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Depuis le
chapitre 14, Matthieu présente la formation
des disciples. Au chapitre 16, le thème de
l'Église est apparu. Le chapitre 18 est
entièrement dominé par des
préoccupations concernant la vie en
communauté. On y perçoit des
difficultés rencontrées par les
chrétiens de tous les siècles : par
exemple, comment se comporter à l'endroit
des « petits », ou encore
comment pratiquer le pardon? (voir v.
21).
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1
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Les disciples
se représentent le Royaume des cieux
à l'image des sociétés
terrestres, où les hommes recherchent les
honneurs.
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Il faut
cesser de se préoccuper des premières
places qu'on pourrait l obtenir dans le Royaume des
cieux, comme si on pouvait les mériter (voir
19,28-30 et 20,23). Il faut raisonner tout
autrement, se comporter comme les enfants qui ne
calculent pas ce qui leur est dö et qui savent
tout recevoir. Voir Mc 9,34.
L'enfant n'a pas la prétention de se
croire « sage et intelligent »
(11,25); il vit naturellement de cette
humilité que le disciple de Jésus
doit choisir de propos
délibéré s'il veut comprendre
la révélation offerte en
Jésus (11,27). La pratique de l'amour
fraternel est liée à
l'humilité (Rm 12,3), de même que la
vie de foi, définie par saint Paul
comme une obéissance (Rm 1,5; 16,26),
vertu qui n'est accessible qu'aux humbles. On
comprend dès lors que le Royaume soit
fermé pour qui ne devient pas comme les
enfants.
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6
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Sur le
scandale, voir Mc 9,42 note. Les petits sont
des membres de la communauté que leur
délicatesse de conscience rend plus
vulnérables.
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7
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Jésus
est conscient que le mal exerce encore tellement
d'attrait qu'il se trouvera inévitablement
des gens qui conduiront au péché leur
prochain. « Tous, Juifs comme Grecs, sont
sous l'empire du péché »
(Rm 3,9). Mais la responsabilité de chaque
individu n'en demeure pas moins. « Si
quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le
détruira » (1 Co 3,17).
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8
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Il ne faut
pas prendre à la lettre cette affirmation
formulée dans le style imagé ou
exagéré des Orientaux. Ce qui est
demandé, c'est d'être prêt
à tous les sacrifices et à tous les
renoncements pour sauvegarder l'unité de la
communauté fraternelle des disciples du
Christ.
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9
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Encore plus
que la main ou le pied (v. 8), l'il est
souvent pour l'homme une cause de chute. Sur
la géhenne de feu, voir 5,22
note.
On
peut être cause de chute pour
soi-même. Le Royaume est d'une telle valeur
qu'il faut au besoin l'acquérir au prix des
biens qu'on estime le plus, fussent de grandes
richesses matérielles (Mt 19,23-26) ou des
membres de son corps. La grande valeur du Royaume
expliquait déjà l'extrême
sévérité de Jésus
à l'endroit de celui qui fait tomber un
de ces petits (v. 6).
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10
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Leurs
anges voient : cette expression signifie que
les plus petits sont présents au cur
de Dieu et lui sont chers. Leur dignité est
égale à celle des autres croyants. On
ne doit pas faire de différence entre les
personnes dans la vie de la
communauté.
Certains
manuscrits portent la phrase suivante, qui est
devenue le v. 11 quand le texte fut partagé
en versets numérotés :
« Car le Fils de l'homme est venu sauver
ce qui était perdu. » La phrase a
sans doute été introduite à
cet endroit par des copistes qui se sont
inspirés de Lc 19,10.
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12-14
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Cette petite
parabole attire l'attention sur celui qui risque de
s'éloigner de la communauté parce
qu'il se sent méprisé (v. 10), ou
parce qu'on est trop sévère à
son endroit (v. 21). Si elle veut être
fidèle à la volonté de Dieu,
la communauté doit tout mettre en uvre
pour aller reconquérir le frère et le
réintroduire dans la vie du groupe (v. 14).
Voir la note suivante.
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15-18
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Il faut tout
faire pour garder dans la communauté un
frère qui s'égare; il faut le faire
avec infiniment de discrétion et de respect.
Ce n'est qu'après avoir tout tenté
qu'on pourra se résoudre à le laisser
aller à l'extérieur « comme
le paîen et le collecteur
d'impôts ».
Les
étapes de la correction fraternelle
sont claires : si la rencontre personnelle ne
suffit pas à gagner son frère
c'est-à-dire à le ramener
à une meilleure vie dans l'Église ,
on fait appel à d'autres membres de la
communauté. Il s'agit de sauver son
frère et de protéger contre le
péché la communauté, non de se
venger ou d'humilier son frère (Lv
19,18).
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18
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Des membres
de la communauté peuvent dire, à
l'encontre de cette attitude qui consiste à
tout faire pour garder le pécheur dans la
communion ecclésiale, qu'il ne revient pas
aux hommes de pardonner les péchés.
Reprenant 16,19, Matthieu l'applique maintenant
à la communauté prise dans son
ensemble (il ne songe pas à un pouvoir
personnel que chaque baptisé pourrait
exercer individuellement), qui peut
réintégrer le pécheur en son
sein, en étant assurée que son pardon
est pardon de Dieu lui-même.
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19-20
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On applique
souvent ce texte à la vie de prière :
le Christ est présent aux chrétiens
qui prient ensemble. Sans nier que cette
pensée soit exacte, il faut
reconnaître que le contexte suggère
plutôt de comprendre que le Christ assiste
les chrétiens dans leurs démarches
qui tendent à parfaire l'unité de la
communauté, et qu'il les confirmera de sa
propre autorité.
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21-22
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Une question
découle de celle qui précède :
jusqu'où peut aller la miséricorde de
la communauté? Le Christ dit : elle ne doit
pas avoir de limite. Tout comme l'esprit de
vengeance était exprimé par le fameux
chant de Lamech (« Caîn est
vengé sept fois, Lamech le sera
soixante-dix-sept fois », Gn 4,24),
l'esprit de miséricorde qui prend Dieu
lui-même pour modèle (5,48 et
18,23-35) s'exprime par les mêmes
chiffres.
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23-35
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Dans cette
autre parabole, l'ouverture du Royaume est
décrite à la manière d'un
jugement ou d'une reddition de comptes où
les débiteurs que sont les pécheurs
(voir Mt 6,12; Lc 11,4; 13,2.4) ne peuvent
répondre de leurs dettes. L'attention se
porte surtout sur le comportement du roi
miséricordieux à imiter.
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24
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Dix mille
talents représentent près de
vingt millions de dollars; cent deniers (v. 28)
valent environ trois mille dollars. Par ces
chiffres disproportionnés, par l'opposition
entre l'attitude normale du serviteur impitoyable
et l'attitude absolument invraisemblable du
maître, la parabole indique clairement que
les chrétiens n'ont aucune raison de mesurer
chichement leur pardon, ayant tous
été pardonnés d'une
manière incomparable et gratuite par Dieu
(Mt 18,23-35). Ils doivent avoir les uns pour les
autres cette même pitié (vv. 27.33)
que Dieu a exercée envers eux
(18,22).
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27
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Le
maître accorde au serviteur beaucoup plus que
celui-ci n'avait demandé (v. 26) : il lui
remet sa dette. La grandeur d'íme du
maître est exaltée, pour mieux faire
ressortir la mesquinerie du serviteur (v.
28).
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28
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Autres
circonstances qui augmentent la faute du serviteur
: c'est aussitôt, en sortant de chez
son maître, qu'il refuse de patienter (v.
29) pour une somme dérisoire.
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29-30
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L'attitude du
serviteur contraste parfaitement avec celle du
maître (vv. 26-27). Une telle
présentation de la scène laisse
deviner pourquoi le serviteur aurait dû
patienter : parce qu'il avait lui-même
bénéficié de la bienveillance
de son maître. Une double motivation devrait
pousser le chrétien à pardonner
(c'est bien de pardon qu'il s'agit en
définitive : voir vv. 27.32.35) :
l'imitation du Dieu qui pardonne, et la
reconnaissance qu'on exprime à Dieu
en pardonnant soi-même aux enfants de
Dieu.
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31
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Tout
attristés. Les compagnons du
serviteur sont les témoins d'une grande
misère morale. Ils sont comme
accablés par le spectacle. Ils ne sont pas
touchés dans leurs biens personnels; ils
sont peinés qu'un des leurs se soit
retiré de la sphère du
pardon.
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33
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Ce verset
rappelle la fin du « Notre
Père » (6,15), où Matthieu
lie au pardon qu'accordera le chrétien,
celui qu'il aimerait recevoir de Dieu.
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34
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Le
maître n'a pas pris l'initiative du
chítiment : c'est le serviteur qui s'est
comme refusé à lui-même le
pardon du maître, en s'en montrant
indigne.
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35
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Cette
conclusion est ajoutée dans l'esprit des
enseignements déjà abondamment
présentés jusqu'à maintenant
(5,7; 6,14-15; 7,1-2).
L'amour
fraternel inspire un pardon qui engage le
coeur. Il serait hypocrite, le pardon qui
demeurerait une parole ou une attitude
extérieure sans effet sur les rapports des
coeurs (15,7-8).
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