1

Après la formule qui conclut les grands discours (voir 7,28 note), Matthieu ouvre une section où la formation des disciples se poursuit à l'aide d'enseignements qui supposent un profond changement de mentalité par rapport au mariage, aux enfants, puis à la richesse.

2

Jésus guérit les malades, prouvant ainsi qu'il est bien celui qui doit venir, le Messie (11,3; voir 4,23-25; 9,35-37; 15,29-31).

3

Voir 16,1 note. Pour n'importe quelle raison : on se posait beaucoup la question au temps de Jésus. Tous les Juifs admettaient qu'un homme pouvait répudier sa femme; mais on ne s'entendait pas sur les raisons qui justifiaient ce geste. Voir 1,19.

5

Jésus retourne au commencement (v. 4), à l'ordre voulu par le Créateur 5), qu'aucun homme ne peut modifier (Gn 1,27; 5,2; 2,24; voir Ga 3,15-20). Les pharisiens doivent prendre position pour ou contre Dieu.

6

La réponse étonne les auditeurs : on ne peut répudier sa femme pour aucun motif! Voir Mc 10,6 note. Comme il l'a déjà fait dans la scène de la tentation (4,6-7) et dans une récente controverse (15,5), le Christ de Matthieu oppose à un texte de l'Écriture un texte plus fondamental. L'exception consentie par Moïse n'annule pas le dessein fondamental de Dieu sur le couple humain : il doit vivre dans une union permanente.

7-8

Du plan initial de Dieu, les pharisiens en viennent à une parole de Dieu (Dt 24,1). Jésus précise qu'il ne s'agit que d'une permission de Moîse. Il dévoile la raison qui explique à la fois la parole de Moîse et l'état actuel de ses adversaires : la dureté de cœur. Jésus contre-attaque.

9

Si cette exception prévue ici peut désigner l'adultère, comme l'ont compris plusieurs Églises, elle désigne plus probablement les unions interdites par la Loi, en particulier des mariages avec des neveux ou nièces, des demi-frères, etc. Le passage de Lv 18,6-18 aide peut-être à comprendre le texte de Matthieu, dont l'intention fondamentale est d'affirmer l'indissolubilité de l'union conjugale.

10

À travers cette objection des disciples, on entend peut-être une réaction de la communauté de Matthieu : si un homme qui a renvoyé sa femme n'a pas le droit d'en épouser une autre, la continence exigée de lui sera bien difficile; à tout prendre, il aurait mieux fait de ne pas se marier!

11

La règle que le Christ a donnée (et la continence qu'elle comporte pour l'époux séparé) va à l'encontre de la manière bien « humaine » de sentir les choses (16,23) : seuls les vrais disciples peuvent comprendre (13,11.13.16.23.51; 15,10; 16,12; 17,13); car c'est à eux que Dieu donne une nouvelle vision des choses (11,25; 16,17) qui repose sur les « vues de Dieu » (16,23).

12

« Il est clair qu'en se référant (dans le v. 11) à la réflexion de ses disciples (exprimée au v. 10), Jésus ne la prend pas au sens très terre à terre où ils l'ont prononcée. Eux ne pensent qu'au moyen d'échapper aux inconvénients d'un mariage indissoluble; il précise, lui, qu'un mobile supérieur peut donner au célibat sa valeur et son prix : c'est le cas de ceux qui l'embrassent' en vue du Royaume des cieux' » (J. Dupont). En plus des deux premières catégories de personnes qui ne peuvent avoir de relations sexuelles (soit à cause d'une infirmité naturelle, soit à cause de la violence des hommes), il y a ceux qui renoncent librement au mariage afin de se consacrer aux intérêts du Royaume des cieux : ils peuvent n'avoir de souci que pour les « affaires du Seigneur » en cherchant seulement « comment plaire au Seigneur » (1 Co 7,32).

16

Un jeune homme (v. 20) vient consulter en Jésus un Maître, c'est-à-dire un interprète de la Loi, un maître de sagesse en Israël. Le jeune homme ne veut pas laisser le judaîsme ou les maîtres de sa jeunesse pour en suivre un autre. Il veut savoir comment atteindre le plus sûrement le but de l'existence, la vie éternelle.

17

Jésus répond par une question riche d'enseignement. Est bon (v. 16) ce qui vient de Dieu, ce qui rapproche de Lui, ce qui exprime sa volonté.

18

Jésus cite des extraits du décalogue qui ont trait à l'amour du prochain (Ex 20,12-16; Dt 5,16-20); il y joint ensuite (v. 19b) le commandement général touchant cet amour du prochain (Lv 19,18). La charité fraternelle est la mesure d'un authentique amour de Dieu (1 Jn 4,20; voir le jugement dernier, en Mt 25,40-45). Jésus se situe dans le prolongement de l'Ancien Testament (5,17).

20

Un Juif familier avec l'écriture savait tout ce que Jésus a dit jusqu'ici au jeune homme. Celui-ci désire en savoir davantage, pour obtenir plus sûrement la vie éternelle (v. 16).

21

En disant : « Si tu veux être parfait », le Christ ne propose pas une voie supérieure réservée à quelques-uns, alors que les chrétiens ordinaires viseraient à entrer dans la vie éternelle (v. 17) sans chercher la perfection. Suivre le Christ, c'est accomplir parfaitement la volonté de Dieu (voir 5,17), chercher à être parfait comme lui (5,48). Pour atteindre ce but, il faut être prêt à préférer la volonté de Dieu à tout, y compris les richesses (10,37-39; 13,44-46; 16,24-26), si elles constituaient un obstacle.

23

Jésus parle de tout riche. Les biens temporels qu'on voit, dont on peut jouir immédiatement, qui procurent luxe et pouvoir, exercent une séduction telle que peu de riches parviennent à ne pas y mettre leur cœur (6,21.24). L'entrée du Royaume apparaît ici comme difficile pour les riches, pas strictement impossible.

24

L'image employée par Jésus présente maintenant le salut d'un riche comme impossible. Mais il s'agit d'une image destinée à frapper l'auditeur, plutôt qu'à être prise au pied de la lettre. Jésus veut provoquer la question qui vient au v. 25. Voir Mc 10,25 note.

26

Ce verset vient équilibrer la pensée : la confiance en Dieu permet au riche d'espérer le salut, qui est en toute hypothèse l'œuvre de Dieu. Dans la situation du riche, l'initiative du Dieu sauveur apparaît particulièrement nécessaire.

27

Pierre (comme les autres disciples, probablement) a le sentiment qu'il a droit à une récompense particulière : nous avons tout laissé, comme bien des riches ne le font pas.

28

Juger a peut-être ici le sens biblique de « gouverner ». Les disciples qui auront communié aux humiliations et aux souffrances de Jésus partageront aussi sa gloire.

     Le renouvellement de toutes choses. L'Ancien Testament espérait « des cieux nouveaux et une terre nouvelle » (Is 65,17; 66,22; 2 P 3,13; voir en Tite 3,5 la nouvelle naissance du baptisé). Vous serez assis vous aussi. Le « fils d'homme » de Daniel (7,13-14) associait à sa royauté « les saints du Très-Haut » (Dn 7,18.27). Les douze tribus d'Israël. Il ne s'agit pas des tribus sorties de Jacob pour constituer l'Israël selon la chair (Gn 49; Dt 33; voir 1 Co 10,18; Rm 9,4), mais de l'Israël de Dieu (Ga 6,16) où peut entrer tout homme par la vie de foi (Rm 4; 9,6.27-31).

29

Au jeune homme désireux d'avoir la vie éternelle (19,16), Jésus avait demandé de vendre tous ses biens (19,21). Au disciple qui sacrifie même les joies de la vie conjugale et familiale pour mieux suivre Jésus, celui-ci promet formellement la vie éternelle.

30

Au jugement dernier (v. 28), les hommes seront appréciés selon une échelle des valeurs bien différente de celle que nous utilisons.