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« Mais [Étienne], rempli de l’Esprit Saint, fixait le ciel du regard […]. Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. (Actes 7, 55a.56-58a)
S’agissant du récit du premier martyr mort pour avoir confessé sa foi au Christ ressuscité, la réaction des gens présents ne peut nous paraître qu’extrémiste. Ces croyants, en l’occurrence des juifs, ne pouvaient pas supporter ce qui leur apparaissait comme le crime le plus grave, celui de blasphème, et la mort par lapidation fut initiée sans autre procès. Puisque la religion était appuyée par l’État pour faire respecter ses propres lois, les acteurs de la lapidation ne furent jamais inquiétés.
En 2017, l’actualité ne cesse de nous annoncer des condamnations à mort pour le même « crime ». Si, après les juifs, les chrétiens n’ont pas su éviter, lorsqu’ils ont dominé le monde occidental, d’abuser du pouvoir de vie et de mort sur « leurs » blasphémateurs, certains États islamiques usent aujourd’hui encore du même procédé. Que ce soit au Pakistan, où une Asia Bibi attend son exécution depuis quelques années pour avoir défendu sa foi chrétienne auprès d’un groupe de femmes musulmanes, ou encore dans l’un des douze autres pays comme l’Arabie saoudite, l’Afghanistan ou l’Iran qui punissent encore le blasphème par la mort, il ne se passe pas une année sans que nous assistions, impuissants, à de telles privations du droit le plus élémentaire, celui de pouvoir décider par soi-même de ses croyances, qu’elles soient religieuses, agnostiques ou athées.
Chaque système religieux comporte une part de blasphème par rapport à toute autre religion ! Toutes les religions se considèrent justifiées de condamner les croyances qui ne sont pas compatibles avec leurs doctrines. La peine de mort pour blasphème est même inscrite dans leurs Écritures ! Les chefs d’une religion peuvent bien condamner dans leur synagogue, leur église ou leur mosquée les absents qui ont le tort de ne pas croire comme eux, mais l’exécution des sanctions « prévues » devrait revenir à Dieu lui-même, puisque c’est lui qui est bafoué par la mécréance. Or, il se trouve encore de nos jours des hommes qui se croient investis du pouvoir d’appliquer les sentences divines en faisant de Dieu un être vengeur et sanguinaire. Nous vivons une époque de grande diversité. Si des adeptes d’une religion veulent pouvoir disposer d’un droit réel et fondamental à vivre et exprimer leurs croyances, ils doivent aussi le faire dans le respect des croyances des autres. Le crime de blasphème devrait être réservé entre Dieu et la libre conscience humaine. Et il y a fort à parier que la miséricorde divine sera plus authentique que celle des hommes.

Réflexion précédente :
Réflexion du 25 avril 2017
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