« On venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : “Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu !” » Luc 23, 35
Tout le paradoxe chrétien réuni dans ce défi lancé par les chefs du peuple au crucifié: Si tu es le Messie de Dieu, tu en as la puissance et tu peux l’exercer! Alors tire-toi de ce piège dans lequel tu es enfermé et nous croirons! Dans leur esprit, le Messie ne peut agir qu’avec la force et la puissance d’un chef de guerre terrassant ses ennemis. Ils pensent à la *toute-puissance divine» qui devrait se manifester en lui et éclater à la face de tous.
Sur sa croix, Jésus ne dit rien, ne relève pas le défi. Dieu semble absent; il se tait. Et celui que nous appelons son Fils apparaît comme la victime dérisoire d’une violence qui le broie et le réduit à rien. Les rêves qu’ont suscités sa parole, apparaissent tout à coup sans consistance. Ils peuvent bien ricaner. Ils sont certains que la révolution religieuse suggérée par les béatitudes n’aura pas lieu. Sa souffrance et sa mort deviennent à leurs yeux les signes évidents de son impuissance. Ils en sont certains ! Le rabbi de Nazareth n’est qu’un doux rêveur, la pauvre victime d’un mirage spirituel ou religieux.
Après avoir cru cela, sur le chemin de Damas, Paul fait l’expérience contraire: le Messie que tout Israël attend était bien là, sur la croix. Aux Corinthiens un peu trop discutailleurs, il écrit (1 Co 1, 23): «Nous nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Païens.» Mais pour nous, ajoute-t-il, il est la manifestation de la sagesse et de la puissance de Dieu. Car sur la croix, c’est l’amour qui triomphe, cet amour qui préfère subir la violence plutôt que de l’exercer. Le signe de sa royauté est à chercher là, non dans les ors dont se parent tous les rois de la terre. Et à César qui veut leurs faire plier le genou devant lui, les premiers martyrs répondront : Jésus seul est Seigneur !
Tout cela, nous le savons bien! Mais il existe encore tant de rêves de toute-puissance qui habitent notre coeur et que nous peinons à abandonner.