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« Et le roi dit à ceux qui étaient là : “Retirez-lui cette somme et donnez-la à celui qui a dix fois plus.” On lui dit : “Seigneur, il a dix fois plus ! – Je vous le déclare : on donnera à celui qui a ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. » (Luc, 19, 24-26)
Alors qu’il est sur le point d’entrer triomphalement à Jérusalem, les disciples sont convaincus que Jésus va inaugurer son nouveau règne, qu’il destituera les autorités corrompues et qu’il fera d’eux ses intendants au sommet du pouvoir. Une fois de plus, Jésus doit lutter avec leur incapacité de comprendre sa mission. Le règne de Dieu doit passer par un événement symbolique qui doit pouvoir signifier « la fin de l’amour » (L. Cohen). Comme c’est son habitude, Jésus leur raconte une histoire, celle d’un maître qui doit aller se faire couronner à l’étranger et revenir plus tard. Ce maître, qui fait confiance à ses serviteurs, leur confie à chacun une mine (à peine le salaire mensuel d’un ouvrier) et il s’en va. À son retour, il fait ses comptes. Les mines auront fructifié jusqu’à 10 fois leur valeur. Le dernier des serviteurs l’aura cachée dans un linge de peur de la perdre, craignant davantage le maître que désireux de faire fructifier ses avoirs.
Pour comprendre le verset retenu, il faut pouvoir déterminer un sens symbolique à la mine confiée aux serviteurs. Pour certains commentateurs, il s’agirait de la parole du maître ou, mieux, la connaissance intime que ses serviteurs ont de lui. Leur devoir est donc de ne pas enfouir ce qu’ils connaissent du maître, alors qu’ils attendent son retour, mais au contraire de faire rayonner sa parole en témoignant de leur intimité afin que d’autres, grâce à eux, acceptent de croire en lui. Ainsi les mines se multiplient, les porteurs de mines vivent comme des disciples et deviennent des témoins d’un amour sans fin.
Avoir déjà beaucoup, c’est-à-dire avoir progressé dans l’intimité avec le Seigneur, permet d’être fécond, de « porter beaucoup de fruit », pour utiliser une autre expression. Mais avoir peu (de cette connaissance du Christ) et la garder pour soi, l’enfouir dans un linge, c’est comme mettre sa vie de disciple entre parenthèse. Or, cette vie aura une fin. Un jour viendra où le roi du monde fera justice. En fonction de ce jour-là, il vaut mieux que chacun de ses serviteurs ait accompli son devoir afin de profiter de nouveau d’une intimité retrouvée!

Réflexion précédente :
Réflexion du 8 novembre 2016
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