1-15

Les disciples sont ceux qui ont reconnu que l'autorité de Jésus vient de Dieu, et qui ont accepté le renouvellement de la foi juive qu'il opère. A ces disciples prêts à tout (8,18-22) pour suivre Jésus, celui-ci communique son autorité. Le v. 2 les nomme apôtres, c'est-à-dire envoyés. Mais avant d'être envoyé, il faut être disciple, c'est-à-dire attaché à Jésus. Matthieu montrera dans ce chapitre que l'apôtre doit partager la mission de Jésus jusque dans ses conséquences les plus pénibles. A travers les consignes de ce chapitre, c'est à la mission de toute l'Église que pense Matthieu, et non seulement à celle des douze premiers envoyés.

2

Dans les Actes des Apôtres, les Douze seront des disciples de Jésus, qui, après l'avoir accompagné durant toute sa vie, seront les témoins officiels de sa résurrection (Ac 1,21-22).

4

Zélote est un terme qui désigne des partisans nationalistes favorables à la libération d'Israël par la lutte armée.

5

Ne prenez pas le chemin des païens. Cette restriction a pu s'appliquer du vivant de Jésus. Mais les premiers chrétiens ont compris que la Bonne Nouvelle s'adressait au monde entier (voir 28,19). Cette parole est quand même rapportée ici parce qu'elle rappelle que « les héritiers du Royaume » (8,11) ont bien reçu les premiers la prédication chrétienne, et que c'est leur refus qui entraîna l'ouverture de l'Église aux non-Juifs (voir 21,31.41-43; 22,3-10).

7

C'était le message central de la prédication de Jésus (4,17 note). De la même façon, le v. 8 décrit les actions que Matthieu a rapportées aux chapitres 8-9. C'est une manière de dire que la mission des envoyés est identique à celle de Jésus lui-même.

8

En même temps que la mission de proclamer que le Royaume de Dieu est proche (v. 7), les Douze reçoivent le pouvoir de produire les signes physiques du renouvellement spirituel que le Royaume apportera. Voir 11,5. La vocation apostolique, de même que la connaissance de l'Évangile et le pouvoir de guérir, furent de purs dons que reçurent gratuitement les Douze. Voir 1,77; 8,10; 9,1; 12,32.

9

Le dépouillement de l'apôtre témoigne de sa confiance en la Providence. L'apôtre doit avoir une extrême liberté d'esprit pour se consacrer à la prédication de l'Évangile, une disponibilité totale. Voir 1 Co 7,32-34. Son détachement enseigne déjà que « la figure de ce monde passe » (1 Co 7,31). Voir Mc 6,8.

13

Comme la bénédiction ou la malédiction, la salutation est conçue comme une parole efficace pour ceux qui la méritent. Le salut des Juifs était : « La paix (soit avec vous) ».

14

On secoue la poussière de ses pieds parce qu'on ne veut rien avoir en commun avec les gens de cet endroit, sans doute pour ne pas être solidaire de la condamnation qui suivra leur refus. Sur ce jugement, voir 11, 20.

15

La destruction de Sodome et de Gomorrhe était demeurée dans l'Ancien Testament comme le symbole du déchaînement terrible de la colère de Yahvé (Gn 13,10; 19,24-28; Is 13,19; Jr 49,18; 50,40). On voit à cette comparaison du v. 15 combien il sera grave de ne pas recevoir les porteurs de l'Évangile (1 Th 2,15-16).

16-25

À compter du v. 16, le ton change. Il sera question de l atmosphère hostile dans laquelle s'exerce la mission chrétienne. Ces versets rappellent la persécution que les Juifs infligèrent surtout aux missionnaires chrétiens durant les décennies qui ont suivi la Résurrection [voir aux vv. 17-18 les expressions « aux tribunaux (littéralement : aux sanhédrins)..., leurs synagogues », ou la distinction Juifs-paîens]. La description de la persécution reproduit exactement l'ordre selon lequel les mauvais traitements en question furent infligés à Jésus lors de sa Passion. Ainsi, cet ensemble de paroles laisse entendre que l'envoyé, qui participe à la mission et au pouvoir de Jésus, participe aussi à son destin tragique, y compris sa mort (v. 39).

19

Ne vous inquiétez pas. Même verbe et même idée qu'en 6,25-34. Dans la persécution, il faut se soucier de témoigner plutôt que d'assurer sa défense personnelle. Dieu s'occupera de défendre son témoin.

20

L'Esprit rappellera et fera comprendre les paroles de Jésus, en même temps qu'il donnera le courage de témoigner (Mc 13,11-12; Lc 12,11-12; Jn 14,26; 15,26-27; 16,7-8). La chose se produira chez Pierre et Paul, par exemple (Ac 4,8; 13,9).

22

Tenir signifie souffrir avec patience (Mc 13,13; Rm 12,12). La fin qui est en vue désigne la mort, probablement celle du martyre (24,13; Mc 13,13). Le salut promis n'est pas la délivrance de la persécution, mais le salut eschatologique tout court.

23

La première mission des disciples sera d'évangéliser, non de souffrir. De fait, très tôt ils seront « dispersés dans les contrées de la Judée et de la Samarie » (Ac 8,1); ce qui leur permettra d' « aller de lieu en lieu, annonçant la bonne nouvelle de la Parole » (Ac 8,4). Ici, la venue ou le Jugement du Fils de l'homme (Mt 16,28; 24,29-31.45; 26,64) fait probablement allusion à la guerre juive des années 66-70.

24

L'imitation du maître est la première loi du disciple. Or, Jésus alla par la souffrance vers sa résurrection. Ainsi en sera-t-il du disciple du Christ, qui est d'ailleurs « baptisé dans la mort du Christ » (Rm 6,34; voir 1 Th 1,6 : en pleine détresse).

25

Béelzéboul : voir Mc 3,22 note.

26-33

L'accent est mis sur le verbe craindre, employé quatre fois en cinq versets. Matthieu pense aux (missionnaires) chrétiens que la crainte de la persécution et de la mort violente pourrait faire hésiter au moment de témoigner. La crainte ne doit pas leur faire taire un message qui n'est pas destiné à un petit groupe d'initiés, mais à tout le monde (v. 27).

     Ne pas craindre pourrait signifier « être assuré que l'opposant ne nous fera pas de mal », ou encore "avoir la conviction d'être plus fort que lui ». L'expression signifie plutôt, à la lumière des vv. 26-28, « être assez résolu pour poursuivre sa mission, qui est de dire au grand jour l'Évangile, en dépit des persécutions ». En fait, tout est à craindre, y compris la mort. Ou mieux, un seul est à craindre, le Dieu qui peut faire périr l'homme à jamais (vv. 28b.33).

29-31

L'évocation du sort des moineaux vise à fonder le courage du disciple sur la confiance en la Providence et l'amour du Père Pas plus que la mort d'un moineau ou la chute d'un cheveu, les persécutions subies par le disciple, ainsi que sa mort, ne peuvent échapper au Père qui est dans les cieux (v. 29b). L'aventure apostolique, si pénible soit-elle, ne peut que tourner au bien de celui que le Père aime bien plus que les moineaux (v. 31). Voir Rm 8,28.

32

Se déclarer pour moi s'oppose à renier (v. 33). Il s'agit de rester solidaire du Christ, malgré toutes les conséquences que cela peut entraîner. Voir, en guise d'illustration, l'épisode du reniement de Pierre (26,30-35.69-75). En Mt 25,31-46, on voit Jésus, comme Fils de l'homme, sauver ou condamner lui-même les hommes. Plusieurs textes parlent de Jésus, intercesseur ou paraclet (1 Jn 2,1; He 7,25) qui intervient pour sauver les hommes. En Mt 10,33, il en renie certains

     Il est rare qu'on voie intervenir Jésus, chez Matthieu, dans la fonction d'intercesseur des hommes auprès du Père (Rm 8,34; He 7,25) ou d'accusateur.

34

En disant « ne croyez pas... » (voir 5,17), Matthieu songe à des chrétiens qui comprennent difficilement que tant de difficultés s'abattent sur les disciples qui s'efforcent d'être fidèles et dociles à Dieu. Le vrai disciple (et le véritable envoyé) doit s'attacher au Christ et à sa mission plus qu'à tout au monde, en préférant le Christ à ses parents et à sa propre vie.

35-36

Voir Mi 7,6.

37

L'Ancien Testament a connu le « Dieu jaloux » (Ex 20,5; Dt 4,24 32,16; Jl 2,18), qui ne supportait pas de rivaux. Jésus exige de son disciple qu'il préfère le service de l'Évangile aux liens familiaux, s'il y avait un choix à faire.

38

La croix représente pour un contemporain de Jésus une souffrance extrême et la plus profonde humiliation. Jésus dit donc qu'il n'y a pas de sacrifice que l'appel à le servir ne puisse justifier. L'expression prendre sa croix a un sens précis; elle désigne la marche à la suite de Jésus : prendre sa croix, c'est consentir à toutes les exigences de l'union au Christ.

39

Trouver sa vie, c'est en un sens l'organiser en toute autonomie et sécurité; c'est l'orienter vers les valeurs naturelles (peut-être excellentes dans leur ordre) qu'on a choisies en toute liberté selon ses goöts naturels, pour son plus grand bien-être personnel. Celui qui trouve ainsi sa vie perd en réalité une vie supérieure que lui offre l'Évangile. En ce sens, « celui qui aime sa vie la perd », tandis que « celui qui cesse de s'y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle » (Jn 12,25). Voir Mt 16,25; Lc 9,24.

40

À notre époque comme au temps de Matthieu, c'est à travers le témoignage des chrétiens qu'on est conduit à la foi. Face à ceux qui nous portent la Parole de Dieu, nous devons faire les mêmes choix que ceux qui s'imposèrent aux contemporains du Christ.

41

Ce verset et le suivant peuvent être interprétés ainsi: dans le concret de la vie, il n'est pas évident qu'en accueillant les envoyés du Christ, on soit conscient d'accueillir le Christ lui-même (v. 40). On croira avoir accueilli un prophète, un homme juste ou un simple disciple du Seigneur. Dans tous les cas, l'accueil qu'on leur accordera portera quand même tout ses fruits de salut. On est proche de la perspective de 25,34-40.