Le sermon sur la montagne (détails). Jan Brueghel l’Ancien, 1598.
Huile sur cuivre, 26,7 x 36,8 cm. Getty Center, Los Angeles (Wikipédia).

Les Béatitudes

Odette MainvilleOdette Mainville | 4e dimanche du temps ordinaire (A) – 1er février 2026

Les Béatitudes : Matthieu 5, 1‑12a
Les lectures : Sophonie 2, 3 ; 3, 12‑13 ; Psaume 145 (146) ; 1 Corinthiens 1, 26‑31
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

Qui sont considérés heureux? Pourquoi le sont-ils?

De prime abord, le texte des béatitudes peut sembler quelque peu déconcertant. Ceux et celles considérés heureux seraient-ils des personnes qui se retrouvent dans des situations défavorables matériellement ou socialement? Comme si la faim, la soif, la pauvreté, les insultes et les persécutions étaient les voies prometteuses du bonheur. Et pourtant, si on les regarde de près, les béatitudes proposent bel et bien des voies qui assurent joie et paix intérieure. Il importe donc de voir comment chacune d’elles contribue effectivement à la croissance personnelle et, surtout, à un vécu conforme à l’enseignement de Jésus.

Les chemins du bonheur

Le bonheur, comme on a trop souvent tendance à le croire, correspondrait à une vie qui se déroule dans l’abondance matérielle, agrémentée des plaisirs au quotidien ; une vie qui permet d’abord et avant de combler ses propres désirs. Or, selon ces perspectives, ce ne sont certainement pas la pauvreté, la persécution et les pleurs qui en seraient garants. Est-ce vraiment ces voies de bonheur que préconise le texte des béatitudes?

Précisons d’abord que le vocable ‘heureux’ dans la Bible consiste à féliciter une personne pour une situation favorable au sein de laquelle elle évolue. On pourrait vulgariser en ces termes : « Tu es chanceux de penser de telle façon et d’agir en conséquence, de prioriser telles valeurs et de mener tels combats. »  Comment alors chacune des huit béatitudes peut-elle contribuer à procurer ce bonheur?

Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des cieux est à eux. On notera d’emblée que le genre de pauvreté louée ne se rapporte pas à un manque de ressources essentielles à la survie, mais bien à une façon de penser, d’aborder la vie. Une pauvreté qui accorde, en effet, la priorité non pas aux biens matériels, mais plutôt aux véritables valeurs humaines. Une pauvreté qui incite à la disponibilité favorable à l’accueil de l’autre, à une ouverture à l’entraide et au partage. Bref, une pauvreté qui dispose à l’altruisme. Il s’agit d’en faire l’expérience pour ressentir la joie intérieure qu’elle génère. Autrement dit, pour se sentir heureux.

Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Il n’est pas question des mélancoliques, ni de ceux qui cultivent la tristesse ou qui se referment dans leur propre malheur, mais bien de ceux capables de s’émouvoir face aux malheurs des autres ; ceux sensibles à la misère humaine, ici et ailleurs dans le monde. Ceux non seulement capables de s’émouvoir, mais aussi d’être à l’écoute et de se porter à la rescousse de l’autre.

Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Ici encore, il ne s’agit pas de cultiver une attitude mollasse, mais bien de se laisser toucher par le sort des autres, d’être soucieux d’alléger, dans la mesure du possible, le fardeau de quiconque se retrouve dans l’épreuve et la douleur, de combattre la misère autant que faire se peut.

Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés. L’injustice est répandue à travers le monde et, malgré tous les efforts déployés au cours de l’histoire de l’humanité, elle n’a jamais été vaincue et, selon toute vraisemblance, ne le sera jamais. Comment est-il alors réaliste, voire utile, de cultiver cette soif de justice et de croire encore que de le faire, on puisse être rassasié? Ne s’agirait-il pas alors d’une attitude qui, au lieu de ne rechercher que ses propres intérêts, inciterait plutôt à se montrer solidaire de toute action sociale ou religieuse posée en faveur de la justice? Ne s’agirait-il pas de cultiver la volonté d’y apporter sa propre contribution? Bref, que le souci de la justice soit si intégré à sa propre conscience et que de la pratiquer au fil du quotidien devienne tout à fait naturel.

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Faire preuve de miséricorde ne signifie certes pas qu’on excuse n’importe quel comportement, quel qu’en soit l’auteur, quelle qu’en soit la provenance. Faire miséricorde pourrait plutôt signifier un effort personnel de discernement afin d’éviter l’iniquité, la vengeance. Se rappeler que pardonner est une force et non une faiblesse. Certes, l’expérience du pardon d’une offense n’est pas nécessairement chose facile. Cela demande une saine évaluation de la blessure, mais aussi qu’une saine évaluation des dommages personnels émanant de la rancune. Cultiver la rancune, c’est se faire mal à soi-même, alors que pardonner, loin d’être une faiblesse, s’avère une véritable libération personnelle favorable à la paix de l’âme.

Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Il importe d’avoir en mémoire que, dans la Bible, le cœur signifie le centre même de la personne. C’est le siège de toute sa vie intérieure. Selon cette perspective, avoir le cœur « pur » est une condition inséparable du sens attribué aux béatitudes précédentes. Cet état est effectivement le fruit de l’attitude miséricordieuse, de l’esprit de pauvreté, de la volonté de pratiquer la justice, de la compassion. Avoir le cœur pur n’implique donc pas la perfection morale, mais bien la volonté d’aligner sa vie, son comportement en général, dans la foulée de l’enseignement de Jésus.

Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Devenir artisan de paix s’inscrit également dans la continuité de tout ce qui précède, s’avère le résultat de l’intégration des attitudes et des vertus déjà préconisées. En effet, les efforts visant à y aligner son propre parcours de vie constituent le mode existentiel qui correspond à la volonté de Dieu. Autrement dit, quiconque s’efforce d’y ajuster sa conduite y trouve la consolation d’être enfant de Dieu.

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. La vie de tous les jours démontre malheureusement que l’effort de vivre dans la justice n’est pas nécessairement garant d’une existence dans la paix et la sérénité. Les souffrances affichées quotidiennement à nos écrans, tout comme dans notre entourage immédiat en témoignent cruellement. Pourtant, la volonté de promouvoir la justice sociale doit toujours faire partie intégrante de la conduite personnelle de chacun. C’est une voie préconisée par l’Évangile pour aligner sa vie dans le cadre de ce que signifie un comportement conforme aux normes du royaume de Dieu.

Conclusion

Le sermon sur la montagne se termine par cette parole encourageante de Jésus, laquelle résume bien l’ensemble des conditions propres à mener une existence dans la foulée de son enseignement. « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi… car votre récompense est grande dans les cieux. »

Il en découle que chacune des béatitudes fait partie intégrale d’un tout, d’un mode de vie qui s’inscrit dans une démarche conforme à la vie, à la mission, à l’enseignement de Jésus. Par conséquent, toute personne qui modèle son existence aux enseignements qu’elles véhiculent se conduit selon la volonté de Dieu. Nous y retrouvons cette garantie dans le fait que, précisément, Dieu a ressuscité Jésus. Cet acte de Dieu se faisait approbation absolue de sa mission en ce monde.

Odette Mainville est auteure et professeure honoraire de l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal.

Source : Feuillet biblique 2919. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation écrite du site interBible.org.

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