1

Ici s'ouvre la « section de Jérusalem ». Après avoir présenté l'entrée de Jésus-Roi dans la ville, Matthieu accumulera les scènes d'opposition et les paraboles de jugement; il montrera Jésus alors qu'il prononce de terribles apostrophes contre les chefs religieux et qu'il annonce la destruction de Jérusalem. La rupture va se consommer.

2-4

Les pèlerins entraient toujours à pied à Jérusalem. Jésus fera une entrée bien significative : il vient pour la première fois à Jérusalem (selon Matthieu, du moins); il a l'intention d'y faire la première révélation officielle de sa mission messianique, en réalisant d'une manière manifeste une prophétie à laquelle les chefs spirituels d'Israël donnaient déjà un sens messianique (Za 9,9). Jésus se révélera à la fois comme Seigneur (v. 3). Il connaît d'avance le cours des événements et dispose librement de tout.

5

Pour montrer que Jésus accomplit la prophétie de Zacharie (9,9), Matthieu présentera Jésus assis sur les deux animaux (v. 7). Au lieu du cheval du guerrier et du puissant, Jésus monte un íne, ce qui signifie que sa royauté n'a rien du caractère terrible et vengeur qu'on prêtait au Messie dans certains milieux (voir 3,1 note; 11,3 note).

6-8

La description est sobre et rapide. Le cortège messianique s'organise. Plus nettement que Marc (11,8) et Luc (19,37.39), Matthieu parle d'une « foule très nombreuse » qui acclame Jésus (Mt 21,8), de foules précédant et suivant Jésus (v. 9). Tout ce monde reconnaîtra en Jésus celui qui vient (voir Ha 2,3 grec; Mt 3,11; 11,3; Jn 1,27), le messie qui descend de David.

9

Hosanna, mot qui signifiait à l'origine : « De gríce, sauve(-nous)! » (voir 8,25), est devenu une acclamation lancée à celui qui sauve. L'expression Celui qui vient (voir 11,3) est empruntée au psaume 118,26.

10

Jésus vient prendre possession de la ville sainte, de son Temple en particulier. Encore plus que sa naissance (2,3), cette entrée a de quoi ébranler la ville. Jésus va révéler qui il est : prophète et messie.

12

Sur les mots vendeurs et changeurs, voir Mc 11,15 note. Cette scène montre que Jésus se comporte au Temple comme un maître qui a toute autorité. Les miracles mentionnés au v. 14 signifient également cette autorité. La discussion qui s'ouvrira au v. 23 est bien préparée.

13

En citant Is 56,7 et Jr 7,11, Jésus définit sa mission de prophète purificateur et fonde son autorité sur les Écritures qui sont parole de Dieu.

14

Les aveugles et les boiteux ne pouvaient pas être prêtres, ni même se présenter dans le Temple. Ils se sont glissés avec Jésus dans le cortège triomphal; puis Jésus les guérit pour qu'ils participent pleinement au culte. Il est vraiment le sauveur de tout le peuple.

15

Ce ne sont pas les chefs officiels, mais les infirmes et les enfants qui reconnaissent le sens profond de ce qui se passe (voir 11,25). Au chapitre 2, le « roi des Juifs » (2,2) était reconnu sous les traits d'un enfant (2,11); il est ici reconnu comme le Messie des infirmes et des enfants.

16

Cette première escarmouche annonce des oppositions bien plus Yves. Les grands prêtres et les scribes étaient déjà associés dans la première annonce de la Passion (16,21), et c'était eux, auparavant, qui avaient été appelés comme conseillers d'un Hérode qui n'arrivait pas à reconnaître le vrai roi des Juifs (2,4). Toute l'atmosphère est donc à l'incompréhension et à l'opposition.
Le texte renvoie au Ps 8,3 grec. Scribes et pharisiens sont renvoyés à l'écriture qu'ils sont censés bien connaître. Infidèles à leur tíche, qui était de louer Dieu, ils sont remplacés par les enfante.

18-19

L'attitude de Jésus a de quoi étonner, surtout si la saison des figues n'était pas arrivée (Mc 11,13). Le geste de Jésus symbolise peut-être le jugement que le Baptiste avait annoncé (3,10). Dans le contexte immédiat de Matthieu, l'événement illustre la puissance incroyable de la prière qui naît d'une foi totale (vv. 21-22).

20

Dernière mention des disciples avant le chapitre 24. Désormais, Jésus sera seul en face de ses adversaires. Ils sont représentés par ce figuier qui ne donne pas de fruit et dont la venue de Jésus marquera la fin. On pense à Jérémie : « Je suis décidé à en finir avec eux, parole du Seigneur : pas de raisins à la vigne! pas de figues au figuier! même le feuillage est flétri! » (8,13).

21

Le thème de la foi vient aux vv. 21-22. Jésus répond à la question des disciples (v. 20) en leur donnant un enseignement sur la puissance de la foi. Plusieurs guérisons avaient déjà montré que la foi était puissante au point de sauver des malades. Matthieu a relié à la foi les guérisons-saluts du serviteur du centurion (8,10-13), d'un paralysé (9,2.6), d'une femme souffrant d'hémorragie (9,22), de la fille d'une Cananéenne (15,28). Paul parlera du salut éternel de l'homme lié à la foi en la résurrection de Jésus (Rm 10,9-10). La parole à laquelle croit le disciple de Jésus porte en elle la puissance de la parole de Dieu, puissance que rien ne peut arrêter (voir Is 55,10-11; Ps 33,9; He 4,12). Voir 17,20 et 17,17 note.

23-27

Cette question de l'autorité de Jésus est centrale chez Matthieu (7,29; 8,2.16; 9,6; 10,1). On devait souvent la poser aux chrétiens de son temps. Pour comprendre cette scène, on relira avec profit la note jointe à 9,33.

24-25

Avant de répondre à la question soulevée, Jésus découvrira les dispositions de ses interlocuteurs. Jean-Baptiste et Jésus prêchent le même message (3,2; 4,17); les dispositions des chefs religieux d'Israël sont les mêmes au sujet des deux prédicateurs (11,18-19).

25

Du ciel, c'est-à-dire de Dieu (voir 3,2 note).

     De tels raisonnements viennent de gens qui ne sont pas à la recherche des vues de Dieu, en toute simplicité. Ils essaient plutôt de maintenir leur position de chefs officiels du peuple. Leur intérêt personnel les conduit, non le service du peuple.

26

Le prestige du Baptiste était encore considérable. Les grands prêtres ne voulaient pas s'aliéner la sympathie du peuple en diminuant le Baptiste. Voir 14,5.

27

Que les chefs religieux officiels ne sachent pas à quoi s'en tenir sur l'un des plus grands leaders spirituels qui aient passé parmi eux, c'est étonnant. Mais ces gens s'esquivent, plutôt qu'ils ne révèlent leur ignorance. Par lícheté, ils se défilent devant la question de Jésus en refusant de répondre. Leurs dispositions expliquent que Jésus ne réponde pas à leur question (v. 23). Voir Mc 11,33 note.

28-32

Première de quatre paraboles de jugement, celle des deux fils reprend l'opposition qu'il y a entre « dire » et « faire » la volonté de Dieu (7,21). Ceux qui ont reconnu une parole de Dieu dans celle de Jean-Baptiste et celle de Jésus, ceux-là ont fait la volonté de Dieu, alors que ceux qui sont restés attachés à leur façon de comprendre la Loi n'ont pas bougé. Désormais, c'est la foi en Jésus-Christ qui rend agréable à Dieu et qui conduit vers Dieu sur le chemin de justice (v. 32). Voir 5,20 note.

31

Jésus reprend la question du v. 28. Ses auditeurs répondent nettement, en s'inspirant peut-être de textes tels que celui-ci : « Gardez mes lois et mes coutumes : c'est en les mettant en pratique que l'homme a la vie » (Lv 18,5; voir Rm 10,5). Jésus fait aussitôt une première application de sa pensée : les deux types de pécheurs publics qu'étaient les collecteurs d'impôts les prostituées prendront la place des prétendus maîtres en vertu (probablement « les grands prêtres et les anciens du peuple », dans le contexte immédiat de Matthieu, 21,23). C'était humilier profondément les chefs religieux d'Israël et tous ces Juifs qui observaient les préceptes de la Loi et qui méprisaient le reste du peuple (Lc 18,9-14).

32

Jésus en vient à l'explication historique du renversement de situations que le v. 31 annonçait. La venue du Baptiste a permis aux cœurs de se révéler. Les gens simples, ou les pécheurs qui avaient mal commencé leur course en refusant d'obéir à Dieu (v. 29), ont vu le Baptiste, se sont convertis, ont cru à la parole du Baptiste, puis à celle de Jésus. Quant à de nombreux Juifs, dont les chefs du peuple, qui se croyaient justes, ils n'ont pas vu leur péché; aucun repentir ne leur paraissait nécessaire. Ils sont encore dans leur péché (11,25; Jn 9,39-41). Le tort fondamental des chefs juifs est leur orgueil : ils avaient mis en eux-mêmes toute leur confiance; ils étaient la norme!

33

Isaïe 5,2. Plusieurs fois la vigne désigne dans l'Ancien Testament le peuple de Dieu, Israël (Os 10,1; Jr 2,21; Ez 19,10-14; Ps 80,9-19). Ici, la vigne représente le Royaume de Dieu (v. 43), qui avait été confié aux vignerons qu'était Israël. Voir Mc 12,1 note.

34

Au terme de cette période de maturation qu'avait été l'Ancien Testament, vient le temps des fruits. Le grand fruit attendu par Dieu était l'observance de la Loi, recueil de ses volontés.

35

Matthieu aggrave la faute des vignerons à l'aide des pluriels : ses serviteurs (v. 35), d'autres serviteurs (v. 36).

37

Le fils du propriétaire prend soudain une place centrale. Il est désigné trois fois par son nom de fils (vv. 37.38). La volonté d'attirer l'attention sur le fils est d'autant plus visible qu'il est invraisemblable qu'un propriétaire sensé prenne le risque d'envoyer son fils unique (v. 37) vers des vignerons qui viennent de tuer de nombreux serviteurs.

38-40

Hors de la vigne fut jeté le fils assassiné. Jésus accomplissait ainsi le sacrifice d'expiation par excellence (He 13,11-13). Les vignerons y collaboraient à leur insu. Mais la venue du fils inaugurait aussi le jugement des mauvais vignerons (Jn 3,17-21).

41

À la fin des paraboles, les auditeurs sont souvent invités à porter un jugement sur une situation (voir Lc 7,42; 10,36). En le faisant, ils s'impliquent eux-mêmes et se mettent sur la voie de la conversion. Ici, il n'en sera rien.

42

Le Ps 118,22-23 ramène l'attention sur Jésus, qui est le f ils à mort (v. 39). Le mystère pascal, mort-résurrection, est annoncé. Il sera l'œuvre du Seigneur Dieu qui ressuscitera Jésus et qui fera grandir son Royaume (v. 43). Voir Mc 12,10 note.

43

Affirmation très importante, qui éclaire la situation historique des chrétiens au moment où l'évangile de Matthieu est rédigé (2,2).

     Après l'échec vient le succès. Une nation, celle de l' « Israël de Dieu » (Ga 6,16), prendra la relève avec succès. Dieu réalisera son plan malgré la défection de ceux à qui il l'avait d'abord confié.

44

Jésus « amène la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël », comme Siméon l'avait déjà chanté (Lc 2,34). Dieu offrait la vie éternelle à tous les hommes, en Jésus (Jn 3,17); mais il jugera durement les vignerons qui saccagent la vigne (1 Th 2,15-16).

46

Remarque semblable à 14,5 et 21,26. Cette fois, cependant, c'est Jésus qui est tenu prophète. Les chefs religieux d'Israël parvinrent, à force de patience, de ruse et de pression morale, à tourner contre Jésus ces foules qui lui étaient si favorables. « Que son sang retombe sur nous...! » (27,25).