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« Il comble de biens les affamés, renvoie les riches [les mains] vides » (Luc 1, 53 ; évangile du jeudi 22 décembre).
À peu près tous les traducteurs parlent d’un renvoi des riches « les mains vides ». Pourtant, le mot « mains » brille par son absence dans ce verset. Est-ce un oubli qu’il fallait corriger? Dans la logique des renversements de situations que semble décrire le cantique de Marie, il faudrait peut-être arracher aux riches les biens et l’argent dont leurs mains débordent. Mais lisons le texte tel qu’il se présente : « il renvoie les riches vides ». La transformation est bien plus radicale. Il ne s’agit pas d’enlever des objets qui pourraient bientôt être remplacés par d’autres. Le riche qui devient lui-même vide peut expérimenter le manque fondamental qui l’habite, découvrir qu’il ne se suffit pas à lui-même et, qui sait, s’ouvrir à une Venue qui s’annonce. Les œuvres du « Puissant » décrites dans ce texte sont donc bien plus merveilleuses qu’il n’y paraît : il ne joue pas à la chaise musicale avec les humbles et les riches, les premiers remplaçant les seconds sur la chaise du pouvoir et de la prospérité. Il donne plutôt à chacun ce qui lui permet d’être plus libre, plus ajusté, mieux capable d’entrer dans la réalisation de la promesse faite autrefois à Abraham.

Réflexion précédente :
Réflexion du 13 décembre 2016
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