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« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés ». (Matthieu 5, 9-12)
Il y a quelques mots-clés dans ces quatre versets qui rendent leur séparation difficile. Quand on connaît des gens qui ont souffert ou qui souffrent amèrement de la vie qu’ils ont à vivre, marquée par des violences et des deuils, des asservissements et des rejets, des dépressions et des échecs, de ces expériences qui parfois semblent même s’accumuler à l’intérieur d’une seule vie, il devient impossible alors de croire que la béatitude annoncée par Jésus puisse correspondre à un bonheur authentique sur terre.
Cependant, ces versets ont un dénominateur commun : la passion. Recevoir des insultes, par exemple dans les cas d’intimidation, peut éveiller chez certains une sensibilité envers ceux et celles qui la subissent. Voir le mal et s’en affliger rend le cœur capable de s’indigner. Or, l’indignation est le feu qui brûle le cœur et la bouche des prophètes. Assoiffés de justice et de paix, ils se mettent à leur service, comme des artisans qui, chaque jour, s’activent dans un travail routinier mais utile. À ces êtres engagés il est donné de vivre la persécution, car le système dans lequel ils vivent n’est pas réceptif aux cris qui appellent à plus de compassion et à une réelle solidarité entre frères et sœurs humains. En poursuivant dans cette voie, ne ménageant pas leurs efforts et allant jusqu’à y sacrifier leur (qualité de) vie, ils font prendre conscience que le bonheur ici-bas n’est désirable que s’il est accessible à tous. Chaque relèvement d’un frère, d’une sœur, devient le signe précurseur d’une joie sans fin, une joie « complète ». Telle est la promesse de Jésus. Un grand nombre d’artisans de paix y travaille avec acharnement, tout en sachant que cette joie ne sera achevée que dans le royaume des cieux. Nous évoquons la vie de ces hommes et de ces femmes en nous rappelant qu’ils sont d’authentiques fils et filles de Dieu.
Pour certains, cette récompense future est déprimante, car elle peut donner le signal qu’il n’est pas possible d’être heureux en ce monde. Et pourtant, parce qu’ils ont vu la lumière dans la misère la plus noire, ces prophètes, aujourd’hui encore, marchent à la suite de Jésus qui, même aux heures de son insoutenable passion, donnait à tous l’assurance d’une espérance inaltérée. Suivre Jésus, donner sa vie par amour, pour la justice et la paix, permet une joie profonde que les tristesses et les angoisses du temps présent ne peuvent anéantir. Heureux ? Si la joie de la foi ne paraît pas toujours au premier regard, sachez qu’elle est là, comme un bourgeon printanier qui finira par éclater de vie nouvelle. L’allégresse sera au rendez-vous.

Réflexion précédente :
Réflexion du 6 juin 2017
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