence à
instruire ceux qui le suivent. On a dit que ce
discours était une sorte de
catéchisme à l'intention des
chrétiens auxquels Matthieu s'adresse en
répondant à la question : que doit
être et que doit faire le disciple
parfait?
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3-12
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Jésus
réévalue la situation
présente de certains malheureux. Il
revalorise aussi des vertus d'allure
plutôt passive. Il rend ainsi
l'espérance et la dignité à
bien des « petits ». Le Royaume
leur appartient. Le chrétien idéal
ici décrit n'a rien d'un sectaire
agressif, âpre à la vengeance, d'abord
soucieux d'éliminer les
inégalités sociales. Toutefois,
même s'il est doux et
miséricordieux, on aurait tort de lui
refuser tout dynamisme. Un haut idéal
spirituel le passionne : « il a faim
et soif de la justice » qui consiste
à mener une vie parfaitement conforme ou
mieux, conformée (Ph 3,12) à
la pure volonté de Dieu (Mt 3,15; 5,20;
6,1.33; 21,32; 23,28). Le chrétien que
décrivent les béatitudes de
Matthieu a pris au sérieux
« l'urgence d'une recherche vraie de la
perfection évangélique : 'Vous serez
parfaits comme votre Père céleste est
parfait'(Mt 5,48) » (J. Dupont).
Répandre la paix. C'est pratiquer la
miséricorde (v. 7) ou, dans un sens
plus large, la charité fraternelle, que de
réconcilier des hommes divisés par la
haine.
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5
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La terre :
expression empruntée au psaume 37,11. La
terre promise est une représentation du
Royaume des cieux. Voir He 4,1.8.16.
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6
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La justice
: Voir v. 20 note.
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11
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Ce n'est pas
n'importe quel état pénible qui est
béatifié, mais la persécution
rencontrée dans une vie fidèle
à Jésus-Christ (v. 20 : à
cause de la justice), alors qu'on a une conduite
irréprochable (« on
mentira »). Les chrétiens peuvent
en effet être parfois
persécutés pour des motifs qui n'ont
rien à voir avec leur foi. Matthieu songe
probablement ici à ses contemporains
persécutés par le judaîsme
officiel.
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12
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Les
chrétiens devront témoigner de leur
foi. Ils interviendront pour proclamer les vues de
Dieu. Ils hériteront tous, de quelque
façon, de la mission des prophètes
de l'Ancienne Alliance. Ils seront
persécutés comme eux; aussi
recevront-ils la récompense des
prophètes (10,41; 23,34).
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13-16
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Il ne faut
pas que les chrétiens se laissent abattre
par la persécution, car c'est eux qui sont
le sel et la lumière de l'humanité.
L'image du sel veut probablement dire que de tels
hommes qui font la volonté de Dieu
conservent l'humanité ou la rendent
savoureuse pour Dieu. L'image de la lumière
rappelle aux chrétiens leur
responsabilité d'indiquer aux autres hommes
la voie révélée par Dieu en
Jésus-Christ.
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14
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Dieu est
lumière (Ps 18,29; Mi 7,8; Is 60,1-3).
Israël se regardait comme la lumière du
monde, parce qu'il avait reçu la Loi (Rm
2,19). Jésus dira à ses disciples :
« C'est vous » plutôt que
tous ces prétendus maîtres qui
régentent Israël « qui
êtes la lumière du monde »
(Jn 12,36; 1 Th 5,5; Ep 5,8).
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16
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La consigne
de Jésus ne contredit pas celle qu'il
donnera bientôt : « Faites
l'aumône, priez et jeönez en secret
(Mt 6,1-6.16-18). En Mt 5,16, Jésus
désire que ses disciples fassent voir
leurs bonnes uvres pour que les hommes
en glorifient Dieu. Jésus s'en prend
plutôt à ceux qui étalent leur
vertu pour être eux-mêmes
glorifiés par les
hommes.
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17-20
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Écho
des discussions dans l'Église sur la valeur
de la Loi, écho aussi des accusations
lancées par les Juifs contre les
chrétiens, ces versets nous livrent la
conviction de Matthieu, pour qui le chrétien
est le Juif parfait essayant de respecter tous les
rapports que la Loi avait établis entre les
hommes et Dieu.
Les termes Loi et Prophètes
(v. 17) désignent l'ensemble de l'Ancien
Testament. Jésus manifeste un grand respect
pour ces écrits qui expriment la
volonté de Dieu
révélée par ses
envoyés. Aucune volonté de
Dieu, si peu importante semble-t-elle (le i est la
plus petite lettre de l'alphabet hébreu, v.
18), ne doit être laissée de
côté. Mais la Loi de l'Ancien
Testament est incomplète : Jésus
vient la compléter (v. 17),
c'est-à-dire la mener à sa
perfection. Les traditions juives avaient beaucoup
ajouté à la Loi venue de Moîse;
surtout, de nombreux maîtres spirituels
avaient faussé le sens de la vie selon la
Loi. Jésus rectifiera leur
enseignement.
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20
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Par
justice, il faut comprendre « ce
qui rend agréable à Dieu ».
Dans la section qui commence, Matthieu
présente un enseignement sous forme de
contrastes pour proposer une conception de la vie
religieuse qui, loin de détruire la Loi (v.
17), la surpasse. Il réconforte ainsi sa
communauté persécutée par les
scribes et les pharisiens (voir 3,7). La
supériorité de l'enseignement du
Christ vient de ce qu'il invite le disciple
à imiter Dieu (5,48) et qu'il met
l'accent sur ce qui est intérieur à
l'homme, les intentions de son cur. Il ne
s'agit plus de chercher quel est le minimum des
exigences à accepter pour être
agréable à Dieu.
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21
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Voir Ex
20,13; Dt 5,17. Matthieu commence à
présenter six cas où la prescription
de la Loi (« Il a été dit
aux anciens... ») est opposée
à la pensée de Jésus
(« Mais moi je vous dis... »,
v. 22). Le lecteur verra comment Jésus
entend accomplir la Loi (5,17).
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22
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Le manque
d'amour entraîne le même jugement que
le meurtre. On pense à la parole de Jean :
« Qui hait son frère est un
meurtrier » (1 Jn 3,15). Dieu ne refuse
pas seulement telle forme de mal
particulièrement grave, mais toute forme de
mal. Matthieu a disposé ici une gradation
dans la sentence : le tribunal désigne le
tribunal local, le sanhédrin (voir Mc 8,31)
représente une « Cour
suprême », dirions-nous. Quant
à la géhenne de feu, elle
désigne, dans la tradition juive, le lieu
où se retrouvent ceux qui subissent le
chítiment de Dieu lui-même. Cette
image est prise à une réalité
géographique : la géhenne est une
vallée de Jérusalem-Ouest. Dans
l'antiquité, il s'y pratiquait un culte
où l'on brölait des enfants pour les
immoler au dieu Moloch. Au temps de Jésus,
cette vallée servait de dépotoir; un
feu y couvait en permanence.
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24
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Cette
consigne illustre déjà la
validité permanente de la parole
d'Osée que Matthieu citera explicitement
(9,13 note; 12,7) : « C'est la
miséricorde que je veux, non les
sacrifices. »
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25-26
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Jésus
reprend la pensée qu'il vient d'exprimer, en
insistant, cette fois, sur l'urgence de la
réconciliation. Jean-Baptiste avait
enseigné la venue prochaine du jugement
(3,2.10). De fait, la mort peut à tout
instant soumettre un individu au jugement de Dieu.
D'où l'urgence (« Mets-toi vite
d'accord... », v. 25) de se
réconcilier avec son adversaire.
La
charité ne doit pas se pratiquer seulement
entre frères (v. 22); c'est avec tout
adversaire, sans aucune restriction, qu'il
faut se réconcilier (v. 25). Les vv. 25-26
laissent deviner avec quelle rigueur sera
jugé celui qui aura manqué à
la charité fraternelle.
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27
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Voir Ex
20,14; Dt 5,18. Jésus rappelle un autre des
« dix commandements de Dieu »
que Moîse avait enseignés à
Israël comme fondement de la Loi. Jésus
va plus loin que Moîse : c'est non seulement
le fait d'avoir des rapports sexuels avec
l'épouse d'un autre homme qui constitue un
adultère, mais aussi le désir
délibéré, la
volonté d'avoir de tels rapports avec
l'épouse d'un autre homme. Ce sont les
dispositions intérieures de l'homme
qui sont prises en considération.
Jésus va à la source de
l'adultère.
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29-30
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Il faut
prendre tous les moyens pour éviter une
faute telle que l'adultère. Jésus
présente des cas limites, qui
illustrent combien la chose est sérieuse. Il
serait peu sage, d'ailleurs, de risquer le bonheur
de tout son corps en satisfaisant un
membre de ce corps : ce sont tous les membres
qui seraient en définitive
perdus.
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31-32
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Voir Dt 24,1.
L'originalité de l'interprétation de
Jésus, c'est de rappeler la volonté
première et profonde de Dieu touchant le
mariage : il est indissoluble. « Que
l'homme ne sépare pas ce que Dieu a
uni! » dira Matthieu (19,6). La
prescription juridique de la « lettre de
séparation » ne change rien
à la volonté de Dieu : l'homme qui
renvoie sa femme ne rompt pas le lien conjugal; le
conjoint qui se remarierait dans de telles
circonstances commettrait l'adultère.
Laissant une prescription de Moîse
reliée à des circonstances
particulières (19,8), Jésus revient
à la volonté de Dieu. Au sujet de
l'incise « sauf dans le cas de
fornication », voir Mt 19,1-9.
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33-37
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L'Ancien
Testament demandait souvent au Juif d'honorer ses
serments (Ex 20,7; Lv 19,12; Nb 30,3). Il se
développa dans le judaîsme toute une
casuistique au sujet des serments (Mt 23,16-22) :
quelles formules sont permises? quelles formules
lient vraiment l'homme? quels sacrifices
expiatoires peuvent réparer la faute du Juif
qui n'a pas respecté son serment? Pour ne
pas offenser Dieu en jurant par son nom, on jurait
en prononçant des formules où ne
figurait pas le nom de Dieu. Jésus
réagit contre cette casuistique complexe :
« Je vous dis de ne pas jurer du
tout » (v. 34). L'Ancien Testament avait
déjà critiqué l'abus du
serment (Am 8,14; Os 4,15; Si 23,9-11).
Jésus est clair et radical : vous jurez par
Dieu, en définitive, quand vous le faites
par le ciel (Is 66,1), ou par
Jérusalem (Ps 48,2), ou par votre
tête, qui appartient à Dieu, elle
aussi. Surtout, Jésus libère de tout
le juridisme juif qui entourait les
serments, pour renvoyer les hommes à leur
honnêteté, à leur
sincérité, à la confiance dans
le prochain (v. 37). C'est au cur de
l'homme que s'adresse Jésus; il fait
appel à la droiture tout simplement. C'est
le Mauvais qui inspire le mensonge, la
méfiance, la malhonnêteté qui
ont donné naissance à la pratique
alors abusive du serment.
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38
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Voir Ex
21,24; Lv 24,20; Dt 19,21. Le précepte se
lit dans le codex d'Hammurabi. Tout le monde
gréco-romain le mettait en
pratique.
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39
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Il faut
comprendre cette consigne de non-résistance
dans son contexte. Il ne faut pas répondre
au mal par un autre mal, fût-il
proportionné, comme l'autorisait la Loi.
Jésus ne discute pas du comportement du
méchant; il ne s'attache pas non plus
à distinguer entre diverses
situations. Il donne simplement une consigne
rigoureuse: son disciple ne doit pas se venger. Le
Seigneur des morts et des vivants (Rm 14,9)
rétablira le droit.
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40
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La Loi interdisait qu'on prît le manteau
en gage, car il était
considéré comme un vêtement
essentiel. On est ici invité, encore une
fois, à aller au-delà de la Loi en
renonçant même à l'essentiel.
Voir Lc 6,29.
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43-44
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L'Ancien Testament n'a jamais demandé de
haïr son ennemi. Mais
l'interprétation populaire de
l'Écriture en était venue là.
Son prochain, c'est son frère
(v. 47); l'ennemi, c'est l'homme qui ne fait
pas partie de la communauté messianique
d'Israël, croyait-on. Voir Lv 19,18; Lc
6,27)
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45
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Cette parole introduit l'idée dominante
du chapitre 6: il faut prendre le comportement de
Dieu comme modèle à imiter,
plutôt que de s'en tenir aux exemples
d'autres hommes (v. 48).
Il y a un choix
à faire. On peut se comporter comme un
païen (v. 47), à la
manière des collecteurs
d'impôts guidés par le seul
intérêt personnel (v. 46; voir Mc
2,15), ou bien comme un fils de Dieu (v.
45). L'appartenance des fils d'Israël au
Dieu saint établissait
déjà Israël dans un certain
état de sainteté personnel (Lv 19,2;
voir Dt 18,13). Jésus précise qu'il
faut devenir fils de Dieu en imitant
Dieu le Père (vv. 45.48). Des rapports
d'amour plus nets que jamais uniront les
disciples de Jésus à leur
Père, ainsi qu'à leur
prochain, qui englobe maintenant tout homme,
même les ennemis (vv. 46.47). Un fils imite
son Père.
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