1

Formule de conclusion des grands discours (voir 7,28). Jésus part vers « leurs » villes, c'est-à-dire celles des Juifs (4,23). Le chapitre 11 Jette un regard en arrière, qui va depuis la prédication de Jean-Baptiste jusqu'aux oeuvres de Jésus (que ses disciples devront aussi accomplir chap. 10). On y voit apparaître de façon plus marquée les thèmes du choix à faire, du refus des Juifs et de l'accueil par les « petits ».

3

Jean-Baptiste avait annoncé la venue d'un Messie qui jugerait les pécheurs; or Jésus vient plutôt annoncer la venue du Règne de Dieu et il accueille des pécheurs. Plutôt que de vanner le blé, de nettoyer la place ou de bröler paille au feu éternel, Jésus pose des gestes de miséricorde. Le Baptiste ne sait qu'en penser.

4

Si la réponse de Jésus est un rappel des oeuvres dont il a été question aux chapitres 8 et 9, elle est surtout une reprise des textes du prophète Isaîe, qui voyait dans ces actes bienfaisants les traits du Règne de Dieu instauré par le Messie. C'est une manière indirecte de répondre à Jean (et au lecteur) : je suis bien le Messie, tu le comprendras si tu approfondis d'une manière nouvelle les promesses de Dieu.

5

Voir Is 35,5-6; 42,18; 61,1.

6

Tout le drame des pharisiens et de la majorité des Juifs fut de ne pouvoir accepter une autre manière de comprendre le dessein de Dieu que celle à laquelle ils étaient attachés. C'est la nouveauté (9,16-17 note) qui fut pour eux une occasion de chute ou un obstacle.

7

Jésus ne prend pas ombrage du ministère de Jean-Baptiste. Il se plaira plutôt à l'exalter. En expliquant le sens de la mission du Baptiste, c'est en fait sa propre venue que Jésus situe dans l'histoire du salut. Il se présente comme le messie annoncé par les Écritures (v. 10 : Ex 23,20; Ml 3,1). Une fois les envoyés de Jean-Baptiste repartis vers leur maître, Jésus développe pour le bénéfice des foules (v. 7) la réponse qu'il avait donnée aux envoyés (vv. 4-6).

9

L'ensemble des auditeurs de Jean-Baptiste n'a pas dö reconnaître tout ce que représentait ce prophète. De même, on ne reconnaîtra pas le Christ non plus (21,23-32). Jean était plus qu'un prophète : il jouait le rôle que les Juifs réservaient à Élie pour la fin des temps (17,10-13). Sa prédication aurait dö ouvrir les coeurs à une nouveauté qui était d'une telle valeur qu'on devenait, en l'accueillant, plus grand que les plus grands du régime spirituel antérieur.

11

Ce qui fait la grandeur du Baptiste, c'est d'abord sa mission : il se tient sur le seuil du Royaume pour indiquer le messie qui l'inaugurera (3,11-12). On saisira, par ailleurs, que celui qui se tient à l'intérieur du Royaume soit plus grand que le Baptiste.

12

C'est un changement radical et violent qui est demandé aux Juifs et aux disciples de Jean pour pouvoir accueillir le Règne de Dieu tel qu'il se présente en Jésus-Christ. De fait, la foi au Christ et la réorientation de sa vie ne sont chose facile pour personne, quelle que soit sa situation Aucun disciple du Christ n'échappe aux déchirements intérieurs (10,34-39).

13-15

Sur un ton violent familier aux prophètes de l'ancienne Alliance, Jean lance le message de réconciliation que devait faire entendre le nouvel Élie (Ml 3,24). À la différence des prophètes anciens toutefois, Jean rencontre le Messie annoncé (Jn 1.29).

16-19

Les chefs spirituels du peuple ressemblent à ceux qui sont interpellés (v. 17). Si les gens de la place publique (v. 16b) rejettent toute invitation, qu'elle propose de danser ou de pleurer, ce peut être parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils veulent, mais aussi parce qu'ils ont déjà décidé d'opposer un refus à toute invitation qui pourrait les amener à modifier leurs vues. Cette dernière explication vaut des chefs juifs qui demeurèrent sourds aux appels du Baptiste (21,25-27) et du Fils de l'homme qu'était Jésus.

18

Chacun juge selon ce qu'il est; l'état moral d'un homme commande largement son interprétation des événements (Jn 3,19-21).

19

Ce qui importe n'est pas de savoir si Jésus correspond ou non à l'image qu'on s'était faite du Christ, mais de voir si ses oeuvres sont bien celles qu'Isaîe avait annoncées en parlant du Messie (vv. 2.5). C'est en effet par ces oeuvres que se manifeste la sagesse de Dieu.

20

Ce malheur à toi est une forme d'avertissement de la dernière chance (voir Lc 6,24).

     Chez les Juifs, on exprimait le deuil ou le repentir en portant un vêtement rugueux un sac, par exemple ou en se répandant de la cendre sur la tête. C'est une de ces antiques coutumes qui s'est perpétuée dans notre cérémonial du mercredi des Cendres.

23-24

Les nombreux miracles de Jésus (v. 20) attestaient qu'il disposait d'un pouvoir divin, qu'en conséquence ses paroles étaient vraiment celles d'un envoyé de Dieu : autrement, Dieu se serait rendu solidaire d'un menteur (Ac 2,22). Les villes témoins de ces miracles auraient dö comprendre que Jésus triomphait du péché comme des puissances maléfiques, puisqu'il dominait les maladies que ces puissances mauvaises et le péché avaient engendrées : la guérison physique devenait le symbole du salut que Jésus venait opérer chez l'homme (Ac 4,10.12). Refuser la parole de Jésus appuyée par de tels miracles constituait une faute très grave. Les villes qui avaient opposé un tel refus s'étaient jugées elles-mêmes (Jn 3,19-21).

25-27

Ce texte distingue deux catégories de gens : ceux qui s'attachent tellement à leur point de vue personnel qu'ils ne peuvent reconnaître Dieu dans la nouveauté apportée par le Christ, et ceux que la simplicité de coeur rend capables d'accueillir une nouvelle manifestation de Dieu et de sa parole. Voir aussi Lc 10,21.

25

Quand l'auditeur de l'Évangile a la simplicité accueillante du petit enfant (v. 25), la bienveillance du Père peut jouer : l'intelligence voies de Dieu sera accordée comme un don de Dieu. Les vues de Dieu alors révélées à l'homme, seul le Fils les connaissait, parce que lui seul vit dans l'intimité du Père (Jn 1,18; He 1,1-4); l'amour permet au Fils d'avoir accès au coeur du Père, c'est-à-dire à sa vie la plus intime et à ses secrets, pour en faire part aux hommes accueillants.

28

Le fardeau, comme le joug (v. 29), représente l'ensemble des exigences, des préceptes et détails rigoureux de la tradition pharisienne. À travers cette parole, Matthieu invite encore les Juifs ses contemporains à trouver dans l'Église chrétienne non pas moins d'exigences, mais une liberté nouvelle (voir 5,17). Les 613 commandements des rabbins, leur casuistique et leurs explications sans fin constituaient « un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n'avons été capables de porter », disait Pierre (Ac 15,10). On prend le joug de Jésus en l'imitant, lui qui est doux et humble de coeur. Gríce à sa douceur, Jésus est bon pour les petits de ce monde (Mt 5,5; 11,19; 21,5). Un tel joug porté dans l'amour est libérateur.