1-14

Cette parabole a plusieurs traits de communs avec la précédente : on y trouve un fils qui représente le Christ, et des serviteurs qui représentent les prophètes. Il était courant dans le judaïsme de comparer le Règne de Dieu et l'état final des élus à une grande noce ou à un banquet (voir 25,1, et Jésus-époux en 9,15).

3-4

D'un côté, l'on voit un roi qui appelle avec insistance ses invités : il appelle de nouveau les gens; pour eux il a tout préparé. De l'autre côté, les invités opposent un refus catégorique (v. 3) ou ne se soucient même pas de l'invitation qui leur est faite (v. 5) : ils vont plutôt à leurs intérêts matériels. La bonté du roi contrastera avec la méchanceté des invités, qui outrageront et tueront les envoyés du roi (v. 6). Le refus devient sottise. C'est l'ensemble de l'histoire d'Israël qui se trouve évoqué. Dieu envoya sans cesse des prophètes vers un Israël qui se détournait de la Loi pour satisfaire ses ambitions matérielles ou son désir de jouissances de toutes sortes. Ces prophètes rencontraient l'indifférence ou l'hostilité violente (Jr 7,24-26; Ac 7,52-53). Les appels ou les avances de Dieu traduisent sa bonté.

7

Allusion à la destruction de Jérusalem, survenue environ une dizaine d'années avant la rédaction de l'évangile (2,18).

8

C'est l'affirmation centrale de la parabole, qui rejoint le coeur de celle qui précède (21,43). Elle explique pourquoi l'Église est en grande partie formée de non-Juifs. Après les brebis perdues de la maison d'Israël, ce sont les païens qui recevront l'appel (Mt 10,6; Ac 13,46; 18,6; 28,17.28).

10

Matthieu est conscient que bien des pécheurs ont été appelés à la foi, et qu'il y en a toujours en son sein (13,24 note). C'est une raison pour admirer la miséricorde de Dieu et la gratuité de son appel; mais aussi une invitation à poursuivre sans cesse sa propre conversion comme le préciseront les versets suivants.

11-14

Ces versets visent sans doute à éviter que les chrétiens ne s'endorment dans une fausse sécurité. Ce n'est pas tout d'avoir répondu à l'invitation gratuite de Dieu; il faut encore vivre en conformité avec son état de convive du banquet messianique. Pour reprendre le vocabulaire de Matthieu, il faut pratiquer la justice et porter des fruits.

13

Voir 8,12 note.

14

Cette parole ne porte pas sur le nombre de ceux que Dieu a élus. D'un côté, elle s'applique aux Juifs qui étaient tous appelés, mais qui se sont retrouvés en petit nombre dans l'Église; d'un autre côté, elle refuse de dire combien il y a d'élus; elle propose plutôt qu'on s'efforce d'être parmi le petit nombre des élus (voir Lc 13,23).

15-22

Les sadducéens payaient volontiers l'impôt réclamé par César. Les pharisiens s'y soumettaient en grinçant des dents. Les zélotes y voyaient « une restriction imposée à la domination de Dieu » sur Israël.

16

Sur les hérodiens, voir Mc 3,6 note.

     La sincérité d'un maître spirituel, l'objectivité de son esprit qui se laisse guider par ce qu'il croit vrai, et non par la condition sociale ou autre de ses interlocuteurs (Ac 10,34; Jc 2,1.9; Rm 2,11; Ga 2,6; Ep 6,9; Col 3,25) sont de grandes qualités.

17

La question était un piège (v. 15) : si Jésus répondait oui, il s'attirait l'antipathie de nombreux Juifs; s'il répondait non, il devenait un agitateur que le pouvoir politique aurait vite rendu à la raison!

18

Jésus dénonce d'abord l'hypocrisie de ses interlocuteurs, qui leur avait inspiré tantôt un éloge flatteur (v. 16), et qui parait maintenant dans la question touchant le tribut demandé par l'empereur.

20-21

Jésus répond par une question. Il amène ses interlocuteurs à résoudre le problème soulevé (v. 17) : l'effigie est celle de César. Il n'y a aucun problème; les faits s'imposent d'eux-mêmes. Mais Jésus ajoute un enseignement qu'on ne lui demandait pas : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu. » Jésus fait rebondir la question en la situant à un niveau supérieur où il appelle à un examen de conscience.

22

Non seulement Jésus a-t-il évité le piège qu'on lui tendait, mais il y fait tomber ses adversaires. Si, en effet, ils avaient rendu à Dieu ce qui est à Dieu, ils auraient cru en lui et en Jean-Baptiste. L'habileté de Jésus avait de quoi étonner les pharisiens. Il ne lèse les droits de personne. Il a fait répondre l'interlocuteur hostile. Surtout, il a orienté les esprits vers les droits de Dieu.

23-33

Voir Mc 12,18. Encore une fois, Jésus répond à une objection tirée de l'Écriture en recourant à un texte plus fondamental (voir 19,6). Il nous montre ainsi comment éviter de « méconnaître les Écritures » (v. 29). Le lévirat permettait de donner un héritier au défunt.

24

La loi du lévirat (voir Dt 25,5; Gn 38,8) était pratiquée également hors d'Israël.

25-27

Le cas grotesque imaginé par les sadducéens visait à ridiculiser la croyance des pharisiens en la résurrection. C'était aussi un piège qu'on tendait à Jésus (22,17) : allait-il refuser la résurrection à cette femme (v. 27)? irait-il contre la loi du lévirat, c'est-à-dire contre l'Écriture? allait-il s'enfoncer dans des distinctions ou des spéculations qui le rendraient ridicule à leurs yeux? Les sadducéens croient leur position bien solide. Ils ont Moïse de leur côté. Comment, en effet, Moïse aurait-il pu compter avec la résurrection des morts, en proclamant la loi du lévirat? Par-delà Jésus, c'est aux pharisiens que s'en prennent les sadducéens.

29

Jésus prend à leur piège les sadducéens : ils se disaient grands connaisseurs des Écritures; ils venaient d'argumenter à partir d'elles (v. 24); Jésus leur répond qu'ils ne connaissent pas les Écritures, ni la puissance de ce Dieu qu'ils sont censés bien connaître. Il les confondra sur leur propre terrain.

30

Telle est la puissance de Dieu (Mc 12,24) : non seulement il ressuscite les morts, mais il les fait vivre dans une condition nouvelle où ils sont comme des anges. Il n'y est plus question de mariage; personne n'est le conjoint de l'autre. La question des sadducéens (v. 28) est donc vaine.

31-32

Le dialogue aurait pu se terminer avec le v. 30. Pourquoi rebondit-il? Il serait plus facile de répondre si la discussion n'avait aussitôt tourné court. Dans le contexte de cette rencontre avec les sadducéens, il semble que Jésus ait voulu mettre les sadducéens (qui ne croyaient pas à la résurrection, v. 23) dans l'embarras. Le Dieu d'Israël est un Dieu de vivants : il est le Dieu vivant que les morts ne peuvent louer (Ps 115,17). Il s'est pourtant présenté à Moïse comme le Dieu de patriarches qui étaient morts depuis longtemps : « Je suis le Dieu d'Abraham... » (Ex 3,6.15.16). Comment aurait-il pu se présenter ainsi, ce Dieu de vivants, si les patriarches défunts ne vivaient pas encore de quelque façon? Les sadducéens n'osent répondre à cette question qui touche aux fins dernières de l'homme, à la résurrection en particulier. Voir Mc 12,27 note.

35

Jésus s'appuie sur deux textes tirés de la Loi (v. 37 : Dt 6,5; v. 39 : Lv 19,18), textes bien connus de tout légiste pharisien. Jésus innove en rapprochant ces commandements, en donnant à chacun d'eux une égale importance, en voyant dans les deux commandements le coeur de toute la Loi et les Prophètes (v. 40). Une telle mise en relief de l'amour du prochain (v. 39) était nouvelle dans le monde Juif. Jésus simplifiait beaucoup en ce cas : les 613 commandements que les rabbins du temps discernaient dans la Loi (dont 248 étaient positifs, et 365 négatifs) se trouvaient ramenés à deux préceptes touchant une même attitude spirituelle : l'amour. Voir Mt 7,12; Rm 13,8-9.

39

Semblable signifie : « Aussi important, aussi grand » (v. 36). Jésus ne confond pas l'amour de Dieu et celui du prochain. Il n'y voit pas une seule et même chose; il enseigne que, pour Dieu, les deux sont également importants.

40

Une telle affirmation du Christ est une réponse catégorique aux Juifs qui l'accusaient de rejeter la Loi et les coutumes du judaïsme (voir 5,17 et 9,13). Selon Jésus, « l'obéissance ne devient vraie que par l'amour. Dieu... veut avoir des fils libres » (W. Trilling).

41

La tension ne cesse de grandir entre Jésus et ses adversaires. Jésus passe maintenant à l'attaque et fera reculer ses adversaires (v. 46; voir surtout le chapitre 23).

43-44

Cette seconde question est plus délicate. Comment celui qui naît de David pourrait-il exercer la seigneurie divine (v. 44, citant Ps 110,1)? Jésus embarrasse les pharisiens. Il les force à s'interroger sur une parole inspirée par l'Esprit (v. 43). Plus qu'une polémique, c'est un profond enseignement qui est suggéré par ces versets, qui ne seront compris qu'après la Pentecôte : bien qu'il soit fils de David par le sang, le messie sera établi Seigneur universel par sa résurrection (Rm 1,3-4; 4,24; 10,9; Ph 2,6-11).

45

Voir Mc 12,35 note. Pour Matthieu, Jésus est bien Fils de David; mais ce titre a beaucoup plus de signification pour lui que pour les Juifs. Dans cette rencontre avec les pharisiens, Jésus voudrait laisser soupçonner que le titre fils de David ne définit pas toute la personnalité du messie attendu. Il s'appuie sur l'Écriture (Ps 110,1) pour le suggérer.