1

L'autorité du Christ (7,29 note) ne se manifeste pas seulement dans ses enseignements; elle apparaît aussi dans ses actions. Les deux prochains chapitres de Matthieu rapporteront des gestes que le Christ a accomplis par la puissance de sa parole (8,8.16). Ils vont interpeller notre foi, en accumulant les titres que les premiers chrétiens donnaient au Christ : Seigneur (8,2.6.21.25; 9,28), Maître (8,19), Fils de l'homme (8,20 9,6), Fils de David (9,27), Fils de Dieu (8,29).

2

La lèpre était considérée comme une maladie particulièrement liée au péché. À cause de son caractère censé contagieux, le malade était exclu de la vie de la communauté et, par le fait même, de la participation à la vie religieuse; aussi était-il considéré comme impur, c'est-à-dire impropre au culte. Dire d'un lépreux qu'il est purifié (v. 3), c'est dire qu'il est de nouveau apte à vivre avec la communauté, plus que décrire ce qui advient à sa peau.

3

En touchant cet homme, Jésus contracte légalement une impureté Mais en se rendant impur, il purifie (voir la note précédente). Il illustre concrètement ce qu'il a affirmé dans le discours qui précède, à savoir que l'amour et la miséricorde sont plus importants que les rites et les sacrifices (voir 9,13 note; 12,7). Il abolit ainsi les catégories de pur et d'impur (15,18-20); ou mieux, il leur donne une autre signification.

4

Voir Mc 1,44.

5

Un centurion est un officier militaire qui commande à cent hommes.

8

Peut-être le centurion savait-il qu'un Juif encourait une impureté cultuelle quand il pénétrait chez un païen. Chose certaine, il reconnaît à Jésus une telle puissance sur la maladie qu'une seule parole suffirait de sa part pour guérir le serviteur. La parole de Jésus est porteuse de sa puissance personnelle (voir Is 55,10-11; 1 Th 1,5; 2,13).

9

Le centurion présente un argument a fortiori pour inviter Jésus à prononcer une parole de guérison : moi qui ne suis qu'un homme, j'ai une parole efficace, à laquelle mes subalternes obéissent; à plus forte raison ta parole est-elle puissante : elle peut sûrement guérir, même à distance.

10

Jésus exprime son admiration d'une manière polémique, dirions-nous : la foi du centurion lui rappelle l'incrédulité des Juifs. Cette opposition est la pointe du récit. On pensera à la Cananéenne qui professe sa grande foi (15,21-28).

11

Sur l'image du festin, voir Lc 14,15.

12

Les héritiers du Royaume sont les Juifs, peuple qui possède la promesse. Instruit par cinquante ans d'histoire de l'Église, Matthieu rappelle constamment le refus des Juifs de reconnaître en Jésus celui que Dieu envoyait, et il insiste aussi sur la gríce qui est faite aux non-Juifs (voir 2,2). Les héritiers sont jetés dans l'obscurité, dehors, c'est-à-dire exclus de la fête. Pleurs et grincements de dents sont deux expressions très fréquentes dans la Bible pour décrire la colère et le dépit qu'éprouvent les méchants, jaloux du bonheur des justes.

13

Cette parole de Jésus sera reprise en deux autres circonstances (9,29; 19,28). Jésus enseigne à ses disciples que seuls les croyants, tels le centurion et la Cananéenne, pourront se mettre à table avec Abraham dans le Royaume des cieux (8,11). En Mt 8,13, Jésus disparaît, dirait-on, derrière la foi qui produit le miracle.

14-15

Le récit est stylisé, bien simplifié par rapport aux parallèles. Il est tout centré sur la personne de Jésus. C'est lui seul qui prend l'initiative d'opérer la guérison, qui est parfaite et instantanée, au point que la miraculée sert aussitôt Jésus à table. La présence des disciples n'est même pas mentionnée. La puissance de Jésus y apparaît très grande : il suffit à Jésus de toucher la main de la malade, sans même prononcer un mot, pour que la guérison se produise.

16

Matthieu souligne l'autorité de la parole de Jésus. Au moment où il écrit, les chrétiens ne peuvent ni voir Jésus ni être touchés par lui. Mais ils ont toujours sa parole vivante et puissante.

17

En reprenant cette parole d'Isaîe (53,4), Matthieu identifie le Christ avec la figure mystérieuse du Serviteur qui porte sur lui le péché des hommes. Il s'agit ici des infirmités et des maladies, qui sont des représentations concrètes du mal qui nous emprisonne. Matthieu nous invite ainsi à reconnaître en Jésus-Christ celui qui sauve du péché (1,21).

18

Chez Matthieu, Jésus donne assez souvent des ordres. Ce fait nous aide à nous le représenter comme le maître souverain de son Église. Certains ont de la difficulté à le suivre, comme en font foi les situations aussitôt mentionnées.

20

Fils de l'homme est une expression qui, au temps de Jésus, désignait un personnage mystérieux que Dieu enverrait dans le monde pour révéler son plan de salut et pour sauver les justes. Les évangélistes placent toujours ce titre dans la bouche de Jésus : c'est par lui, disent-ils, que Dieu a fait connaître sa volonté et réalisé son salut. Jésus indique au scribe qu'il devra pratiquer le détachement total. Aucun texte du Nouveau Testament ne laisse entendre clairement que Jésus posséda une maison qui lui fût propre.

21

L'ensevelissement de ses parents était en Israël un devoir sacré qui déliait de toutes les obligations imposées par la Loi.

22

C'est un disciple qui s'est adressé à Jésus (v. 21). On doit toujours constater que certains disciples commencent à suivre le Christ, mais qu'ils hésitent à poursuivre jusqu'au bout. Ce sont des hommes de peu de foi (v. 26); ils gardent des préoccupations qu'ils avaient autrefois, au temps où ils étaient « morts », c'est-à-dire avant qu'ils n'entrent dans la vraie vie par la foi et le baptême. Il est urgent de se consacrer aux intérêts du Royaume où se trouve la vraie vie (7,14). Jésus tient par ailleurs au respect des parents (19,19).

23

Après avoir raconté trois miracles de Jésus, Matthieu présente les disciples. Ils seront invités à suivre Jésus et à persévérer dans la foi malgré les difficultés, parce que la résurrection du Christ est une victoire sur le mal et la mort. Pour la victoire sur la mer, voir Mc 4,39.

24

Le « séisme » (rendu ici par grande tempête) est un terme qui accompagne, dans la littérature juive, les événements décisifs de l'histoire. Par ce récit, Matthieu dit à ses contemporains que leurs difficultés sont normales pour l'Église qui marche vers la fin des temps. Ils doivent garder la foi, dans une prière non pas inquiète, mais confiante. Au v. 25, le cri « Seigneur, au secours! » traduit le mot hébreu « Hosanna! »

26-27

Matthieu laisse voir la majesté du Seigneur Jésus (v. 25). Celui qui vient d'interpréter avec autorité la Loi (ch. 5-7) et de dominer la maladie (8,1-22) apparaît maintenant comme le maître de la nature déchaînée. Il prend le temps de parler aux disciples avant de se lever et de menacer les éléments en furie. Matthieu se plaît à souligner le peu de foi des disciples. L'adjectif qui est ici employé ne vient qu'en Matthieu (6,30; 8,26; 14,31; 16,8) et une seule fois en Luc (12,28), dans tout le Nouveau Testament.

28-34

À la différence de Marc et de Luc, Matthieu rapporte ce récit d'une manière très brève. Il s'y intéresse moins au sort des personnes guéries qu'à l'affrontement entre Jésus et les démons. Après avoir remporté la victoire sur la mer, où résident des forces mauvaises, Jésus triomphe de ces forces mauvaises elles-mêmes, car elles meurent (v. 32). L'allusion à la victoire que le Ressuscité a remportée sur le péché et la mort est suffisamment claire. Les disciples n'ont rien à craindre, le Victorieux est toujours parmi eux avec sa puissance (28,18.20).

29

Es-tu venu ici, c'est-à-dire en territoire paîens Avant le temps c'est-à-dire avant le jugement final. Par sa résurrection, le Christ a fait reculer les frontières du mal et de la mort; partout et dans tous les temps, les hommes peuvent communier dès maintenant à cette victoire. Les chrétiens doivent en témoigner en luttant eux-mêmes contre toute forme de mal et de mort.

32-33

Matthieu distingue bien les démoniaques (vv. 28.33) et les démons (v. 31). L'attitude de ceux-ci est significatives : ils s'étonnent que déjà soit venue leur fin, plutôt qu'ils ne tentent de résister à Jésus (v. 29); ils semblent démunis, à la manière de personnes qui tentent de tirer le meilleur parti d'une mauvaise situation : plutôt que d'être anéantis, mieux vaut aller habiter chez les porcs, se disent sans doute les démons (ils sont assurés de ne rencontrer aucune résistance chez ces animaux impurs!). Même les porcs, cependant, rejettent en quelque sorte les démons en s'élançant dans la mer. La mort des démons (v. 32) importe plus que le sort des démoniaques, dans le récit de Matthieu.

34

Pour les païens de la région, spécialement pour les propriétaires du troupeau de porcs, l'événement avait de quoi inquiéter : ce Juif appelé Jésus serait-il un démoniaque plus puissant que les autres (voir 12,24)? fera-t-il périr d'autres troupeaux? Il n'y aura plus d'essai missionnaire en terre paîenne, de la part de Jésus, chez Matthieu. Bientôt viendra plutôt la consigne : « Ne prenez pas le chemin des païens » (10,5).